Avec la recrudescence des cas de COVID-19, des membres de la communauté juive sont inquiets. Ils craignent des éclosions dans des congrégations où les règles semblent moins bien respectées qu’ailleurs.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Lors de nos consultations continues avec la santé publique et l’autorité sanitaire régionale (CIUSSS), ils ont exprimé leur frustration que de récents événements sociaux aient conduit à des flambées de COVID-19, peut-on lire dans un message du Conseil de la communauté juive de Montréal, adressé à ses membres vendredi dernier. Les autorités étaient particulièrement mécontentes [du fait] que les participants à ces événements ne portaient pas de masque ou couvre-visage et ne respectaient pas la distance sociale. »

L’organisme a lancé cet appel au respect des règles sanitaires peu après l’annonce de plusieurs cas de COVID-19 à l’école juive Herzliah, fermée pour deux semaines jeudi.

Une bar mitzvah avait eu lieu peu avant l’apparition des cas.

Cette fête, célébrée lorsqu’un garçon a 13 ans, « fait partie du portrait » de l’éclosion à l’école Herzliah. La Santé publique de Montréal ne la « pointe pas comme origine », mais estime simplement que « c’est un des éléments à considérer », a dit le porte-parole Jean-Nicolas Aubé.

Gros groupes

Malgré la pandémie, des fournisseurs de services disent continuer à recevoir des demandes pour des groupes nombreux, que ce soit pour des fêtes, des mariages ou des bar mitzvah.

« Quand je vois des événements avec des buffets et de la danse, je trouve que ça manque de respect pour les gens et l’industrie, et que c’est irresponsable », a lancé l’organisateur et producteur d’événements Lorne Levitt. Il a cependant refusé de rejeter tout le blâme sur le monde de l’événementiel. « Il y en a qui essaient de trouver du travail et ils disent oui aux clients », explique celui qui affirme avoir refusé des demandes pour des événements dépassant le nombre fixé par les règles de santé publique. Ces demandes ne concernaient pas seulement des célébrations juives, mais provenaient aussi de clubs et de restaurants.

Le traiteur casher La Marguerite dit n’offrir que la livraison de nourriture – sans les services sur place – pour des événements de 50 personnes ou moins. Mais le coprésident Moishe Chetrit a indiqué recevoir des demandes pour des groupes beaucoup plus gros. « On refuse, affirme-t-il. Même pour les 250 personnes, je ne trouve pas que c’est une bonne idée. Mais on a beaucoup de demandes. »

Dans les lieux de culte, le nombre de personnes pouvant se réunir à l’intérieur a été fixé à 250 par le gouvernement du Québec, en respectant la distance de 2 m lors des déplacements et de 1,5 m lorsqu’une personne est assise, moment où elle peut retirer son couvre-visage.

Le problème, c’est que les gens ont l’impression d’être en famille, ils sont avec les cousins, ils enlèvent le masque.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Roxane Borgès Da Silva, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, remarque des difficultés à faire passer le message dans certaines congrégations. « Il semble que dans ces communautés, les valeurs culturelles et les valeurs religieuses sont supérieures aux valeurs de santé publique, ajoute-t-elle. Il faut trouver un moyen de les approcher et de les convaincre, via des membres de leurs communautés. »

Le rabbin Saul Emmanuel, directeur du Conseil de la communauté juive de Montréal, n’a pas voulu s’exprimer sur d’éventuelles congrégations délinquantes dans l’île.

« Notre rôle n’est pas de faire la police dans les synagogues, notre rôle est de faire passer le message à la communauté », a-t-il souligné.

Fêtes juives

L’approche de fêtes juives importantes ajoute au défi de freiner le coronavirus. Israël a annoncé jeudi un confinement de trois semaines, coïncidant avec la période des fêtes. Les Israéliens ne peuvent pas voyager à plus de 1000 m de leur résidence et les rassemblements intérieurs sont limités à 10 personnes, même dans les synagogues, et à 20 à l’extérieur. Le Nouvel An juif commence samedi.

Le maire de Côte-Saint-Luc, qui compte une importante population juive, invite les pratiquants à célébrer les fêtes à l’extérieur autant que possible. La Ville a installé des tentes ouvertes dans des parcs et des stationnements. « On va le faire d’une façon sécuritaire, avec la distanciation, à l’extérieur, on travaille pour avoir une nouvelle année juive sécuritaire en veillant à ce que toutes les règles soient respectées », a dit Mitchell Brownstein.

La Ville a été la première à imposer le port du masque sur son territoire. Mais le maire ne comptait pas cette fois prendre de mesures supplémentaires dans sa population. « On attend le leadership du gouvernement du Québec », a-t-il dit.