Une coalition d’une dizaine d’organismes communautaires demandera ce lundi à Québec de ne pas réduire les chèques d’aide sociale des prestataires qui ont aussi reçu la Prestation canadienne d’urgence (PCU) pour ne pas empirer leur situation financière déjà précaire.

Antoine Trussart
La Presse

« Entre respecter la loi et rester en vie, j’ai choisi de rester en vie », raconte Michel (prénom fictif), prestataire de l’aide sociale dans la soixantaine qui habite dans la périphérie de Montréal.

Rapidement après l’annonce du confinement, en mars dernier, Michel a réalisé que sa situation, déjà difficile, allait empirer. L’organisme pour lequel il travaillait à temps partiel et qui lui versait un petit salaire fermerait temporairement. Son médecin lui a ordonné de ne plus quitter son domicile, ses problèmes de santé le mettant à risque. Il a dû faire livrer son épicerie à la maison, une commande d’au moins 50 $ avec frais. « On vit déjà avec le minimum, chaque dépense est calculée au cent près », explique-t-il.

Michel a réussi à obtenir la PCU peu de temps après qu’elle a été annoncée. Pour ce faire, il a trafiqué un contrat de travailleur autonome pour les 2000 $ qui lui manquaient pour atteindre la limite de 5000 $ de revenu de travail nécessaire pour y avoir droit.

« Je ne voulais pas me retrouver dans une pandémie et dans une situation encore plus difficile », raconte-t-il. Michel dit vivre beaucoup de stress quant à sa santé fragile. Il souffre de diabète et de neuropathie. Il a de la difficulté à préparer ses repas. « La pauvreté, ça finit par avoir un effet sur la santé mentale et physique des gens », explique-t-il.

Rembourser l’une ou l’autre

Comme Michel n’a pas parlé à son agent d’aide sociale depuis février, il continue de recevoir sa prestation d’aide sociale. Dans sa démarche, il a été prévoyant. Il garde précieusement l’argent qu’il reçoit de l’aide sociale pour pouvoir le rembourser plus tard dans le cadre d’une dénonciation volontaire.

Ayant travaillé dans la défense de droits, Michel connaît la loi. Il craint que d’autres personnes qui, comme lui, ont reçu la PCU et l’aide sociale se retrouvent dans une situation difficile.

Une coalition demande donc un moratoire sur le remboursement de prestations d’aide sociale en attendant que la situation de prestataires ayant reçu les deux aides se clarifie.

Les prestataires vont certainement devoir rembourser l’une ou l’autre des aides reçues, mais « il faut éviter une situation de double dette », où une personne devrait rembourser l’argent reçu de l’aide sociale et l’argent de la PCU, explique Serge Petitclerc, du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Minimum requis pour vivre

Les organismes demandent à Québec d’attendre que l’Agence du revenu du Canada (ARC) ait conclu des ententes de remboursement pour la PCU reçue avant de réduire les montants d’aide sociale. Certains groupes commencent à rapporter des cas de bénéficiaires d’aide sociale dont les chèques ont été amputés.

« Rappelons-le, on parle ici de couper la prestation de personnes qui ne disposent pas du minimum requis pour vivre », indique Maryane Daigle, du Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), par communiqué. Pour une personne seule, l’aide sociale de base est de 690 $ par mois.

Les organismes ignorent pour le moment combien de personnes ont réclamé la PCU en n’y ayant pas droit. Cette aide est maintenant remplacée par la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE).

Des mesures ont été mises en place par Québec pour aider les plus démunis, notamment le maintien du carnet de réclamations et de bénéfices médicaux qui accompagnent l’aide sociale, même si le bénéficiaire n’a touché que la PCU. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale fera « preuve de flexibilité pour permettre le remboursement des montants trop perçus », a affirmé une porte-parole par courriel.

L’ARC n’a pas répondu aux questions de La Presse.