Les directions de deux écoles secondaires de Montréal ont dû faire appel aux policiers sociocommunautaires du SPVM, jeudi, pour accentuer la surveillance après qu’une des leaders du mouvement antimasque québécois eut distribué des tracts aux élèves devant leur école, a appris La Presse.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Stephanie Desroches, militante antivaccin impliquée dans le regroupement Hugs Over Masks, s’est présentée mercredi midi devant les écoles secondaires Georges-Vanier et Académie de Roberval, dans le quartier Villeray. Elle a distribué deux documents aux élèves, dont un les invitant à invoquer une exemption médicale pour être dispensés du port du couvre-visage. L’autre tract affirmait que les couvre-visages sont un « risque de sécurité publique permettant des crimes anonymes » et qu’ils « augmentent les infections respiratoires ».

« Je suis moi-même immunosupprimée parce que j’ai eu le cancer. Je me promène partout, je fais des câlins », a-t-elle dit à un groupe d’élèves mineurs, qui a filmé la scène. Elle a ajouté que le nombre de suicides au Québec surpassait actuellement celui du nombre de morts liées à la COVID-19, ce qui est faux. « Je vous invite à faire votre choix », a-t-elle ajouté, devant les élèves qui ont remis ses propos en question.

Ni Mme Desroches ni l’organisation Hugs Over Masks n’ont répondu aux demandes d’entrevue de La Presse.

La démarche de Mme Desroches fait vivement réagir le Regroupement des comités de parents autonomes du Québec : « C’est intolérable. Interpeller les jeunes à la porte d’une école est déjà inacceptable, le faire sur ce sujet-là est encore pire », déplore le porte-parole Sylvain Martel.

Des mouvements comme celui-là sont en train de faire la promotion de l’ignorance à la porte des écoles. Pour nous, ça doit être tolérance zéro !

Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, mis au fait de la situation, indique que les surveillants scolaires se feront « plus visibles sur le terrain » pour s’assurer qu’une telle situation ne se reproduise plus, a affirmé Geneviève Côté, porte-parole du ministre Jean-François Roberge. Le centre de services scolaire de Montréal confirme avoir fait appel aux policiers sociocommunautaires du SPVM pour assurer une certaine surveillance aux abords des écoles. Des représentants de la direction des écoles Georges-Vanier et Roberval assuraient aussi une présence devant l’école sur l’heure du midi jeudi, mais n’ont pas voulu commenter la nouvelle pour La Presse.

Oratrice lors d’une manifestation antimasque

Mme Desroches a elle-même récemment publié une vidéo sur Facebook dans laquelle elle affirme avoir retiré un de ses enfants de l’école parce que la direction l’obligeait à porter le masque malgré une exemption médicale. « Ils sont allés à l’encontre de mes droits parentaux, à l’encontre de mon droit au consentement parental, en décidant ce qui était le mieux pour mon enfant, tonne-t-elle dans cette vidéo. Ça va être quoi après ? Ils vont avoir le droit de vacciner nos enfants sans qu’on le sache, même si on n’est pas d’accord ? »

Elle a été invitée comme oratrice à la manifestation antimasque du 8 août à Montréal, lors de laquelle elle est montée sur scène au nom de Hugs Over Masks, en compagnie d’autres figures de proue du mouvement antimasque, dont Stéphane Blais, Frédéric Pitre, Dan Pilon et Steeve « L’artiss » Charland.

Actions contre les gouvernements

Hugs Over Masks s’est surtout fait remarquer au Canada anglais, et plus particulièrement en Colombie-Britannique. Son fondateur, Vladislav Sovolev, qui se fait appeler « Coach Vlad », est un vendeur de produits d’alimentation naturelle qui milite aussi contre la vaccination. Dans une vidéo publiée sur Facebook, il se targue d’avoir fait confectionner des cartes d’exemption médicale « qui ressemblent à des cartes officielles » pour dispenser les citoyens du port du couvre-visage. La carte en plastique a un logo du Canada semblable à celui de Santé Canada, mais n’est aucunement approuvée par le gouvernement fédéral.

M. Sovolev a aussi affirmé sur Facebook, dans un billet dénonçant le port du masque obligatoire dans les écoles, qu’il allait « tenir tous ces criminels responsables des abus qu’ils font aux enfants ». Il n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Hugs Over Masks milite pour une action judiciaire intentée contre le gouvernement Trudeau par l’organisme Vaccine Choice Canada, qui allègue que la « pandémie de COVID a été préplanifiée » et est un « complot dirigé par Bill Gates et d’autres milliardaires, des corporations et des oligarques du vaccin, de l’industrie pharmaceutique et des technologies, à travers l’OMS ». Ce recours est en partie financé par la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, une organisation québécoise qui a récolté plus de 470 000 $ à la suite d’un webothon visant à financer des actions contre les gouvernements.

Cette fondation a organisé plusieurs manifestations antimasques au Québec depuis le mois de juillet, dont celle du 8 août, où Mme Desroches avait été invitée comme oratrice.