De plus en plus de personnes âgées de 65 ans et plus contractent la COVID-19 à Montréal. Une situation qui inquiète grandement les autorités de santé publique au moment même où une résidence privée pour aînés de la métropole est aux prises avec une importante éclosion.

Mis à jour le 8 oct. 2020
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Audrey Ruel-Manseau
Audrey Ruel-Manseau La Presse

Même si le nombre de cas confirmés de COVID-19 a connu une baisse mercredi à Montréal, la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, estime que cette diminution n’est que ponctuelle. Si Montréal rapportait 442 cas confirmés de COVID-19 mardi, ce nombre était de 269 mercredi. Le plus petit chiffre depuis une semaine. Mais cette donnée s’explique simplement par un ralentissement du dépistage vécu le week-end dernier. Alors que 7000 tests de dépistage sont réalisés en moyenne chaque jour de semaine à Montréal, la fin de semaine dernière, ce nombre a chuté à 4000. La Dre Drouin affirme que, sur le terrain, la situation continue d’être inquiétante : « Tous nos indicateurs sont à la hausse. […] Le taux de positivité reste élevé et augmente », a-t-elle déclaré en conférence de presse, mercredi après-midi.

Inquiétudes pour les aînés

La situation des personnes de 65 ans et plus inquiète particulièrement la Dre Drouin. « Depuis deux semaines, la proportion de cas chez les 65 ans et plus augmente », note-t-elle. Il y a deux semaines, 6 % des cas de COVID-19 touchaient les personnes de 65 ans et plus à Montréal. Aujourd’hui, cette proportion atteint 15 %.

Au Québec, le nombre de cas confirmés chez les 70 ans et plus est passé en deux semaines d’un peu moins de 40 par jour à une centaine. Les hospitalisations ont aussi augmenté rapidement chez les aînés. Elles sont passées de 11 à 20 admissions par jour en deux semaines dans cette catégorie d’âge.

Pour l’instant, les CHSLD semblent moins touchés par les éclosions à Montréal. « Mais on voit clairement que ce sont les aînés à domicile et en RPA [résidences privées pour aînés] qui sont les plus touchés », affirme la Dre Drouin. Plus de la moitié des aînés qui contractent la maladie sont contaminés par des membres de leur famille et des proches. « Il faut rehausser notre vigilance et protéger la population aînée », dit la Dre Drouin.

Dans La Presse mercredi, Roxane Borgès Da Silva, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, rappelait à la population de ne pas prendre la COVID-19 à la légère, même si plus de jeunes que d’aînés sont touchés par la maladie depuis le début de la deuxième vague. « Il faut faire très attention. Oui, ça touche davantage les jeunes, mais on n’est pas à l’abri de changements importants », soulignait-elle.

Éclosion au Manoir Plaza

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Sur les 28 résidants qui ont reçu un test positif de COVID-19 à la résidence Soleil Manoir Plaza, six ont été hospitalisés et un décès a été constaté. Quatre employés sont également infectés.

Signe que les milieux de vie pour aînés ne sont pas épargnés, une éclosion touche actuellement la résidence Manoir Plaza, à Montréal, où 28 personnes ont reçu un test positif de COVID-19. Six résidants ont été hospitalisés, et un décès a été constaté. Quatre employés sont également infectés. Curieusement, cette information n’apparaît pas sur la liste que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) publie chaque jour sur les éclosions dans les milieux de vie pour aînés. La Dre Drouin estime que cette situation est possiblement due à un délai dans l’intégration des données. « Nous transmettons nos données sur les éclosions chaque jour. […] Ce n’est pas un enjeu de transparence », assure-t-elle.

Le MSSS est pourtant au fait de la situation depuis une semaine. La résidence Soleil Manoir Plaza, dont les résidants sont autonomes, a été informée de l’existence d’un premier cas positif de COVID-19 entre ses murs le 26 septembre, a appris La Presse.

Un dépistage massif auprès des quelque 300 résidants et des employés a été effectué le 28 septembre. En tout, 28 cas positifs ont été détectés et ont été transférés en CHSLD. « Nous avons procédé à un deuxième test hier [le 6 octobre] et pour l’instant, tous les résultats obtenus sont négatifs, ce qui est une très bonne nouvelle », a détaillé le directeur général de l’endroit, Maxence De Boissezon.

Dès le premier cas, tous les résidants ont été placés en isolement dans leur appartement, et les espaces communs ont été fermés, a expliqué M. De Boissezon, rencontré à l’extérieur de la résidence.

On a vu qu’on ne peut pas attendre. Il fallait casser ça dès le début. Dans l’heure, tout était barré. Je n’attends pas les ordres. Au pire, j’en fais trop, et on donne du lousse après. La priorité, c’était la santé.

