Ça baisse chez les jeunes, mais ça continue de monter chez les plus âgés. Ce changement dans l’âge des personnes infectées à la COVID-19 pourrait expliquer la hausse continue des hospitalisations et des décès, alors que le Québec observe depuis près de trois semaines un plateau dans le nombre de nouveaux cas confirmés.

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La province a rapporté la semaine dernière tout près de 7300 cas, soit à peu de choses près autant que les deux semaines précédentes. Ce plateau dans la deuxième vague est ainsi légèrement plus élevé que le sommet de 6500 cas observé à la mi-avril, au plus fort de la première vague.

Cette stabilisation dans le nombre de cas au Québec cache toutefois des mouvements chez certains groupes de la population. Principal groupe touché par la COVID-19 depuis cet été, les 20-29 ans ont réduit du quart leur nombre de cas depuis deux semaines.

À l’inverse, le nombre de cas chez les 70 ans et plus continue à augmenter. Ceux-ci ont recensé 913 cas la semaine dernière. Les cas dans ce groupe d’âge sont en hausse constante depuis la mi-août. Reste qu’on est encore loin du sommet hebdomadaire de 2281 observé au sommet de la première vague.

Plus d’hospitalisations

Cette hausse soutenue des cas chez les 70 ans et plus pourrait toutefois expliquer pourquoi les hospitalisations continuent à augmenter depuis maintenant sept semaines, sans signe de ralentissement. On recense présentement 532 personnes à l’hôpital, dont 92 aux soins intensifs.

Ces données restent évidemment moindres que le sommet de 1825, dont 198 aux soins intensifs, observé en mai.

Rappelons qu’il y a un décalage d’une à deux semaines avant que les cas se transposent en hospitalisations et d’une à deux semaines de plus avant que les décès surviennent. D’ailleurs, la hausse des cas durant la deuxième vague a débuté à la fin d’août, au moment de la rentrée, puis le nombre d’hospitalisations a commencé à augmenter au début du mois de septembre. Les décès ont quant à eux commencé à augmenter à la mi-septembre.

Pour l’heure, on recense 66 décès survenus la semaine dernière. Ce chiffre risque toutefois d’augmenter encore alors que le ministère de la Santé peut mettre jusqu’à une semaine avant de comptabiliser certains décès.

Baisse du nombre de tests

Pour la deuxième semaine, le nombre d’analyses de dépistage de la COVID-19 a diminué. Du 11 au 17 octobre, un peu moins de 164 000 tests ont ainsi été effectués. C’est nettement moins que le sommet de près de 200 000 tests réalisés dans la semaine du 27 septembre au 3 octobre. Après avoir d’abord ciblé 14 000 prélèvements par jour, rappelons que Québec avait dit en septembre vouloir augmenter sa capacité à 35 000 par jour.

Le nombre de cas confirmés étant relativement stable depuis près de trois semaines et le nombre de prélèvements ayant diminué, la proportion des tests positifs a ainsi augmenté dernièrement. Elle se situe désormais à 4,5 %, soit tout près du seuil de 5 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour que la maladie soit considérée comme contrôlée. Ce taux est nettement plus élevé que celui observé cet été, alors que seulement 0,5 % des tests étaient positifs dans la semaine du 16 au 22 août.

À Québec, des éclosions « à peu près partout »

Les chiffres lundi ont eu l’effet d’un coup de massue à Québec. La région de la Capitale-Nationale a connu lundi son pire bilan quotidien, avec 272 nouveaux cas confirmés.

« Si la situation perdure, on ne sera certainement pas dans une situation où je pourrai recommander de sortir du palier rouge le 28 octobre », prévient en entrevue le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale.

Le DAndré Dontigny parvient mal à s’expliquer comment la capitale en est arrivée là. La région se retrouve avec le plus de cas actifs par 100 000 habitants dans la province.

Depuis la rentrée, c’est d’ailleurs dans la Capitale-Nationale que l’on déplore le plus de décès. La région a recensé 62 décès, contre 36 dans l’île Montréal, épicentre de la pandémie au Québec durant la première vague.

« On ne peut pas arriver et identifier une situation en particulier qui vient expliquer ce qui est en cours. C’est à peu près partout. C’est de la propagation communautaire », note le DDontigny.

Les autorités sanitaires de la capitale dénombrent 25 éclosions en milieu de vie, 21 en milieu de soins, une vingtaine en milieu de garde et en éducation, 51 en entreprises…

« S’il n’y avait qu’une seule explication, ce serait plus facile de régler le problème, en sachant exactement sur quoi il faut agir. Mais c’est difficile. On a présentement 155 éclosions. »

Du bout des lèvres, le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale évoque une possibilité : y aurait-il plus de citoyens réfractaires ?

« Est-ce que la situation dans la Capitale-Nationale s’explique par un pourcentage un peu plus élevé de gens qui ont moins mis en application les mesures de manière stricte ? Peut-être, avance le DDontigny. Mais chose certaine, on demande à tout le monde de faire l’effort. »

Il invite la population à un effort supplémentaire, à réduire encore plus ses contacts. « Tous les citoyens de la Capitale-Nationale doivent se demander : est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire de plus pour faire la différence ? »