Si une baisse notable du nombre de nouveaux cas de COVID-19 s’observe au Québec depuis quelques jours, avec 843 infections déclarées lundi, la vigilance demeure de mise, alors que les hospitalisations sont toujours à la hausse. C’est en effet au courant des prochains jours qu’il sera possible de déterminer avec précision l’effet des mesures en zone rouge.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Les chiffres d’aujourd’hui sont encourageants, mais nous devons rester très prudents. Malheureusement, il continue d’avoir une progression des hospitalisations et des décès, ce que nous surveillons de près », a résumé l’attachée de presse Marjaurie Côte-Boileau, au cabinet du ministre de la Santé Christian Dubé.

Un bond de 20 hospitalisations a en effet été observé lors du jour de l’Action de grâce, soit la plus importante augmentation depuis le 5 octobre, portant le total des patients pris en charge à 457 dans la province. De ce nombre, 75 personnes se trouvent toujours aux soins intensifs, soit une hausse de trois par rapport à la veille.

On a aussi rapporté lundi 12 nouveaux décès, dont quatre survenus dans les 24 dernières heures. Le nombre total de décès liés au virus est désormais de 5965. Tout près de 87 000 personnes ont contracté la COVID-19 dans la province.

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Chose certaine : il sera possible de dégager un « portait plus complet » au courant de la prochaine semaine seulement, souligne Québec, afin d’indiquer « si les actions ont réellement eu un impact sur la propagation des cas ». « C’est la tendance qui est importante, et la moyenne mobile sur sept jours », illustre Mme Côté-Boileau, en remerciant au passage la population pour sa « résilience » et son « appui ».

« Trop tôt » pour parler d’un plateau

Spécialiste en systèmes de santé et chercheur à l’Université de Montréal (UdeM), Carl Ardy Dubois est catégorique : la baisse des cas est pour l’instant trop peu étendue pour pouvoir parler d’un plateau. « C’est trop tôt encore, même si on voit clairement que par rapport à la montée brusque des dernières semaines, ça se stabilise un peu », note-t-il.

La situation reste fragile et ça peut encore augmenter. Je pense que l’enjeu, c’est d’éviter de courir après le virus, et de toujours être à l’avant de lui.

Carl Ardy Dubois, chercheur à l’Université de Montréal

L’expert appelle par ailleurs la population à demeurer prudente lors de l’interprétation des données quotidiennes, alors que le nombre de prélèvements était en forte baisse lundi. En effet, les plus récentes données indiquent que seuls 19 161 tests ont été effectués le 10 octobre, soit environ 5300 de moins que la veille. Moins de 22 000 analyses ont par ailleurs été réalisées par la Santé publique.

« Quand ça baisse, on peut se demander si ça baisse vraiment, ou si c’est aussi parce qu’on teste moins. Il faut donc toujours se préparer à l’éventualité où ça repartirait à la hausse », illustre-t-il. C’est que le nerf de la guerre, rappelle Carl Ardy Dubois, c'est le traçage et le dépistage des nouvelles infections. « Si la population fait sa part et qu’on arrive à repérer les nouveaux cas, moi, je suis très optimiste : on sera alors en mesure de maîtriser la situation assez rapidement, lâche le professeur. Pour l’instant, on est loin de ce qu’on a connu avec la première vague. »

Si le nombre d’hospitalisations devait continuer à augmenter, la capacité du système de santé pourrait toutefois être touchée. Plus tôt cette semaine, des projections de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) révélaient que des places pourraient manquer dans des hôpitaux québécois d’ici quatre semaines, particulièrement dans le Grand Montréal, si la tendance à la hausse se maintient.

La situation par régions

Les nouveaux cas signalés lundi sont répartis dans plusieurs régions du Québec. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui continue de s’approcher du passage en zone orange, on parle de 26 cas enregistrés dans les 24 dernières heures.

En Montérégie, où la situation demeure préoccupante, on a recensé 119 cas. « Les cas augmentent partout et dans tous les milieux : travail, écoles, milieux de soins, résidences pour aînés, CHSLD, etc. », a d’ailleurs souligné lundi une porte-parole de la Direction régionale de santé publique de la Montérégie, Chantal Vallée, en ajoutant qu’il demeure actuellement « plus difficile » de joindre rapidement les citoyens, comme ceux-ci ont « beaucoup plus de contacts que pendant la première vague ».

À Québec, 95 cas se sont ajoutés au bilan, soit une baisse importante par rapport à la moyenne des derniers jours, qui oscillait autour de 182 infections. Dans la région de Montréal, on a enregistré 274 cas de plus, une statistique relativement similaire par rapport aux derniers bilans quotidiens.

En plein congé de l’Action de grâce, la mairesse de la métropole, Valérie Plante, a d’ailleurs appelé les Montréalais à apporter leur contribution pour casser la deuxième vague « en optant pour [les] parcs locaux ».

Dans un courriel envoyé à La Presse lundi, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) s’est pour sa part dit « persuadé » que les efforts des Québécois « commencent à se faire sentir concrètement ». L’objectif demeure « de diminuer les interactions sociales pour stopper la propagation du virus », nuance-t-on toutefois.

— Avec Mayssa Ferah, La Presse