Un test diagnostique de COVID-19 basé sur la salive unique au monde a été mis au point en Colombie-Britannique. Il pourrait être particulièrement efficace pour les tests dans les écoles primaires.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

La nouvelle survient alors que les tests diagnostiques de salive se multiplient aux États-Unis, plusieurs universités les utilisant pour du dépistage de masse. Au Canada, la société de laboratoires privés Dynacare vient de valider un test de salive qui sera offert dès cet hiver à des entreprises de l’Ontario. Et le CISSS de Laval, qui utilise des tests de salive pour certains cas à l'interne, lancera sous peu un projet pilote pour la population.

Au Québec, la question des tests de salive est discutée au comité clinique PCR COVID-19 de l’Institut national de santé publique, qui tient d’ailleurs l’une de ses réunions mercredi après-midi.

« Les tests de salive sont très pratiques, mais ils ont davantage de faux négatifs que les tests avec des échantillons nasopharyngés », explique David Goldfarb, de l’Hôpital pour enfants de Colombie-Britannique, qui a mis au point un test de salive avec gargarisme à l’eau salée. « Ça semble être particulièrement problématique pour les enfants. En plus, il faut beaucoup de salive, parce qu’elle contient beaucoup de bulles. Nous avons pensé à une solution avec un gargarisme avec eau salée, pour recueillir le maximum de sécrétions. »

À notre grande surprise, les taux de faux négatifs sont très semblables aux échantillons nasopharyngés.

Le Dr David Goldfarb, qui a mis au point un test de salive avec gargarisme à l’eau salée

L’échantillon avec gargarisme a aussi comme avantage d’être plus facile à analyser en laboratoire, selon Cédric Yansouni, spécialiste des diagnostics de maladies infectieuses au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui a discuté avec le DGoldfarb.

« Avec la salive, il faut un traitement pour diminuer la viscosité, ce qui n’est pas nécessaire avec l’échantillon avec gargarisme, dit le DYansouni. C’est aussi moins pénible, donc plus facile de recueillir des échantillons avec des enfants du primaire. »

Les méthodes de collecte d’échantillons ne sont pas régies par Santé Canada, qui ne réglemente que les tests sur les échantillons. C'est ainsi qu'à Laval, le CISSS a autorisé le 11 septembre l'utilisation des tests de salive pour les tests répétés chez le même patient ainsi que pour certains patients et employés à la Cité de la Santé, après quatre mois d'évaluation comparative avec les tests nasopharyngés.

Beaucoup de salive

Dynacare, qui planche sur son test de salive traditionnel depuis avril, n’a pas fait de tests sur les enfants. « Nous avons de bons résultats comparés aux tests sur les échantillons nasopharyngés », dit Lee Goneau, microbiologiste en chef de Dynacare, en entrevue depuis Brampton. « Nous travaillons maintenant à éliminer l’étape de la centrifugation de l’échantillon, nécessaire pour séparer les liquides des portions visqueuses de la salive. L’analyse est faite sur la portion liquide. » Le test de Dynacare, qui devrait être offert d’ici 2021, nécessite 3 ml de salive, ce qui demande au patient de recueillir sa salive dans sa bouche pendant une minute, puis de cracher, à trois reprises.

PHOTO FOURNIE PAR DYNACARE

La technologue Josée Rivest, du laboratoire Dynacare de Laval

Fin août, une chirurgienne oncologique de l’Université d’Ottawa a publié dans les Annals of Internal Medicine une comparaison de tests sur des échantillons de salive et nasopharyngés chez 1939 patients, qui a montré que les tests de salive ont manqué 20 des 34 cas positifs, contre 12 sur 34 pour les échantillons nasopharyngés.

Prélèvement par le patient

Le test avec gargarisme de Colombie-Britannique est offert en clinique pour tout enfant de la province, selon le DGoldfarb. « Nous examinons la possibilité de faire de la surveillance plus large, particulièrement si l’échantillon est pris par le patient lui-même. »

Selon le DYansouni, il pourrait être possible d’adopter rapidement au Québec le test de salive avec gargarisme, avec des assouplissements réglementaires pour que les résultats des projets-pilotes faits en Colombie-Britannique soient acceptés.

Ne manquera-t-il pas de personnel de laboratoire pour analyser les échantillons ? « La crise de la COVID-19 va durer plusieurs mois au moins, alors il faut développer des stratégies qui vont nous permettre de vivre avec sans mettre toute la société en confinement, dit le DYansouni. Le dépistage massif des populations cibles est un de ces outils, et il se pourrait que ce soit assez prioritaire pour qu’on aille chercher les moyens de le faire. Si on dit aux populations cibles de venir déposer leur spécimen sans faire la file pendant des heures, sans avoir un écouvillon dans le nez, ça va être plus facile. »

Le seul bémol des tests de salive est qu’ils fonctionnent moins bien pour la grippe et d’autres virus respiratoires, selon le DYansouni. On ne peut donc pas faire un seul test de salive pour tous ces virus, alors que cela est possible avec un échantillon nasopharyngé. « Si une personne a des symptômes et un test négatif à la COVID-19 mais un test positif à la grippe, il est plus facile de la déconfiner. Un diagnostic alternatif accélère le déconfinement des patients. »