Le long week-end de l’Action de grâce continue de préoccuper les autorités provinciales et municipales, mais aussi les spécialistes et la Santé publique, qui pressent les citoyens de ne pas se réunir et d’éviter de passer d’une région à l’autre pour qu’on puisse reprendre le dessus sur la crise.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il faut continuer de suivre les mesures […] pour casser la vague et limiter l’impact sur les hospitalisations et les décès. Il n’en dépend que de nous. » C’est le message qu’a exprimé samedi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en publiant les nouvelles données quotidiennes de l’état de la pandémie. La veille, François Legault avait parlé d’une « mission » collective pour « sauver des vies » en fin de semaine. « Ça va être tentant de voir du monde, des amis, de la famille. Résistez », a imploré le premier ministre.

Le Québec a enregistré samedi 1097 nouveaux cas de COVID-19 et 14 décès supplémentaires. Au total, 85 191 personnes ont été infectées depuis le début de la pandémie, et 5950 personnes ont succombé à la maladie. La hausse des hospitalisations s’est aussi poursuivie, avec une augmentation de 11 par rapport à vendredi pour un total de 444 patients. De ce nombre, 73 sont aux soins intensifs, un bond de six personnes.

1/4
  •  
  •  
  •  
  •  

La situation demeure très préoccupante dans plusieurs régions, dont celles de Québec, avec 184 cas de plus que la veille. À Montréal, on compte 277 cas de plus. Et en Montérégie, ce sont 169 cas qui se sont ajoutés au bilan. En Outaouais, où on a recensé une forte hausse du nombre de cas avec 53 infections supplémentaires, Québec a annoncé que Gatineau et la MRC des Collines-de-l’Outaouais passaient au palier d’alerte maximale. Bars, restaurants et salles de spectacle ont ainsi fermé dimanche à minuit.

Ce n’est pas une défaite. C’est plutôt un outil supplémentaire qu’on se donne pour nous aider à vaincre ce foutu virus.

Mathieu Lacombe, ministre responsable de l’Outaouais, à propos du passage en zone rouge

Un maire demande de « vrais barrages »

À Saint-Sauveur, dans les Laurentides, le maire Jacques Gariépy se dit « très inquiet » des mouvements de population autour de sa ville. « Tous les citoyens m’interpellent constamment. Ça les inquiète, toutes ces arrivées. Je les comprends. On savait qu’on était pour être envahis depuis le printemps passé », lâche l’élu.

Pour contrôler la transmission, il demande aux autorités d’intervenir rapidement.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

À Saint-Sauveur, dans les Laurentides, le maire Jacques Gariépy se dit « très inquiet » des mouvements de population autour de sa ville.

« Qu’ils permettent à la Sûreté du Québec de tenir de vrais barrages au lieu de nous faire passer au rouge. On ne veut vraiment pas avoir d’éclosions, et avoir à faire fermer tout le monde », tranche-t-il.

Si des barrages policiers ont été mis en place dans plusieurs régions, leur approche est toutefois bien différente de ce qu’elle était au printemps. Les policiers visent cette fois à sensibiliser les gens qui traversent d’une zone rouge vers une zone orange, mais il n’y a aucune restriction des déplacements. « Pour moi, c’est un message contradictoire. Ça ne se rendra pas à la base si la police n’a pas l’ordre de sévir », martèle M. Gariépy.

Je demande aux gens de Montréal d’éviter de venir ici. Ça me crève le cœur, mais c’est nécessaire dans le contexte.

Jacques Gariépy, maire de Saint-Sauveur

La Ville a d’ailleurs embauché une dizaine d’agents de sécurité qui circulent en permanence dans la rue principale. Ils seront particulièrement actifs ce dimanche et lundi, dit le maire. « On a pris nos précautions. On a aussi doublé la surface piétonne sur un segment de l’artère », illustre-t-il. Aux citoyens de Saint-Sauveur, il lance d’un trait : « Restez chez vous jusqu’à tant que la visite soit partie. »

« Pensez au traçage »

Rester chez soi durant ce week-end aidera la Santé publique à optimiser ses activités de traçage, rappelle le DMatthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif. « Pendant la première vague, il y avait environ 10 contacts à tracer pour chaque infecté. Là, on est plus sur du 30-40. Et plus il y a de contacts à l’extérieur de votre bulle, plus ça devient difficile de retrouver ces gens-là », illustre-t-il.

L’expert rappelle que le passage d’une région à l’autre est doublement délicat, puisqu’il implique des points de contamination multiples. « On s’arrête mettre de l’essence, manger. Ça rend la chose encore plus complexe. Si trop de gens le font, ce sera encore plus dur de reprendre le contrôle », avance M. Oughton.

À l’École de santé publique de l’Université de Montréal, la professeure Roxane Borgès Da Silva rappelle que la capacité des hôpitaux québécois risque d’être atteinte dans plusieurs régions d’ici quatre semaines si la tendance à la hausse des hospitalisations se poursuit. Un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux le démontrait en effet vendredi.

« C’est très inquiétant. On pourrait s’en aller vers une situation comme en Italie, où il va falloir choisir et réorganiser nos ressources. C’est absolument essentiel qu’on se plie aux consignes pour ne pas augmenter ces risques », conclut-elle.

– Avec Mayssa Ferah, La Presse