(Québec) La deuxième vague frappe fort à Québec et commence à avoir des répercussions sur les patients atteints de troubles mentaux.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Dans une note de service obtenue par La Presse, le CIUSSS de la Capitale-Nationale invite les médecins à orienter leurs patients ayant des problèmes de santé mentale stables vers des infirmières ou des travailleurs sociaux s’ils sont débordés.

« Dans le contexte où la deuxième vague de pandémie prend de l’ampleur », les autorités « doivent dégager de la capacité médicale pour faire face aux éclosions », avertit la note de service datée du 13 octobre.

La missive a été envoyée alors que les médecins de la région de Québec sont de plus en plus sollicités. La Capitale-Nationale compte plus de 150 éclosions sur son territoire. C’est ici qu’on recense le plus de cas actifs de COVID-19 par habitant au Québec.

Les médecins doivent quitter le bureau pour aller travailler dans un CHSLD, une RPA, un milieu en éclosion… Et on sait qu’à Québec, il y en a beaucoup.

Le DLouis Godin, président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

Avec cette note, les gestionnaires « disent aux médecins : “Si vous avez besoin d’aide en santé mentale, il y a ces gens-là qui peuvent vous épauler” », note le DGodin.

« C’est la première fois que je vois ça dans une région. Mais dépendant de l’allure de la pandémie dans les prochaines semaines, c’est quelque chose qu’on risque de voir un peu partout », ajoute-t-il.

Des « trous dans l’offre » ?

Cette mesure survient dans un contexte où divers intervenants lancent un avertissement quant aux effets de la pandémie sur la santé mentale des Québécois.

« Les ressources en santé mentale sont déjà saturées et répondent de façon sous-optimale à la demande de base », rappelle un médecin de Québec consulté par La Presse, qui n’a pas voulu être nommé.

« Or, avec la COVID-19, la demande en santé mentale explose. Des patients autrefois stables décompensent. Il y a un risque réel d’avoir des trous dans l’offre de services dans ce secteur, et des répercussions sur cette clientèle », prévient ce médecin.

Benoît Côté est quant à lui à même de constater l’impact de la pandémie sur la santé mentale. Le directeur général du Programme d’encadrement clinique et d’hébergement (PECH) note « une augmentation de 30 % des appels » à Québec.

On ressent, en tant que service de crise, une augmentation de la détresse psychologique. Et en même temps, il y a une diminution des effectifs, même aux urgences psychiatriques, parce que des gens ont attrapé la COVID. Il y a une pression supplémentaire.

Benoît Côté, directeur général du PECH

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale assure que les services en santé mentale ne seront pas perturbés malgré la deuxième vague, même s’il faut « adapter les modalités d’intervention en fonction du contexte ».

« Pour le moment, nous ne notons pas d’augmentation significative du volume d’activité dans la majorité des secteurs de la direction des programmes santé mentale, dépendance et itinérance », indique le porte-parole du CIUSSS, Mathieu Boivin.

La question de l’offre de services en santé mentale à Québec est revenue dans l’actualité ce mois-ci avec le drame de Wendake. La mère du suspect, qui aurait tué deux enfants de 2 et 5 ans, a dénoncé dans une lettre aux médias le manque de ressources.

« Malgré nos demandes afin qu’il reçoive l’aide appropriée, le soutien reçu n’a malheureusement pas été suffisant, ni adéquat : il n’y avait pas de place disponible pour lui à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec ni au Centre de crise de Québec. Son médecin de famille a tout fait pour qu’il obtienne de l’aide appropriée, mais les portes se sont refermées », écrivait Mylène Chicoine.

Plusieurs délestages dans Charlevoix

Devant la hausse des cas dans Charlevoix, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a annoncé mercredi plusieurs délestages. Les opérations non urgentes qui nécessitent un lit d’hospitalisation seront reportées ou annulées. À l’hôpital de La Malbaie, frappé par une éclosion, le délestage va plus loin : les soins d’hémato-oncologie et les soins courants (changement de pansements, injections, retrait de points…) sont transférés à l’hôpital de Baie-Saint-Paul.