Le président-directeur général d’un établissement de santé montréalais a affirmé dans une entrevue télévisée le 14 septembre que le virus de la COVID-19 est « probablement pas vraiment plus dangereux que la grippe saisonnière »*. Une affirmation que contredisent des spécialistes.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Ce n’est pas du tout ce que nous disent les données probantes », affirme Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Pour elle, il est clair que la COVID-19 est « plus létale que la grippe ».

Le 14 septembre, le DLawrence Rosenberg, qui est à la tête du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, était en entrevue avec la journaliste Mutsumi Takahashi sur les ondes de CTV Montréal. À Mme Takahashi qui lui demandait « que savons-nous du virus que nous ne savions pas il y a six mois ? », le DRosenberg a répondu qu’il s’agit « d’un virus respiratoire semblable à la grippe saisonnière ». « Ce que nous avons appris, c’est qu’il n’est probablement pas vraiment plus dangereux que la grippe saisonnière, il est probablement au moins autant transmissible que la grippe saisonnière et contrairement à la grippe saisonnière, qui a tendance à affecter les personnes très âgées et très jeunes, ce virus semble affecter surtout les personnes très âgées et celles avec des conditions médicales préexistantes. »

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal regroupe notamment l’Hôpital général juif, premier hôpital désigné pour accueillir les patients atteints de la COVID-19 au Québec.

Sur les réseaux sociaux, les propos du DRosenberg ont été repris par certains militants conspirationnistes.

Questionné sur le sujet, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a répondu que le DRosenberg « maintient les propos qu’il a tenus lors de son interview avec la journaliste de CTV ».

Il base sa déclaration sur une étude de l’Université Stanford du DJohn Ioannidis qui démontre que le taux de mortalité par rapport au taux d’infection est sensiblement le même pour l’influenza et pour la COVID-19.

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Le porte-parole du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Carl Thériault, précise qu’il est toutefois important de remettre les propos du DRosenberg dans leur contexte. « Si on prend la peine d’écouter le reste de l’interview, le DRosenberg ne diminue en rien la gravité de la présente pandémie. Depuis le début, le DRosenberg est un fervent défenseur des mesures sanitaires qui cherchent à réduire la transmission de la COVID-19 en l’absence d’un vaccin », indique M. Thériault.

Dans le reste de l’échange avec la journaliste, le DRosenberg parle entre autres de l’importance de l’équipement de protection personnelle pour les travailleurs de la santé et mentionne qu’on « ne peut être trop vigilant pour protéger les aînés ».

Un virus très sérieux

Joint par La Presse, le DJean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), connaît bien les multiples effets secondaires d’une infection à la COVID-19 : c’est le sujet de l’étude COLCORONA, qu’il dirige à l’ICM. Il a accepté de commenter les déclarations du DRosenberg en précisant ne pas douter de sa bonne foi. Mais le DTardif a tout de même différé d’opinion avec le président du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île.

« Il est vrai qu’il existe une similitude entre la grippe saisonnière et la COVID-19, puisqu’elles sont toutes deux causées par des virus dont la complication principale est pulmonaire. Toutefois, la COVID, contrairement à la grippe saisonnière, provoque des AVC, d’autres atteintes cérébrales, des crises cardiaques, des complications à long terme chez les adultes, et des atteintes de plusieurs organes chez les enfants. Il importe surtout de ne pas banaliser la COVID compte tenu de la morbidité importante et des impacts sociétaux substantiels. »

Le DGaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), explique que la grippe saisonnière touche chaque année le Québec et fait environ 400 victimes, alors que la COVID-19 a causé plus de 5800 décès jusqu’à maintenant. Alors que le taux de mortalité de la grippe est de 4 % à 8 %, ce taux peut monter jusqu’à 30 % chez les patients âgés pour la COVID-19. Une étude menée dernièrement à l’INSPQ a d’ailleurs démontré que le taux de mortalité chez les patients hospitalisés est bien plus élevé avec la COVID-19 qu’avec la grippe, explique le DDe Serres.

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, reconnaît qu’il peut être difficile de comparer les situations de la grippe et de la COVID-19, ne serait-ce que parce que pour la grippe, il existe un vaccin. Mais M. Mâsse affirme que le taux de mortalité chez les aînés atteints de COVID-19 « n’est pas comparable à la grippe ».

— Avec la collaboration de Patrick Lagacé