Maxence De Boissezon, directeur général de la résidence Soleil Manoir Plaza

Deux des 28 résidants sont guéris et ont pu réintégrer leur appartement. Les personnes hospitalisées le sont toujours, et l’isolement se poursuit au Manoir Plaza. La résidence a aussi engagé des gardiens de sécurité supplémentaires qui patrouillent sur les étages pour s’assurer que l’isolement est respecté. « Le personnel suffit, on n’est pas en bris de service, on ne manque pas de matériel, on a une très bonne formation », assure le directeur général.

« Dans nos suivis, on n’a que des conformités, nous sommes très proactifs, mais avec la deuxième vague, les gens pouvaient encore sortir, aller à certains endroits, et malgré nos zones de désinfection partout, des masques offerts en tout temps, malgré la sensibilisation quotidienne, on ne peut pas être derrière chaque personne, chaque famille. Nous, on maîtrise jusqu’à nos portes. Après, c’est la responsabilité de chacun », expose M. De Boissezon.

Prenons l’exemple d’une autre région. La liste du gouvernement sur les cas de COVID-19 dans les milieux de vie pour aînés sous-estime considérablement, depuis de nombreux jours, les éclosions dans les RPA et les CHSLD de la Capitale-Nationale. Elle recense 29 cas chez les usagers des RPA et 8 chez ceux des CHSLD, en date du 6 octobre. Or, le CIUSSS de la Capitale-Nationale dénombre dans les faits 75 et 49 cas respectivement.

Le premier ministre inquiet des hospitalisations

Il y a actuellement 125 personnes hospitalisées à Montréal en lien avec la COVID-19, dont 25 aux soins intensifs. En tout, 1000 lits d’hospitalisation sont disponibles dans la métropole pour la pandémie et 150 aux soins intensifs. « Nous sommes loin d’avoir atteint notre pleine capacité », affirme la présidente du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Sonia Bélanger. Contrairement à la première vague où seulement quelques hôpitaux étaient désignés pour accueillir les patients COVID, cette fois-ci, tous les établissements mettront la main à la pâte.

Mais le nombre de personnes hospitalisées a tout de même doublé depuis la semaine dernière. Aucun délestage d’activité n’a encore eu lieu. « Mais il faut rester prudent », prévient Mme Bélanger.

À Québec, le premier ministre François Legault s’inquiète du nombre grandissant de personnes atteintes de la COVID-19 qui se retrouvent à l’hôpital. Sa « grande obsession » est de « sauver le réseau de la santé », menacé par la deuxième vague de la pandémie. « Depuis deux semaines, on est passés de 168 hospitalisations à 409 hospitalisations. Donc, en deux semaines, on a doublé », a-t-il lancé. À ce rythme, on aura 1600 hospitalisations d’ici un mois.

« Il faut dire la vérité aux Québécois. Si ça continue de doubler, le nombre d’hospitalisations, toutes les deux semaines, on va avoir un risque réel de rupture. Ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire des chirurgies importantes qui devront être reportées. Donc, on ne sera pas capables dans des délais raisonnables de soigner tous les Québécois », a-t-il affirmé. Selon des données du ministère de la Santé mises à jour récemment, 132 000 Québécois sont en attente d’une opération en date du 12 septembre, dont 57 700 le sont depuis plus de six mois.

Le délestage a déjà commencé dans certaines régions. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a soutenu que cette opération est plus « ciblée » que lors du printemps dernier, où le délestage a été massif. Dans un hôpital, « on va arrêter un bloc opératoire, mais on n’arrêtera pas les cinq blocs opératoires », a-t-il dit à titre d’exemple.

François Legault a réitéré l’importance de respecter les consignes sanitaires. Il a résumé son message en disant qu’il faut rester chez soi, afin de limiter les contacts sociaux.

La situation est critique, mais elle n’est pas désespérée. Il y a encore moyen de casser cette vague-là, mais ça va prendre un effort collectif qui est majeur.

François Legault

« On n’aurait jamais dû parler de déconfinement »

La Dre Drouin constate que la population a relâché sa vigilance ces derniers mois. Selon elle, « la perception de la dangerosité du virus » a changé. « Probablement qu’on n’aurait jamais dû parler de déconfinement », a-t-elle déclaré. La Dre Drouin affirme que la COVID-19 restera présente pour les mois, voire pour l’année à venir, et qu’il est important de continuer de respecter les mesures de santé publique comme respecter les deux mètres de distanciation, se laver les mains et porter le masque.

Le taux de positivité à Montréal atteint 5 %. Mais il s’élève à 8 % dans les quartiers plus touchés de Côte-des-Neiges et Outremont. Des interventions spéciales sont à prévoir dans ces quartiers, a annoncé la Dre Drouin. Sur les 130 éclosions qui touchent Montréal, 42 se retrouvent dans des écoles, 18, en services de garde, 12, dans des milieux de soins, 50, dans des milieux de travail et 8, dans la communauté, soit dans des équipes sportives.

– Avec la collaboration de Thomas de Lorimier et Pierre-André Normandin, La Presse