(Québec) Le gouvernement Legault n’exclut pas d’imposer des mesures sanitaires aux manifestants anti-masques en cette période de pandémie, mais il évite pour l’instant toutes interventions à court terme, craignant entre autres de créer « des martyrs ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Alors que des centaines de manifestants étaient rassemblés mardi devant le parlement pour nier l’existence d’une pandémie causée par la COVID-19, le premier ministre a affirmé mercredi qu’il pourrait y avoir une intervention du gouvernement si les manifestations généraient plusieurs cas de COVID-19.

Mais pour l’instant, a-t-il rappelé, le problème réside dans les rassemblements privés, qui deviennent des foyers d’éclosion. C’est aussi délicat pour le gouvernement d’intervenir auprès des complotistes. « Est-ce qu’on veut faire des martyrs, entre guillemets, de ces personnes-là ? » a-t-il lancé.

« On n’exclut rien dépendamment de l’évolution de la situation » au sujet des manifestations, « mais on ne prévoit rien à court terme », a ajouté M. Legault.

Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, a pour sa part affirmé mercredi lors d’une brève mêlée de presse qu’il « n’est pas content » quand il observe des citoyens se rassembler par milliers, sans mesures de distanciation sociale, alors qu’une recrudescence de cas positifs au coronavirus s’observe depuis plusieurs jours.

« C’est clair que je ne suis pas content, mais il faut que j’[aie] la preuve [que ces manifestations mènent à des éclosions] pour être capable d’agir », a-t-il affirmé.

Des manifestations légales, mais « pas souhaitables »

Les complotistes n’ont pas non plus l’appui des partis d’opposition à Québec. Si tous les partis reconnaissent comme le gouvernement que le droit de manifester est important en démocratie, ils appellent les autorités de santé publique à donner des consignes claires aux manifestants pour préserver le Québec d’une deuxième vague de COVID-19.

« Des rassemblements comme on a vu [mardi], ce n’est certainement pas souhaitable dans un contexte de pandémie. Il faut s’assurer que certaines mesures soient mises en place pour qu’il n’y ait pas de contamination », a affirmé la critique libérale en santé, Marie Montpetit.

« J’entendais hier le premier ministre dire que [ces manifestations] ne sont pas des foyers d’éclosion. [En même temps], permettez-moi de douter que les gens qui participent à ces manifestations se font tester pour la COVID. […] Ce sont des gens qui sont contre le port du masque et qui ne croient pas en l’existence du virus », a-t-elle rappelé.

Le chef péquiste par intérim Pascal Bérubé se demande pour sa part pourquoi Québec recommande aux citoyens d’éviter pour l’instant des « regroupements de 10 personnes qui [font] des épluchettes de blé d’Inde ou une fondue », mais n’impose pas des mesures aux centaines de personnes qui se rassemblent pour nier l’existence d’une pandémie.

« Le droit de manifester, c’est universel, c’est accepté, d’autant plus qu’elles se passent de façon très pacifique, ces manifestations. […] C’est seulement dans un contexte sanitaire où je pose la question au gouvernement du Québec si ce n’est pas un drôle de message de voir des manifestations d’envergure où les gens sont très près les uns des autres et manifestement ne portent pas de masques [et] les consignes qu’on envoie » au reste de la population, a-t-il dit.

De son côté, Sol Zanetti de Québec solidaire demande au gouvernement Legault d’engager rapidement un dialogue avec les manifestants en déployant d’importantes mesures de communication, plutôt que d’arriver avec des mesures coercitives si la situation sanitaire devait dégénérer.

« On ne les convaincra pas en les réprimant et en les insultant », a-t-il affirmé mercredi.

Québec doit arriver avec un « équilibre entre le droit de manifester et les mesures de santé publique ».

« Ce n’est pas parce que c’est une manifestation pour exprimer un point de vue politique qu’il faut que ça soit exempté d’efforts de santé publique. […] [Il faut] un équilibre entre la capacité [des manifestants] de se mobiliser et ne pas mettre en danger la sécurité et la santé publique », a-t-il ajouté.

Le Québec rapporte mercredi trois nouveaux décès et 303 nouveaux cas confirmés de COVID-19, alors que la pandémie continue sa tendance à la hausse dans la province.

– Avec Fanny Lévesque, La Presse