Plusieurs lignes d’assistance destinées aux femmes victimes de violence à la maison signalent une augmentation spectaculaire des appels depuis que les mesures de santé publique visant à lutter contre la propagation de la COVID-19 sont entrées en vigueur au printemps dernier.

Brenna Owen
La Presse Canadienne

L’urgence et la gravité de la situation de nombreux appelants se sont également intensifiées, a déclaré Angela MacDougall, directrice générale des services de soutien aux femmes battues à Vancouver.

Les Nations unies ont qualifié la violence contre les femmes et les filles de « pandémie de l’ombre », car la crise de la COVID-19 alimente l’isolement social et les tensions causées par des préoccupations concernant la santé, la sécurité personnelle et la sécurité financière.

Claudine Thibaudeau, travailleuse sociale et superviseure clinique à la ligne d’assistance SOS violence conjugale, basée à Montréal, a déclaré que la pandémie est devenue un « nouvel outil » permettant aux agresseurs de prendre le pouvoir.

La ligne d’assistance a répondu à des appels de femmes atteintes de la COVID-19 qui ont été expulsées de chez elles par leur agresseur, a-t-elle raconté. D’autres sont confinées chez elles, privées de soutien.

Alors que les cas grimpent à travers le Canada, en particulier au Québec, et que plusieurs provinces resserrent à nouveau les restrictions, « nous sommes essentiellement revenus à la case départ », a indiqué Mme Thibaudeau.

SOS violence conjugale dessert des femmes de partout au Québec et a reçu environ 33 000 appels entre avril 2019 et mars dernier. Cette année, Mme Thibaudeau a noté que les appels avaient augmenté en avril avant de se stabiliser en juillet, bien qu’il soit difficile de dire comment la pandémie a contribué à l’augmentation, car la ligne d’assistance a intensifié sa portée ces dernières années.

Mais les appels de la famille, des amis et même des employeurs de femmes victimes de violence ont considérablement augmenté, a-t-elle déclaré, car les restrictions de santé publique signifient que les victimes sont plus isolées.

« Ils étaient plus inquiets parce qu’ils ne pouvaient pas garder un œil sur la situation. »

Quitter une relation abusive est déjà difficile et peut nécessiter une préparation importante, a ajouté Mme Thibaudeau.

Elle a expliqué que la pandémie avait exacerbé les craintes et les défis existants, notant le genre de questions que les femmes se posent :

« Si je vais dans un refuge maintenant, si je décide de quitter mon partenaire violent aujourd’hui, comment puis-je être sûre que je vais pouvoir chercher un nouvel endroit où vivre ? Et aller en cour pour récupérer mes enfants ?, illustre-t-elle. « Le système judiciaire va-t-il rester ouvert ou va-t-il fermer et pour combien de temps ? »

En Colombie-Britannique, la Battered Women’s Crisis Line a reçu plus de 1800 appels en mars, doublant la quantité reçue le même mois un an plus tôt, a indiqué Mme MacDougall. Les appels ont plus que triplé en avril par rapport au même mois en 2019 avant de se stabiliser plus tard cet été, a-t-elle ajouté.

Le nombre d’appels reçus par la ligne de crise augmente généralement de 5 à 10 % chaque année, mais les augmentations au cours des mois correspondant au début de la pandémie ont été « massives », a soutenu Mme MacDougall.

À Toronto, l’Assaulted Women’s Helpline reçoit habituellement environ 4000 appels par mois, a indiqué Yvonne Harding, responsable du développement des ressources.

Cette année, les conseillers ont répondu à plus de 55 000 appels entre mars et septembre seulement, a-t-elle déclaré. Le volume d’appels a commencé à augmenter en mars et a atteint un sommet d’environ 8000 appels en juin. Quelque 11 630 appels supplémentaires n’ont pas abouti ou ont été abandonnés avant la connexion.

Des femmes ont appelé la ligne d’assistance depuis une salle de bain ou un placard lorsque leur agresseur sortait les ordures, a raconté Mme Harding, qui a également remarqué une escalade de la gravité des comportements abusifs lors des appels.