Une nouvelle étude montréalaise le confirme : pour limiter la taille de la deuxième vague, il faut tester systématiquement et régulièrement plusieurs groupes de personnes, dont le personnel de santé et les professeurs et élèves du primaire et du secondaire.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Aux États-Unis, plusieurs universités font passer des tests de salive à tous leurs étudiants en rotation. Les écoles de New York testeront 10 % des élèves et professeurs. En France, on mise plutôt sur des tests « antigéniques », plus rapides.

« Tester les cinq groupes à risque que nous avons identifiés pourrait coûter 1,3 milliard, mais permettre d’épargner beaucoup d’argent en fermetures d’entreprises et en coûts de santé », explique Richard Menzies, épidémiologiste à l’Université McGill, qui est l’auteur principal de l’étude publiée jeudi dans le Journal de l’Association médicale canadienne. « Si on utilise des stratégies comme regrouper plusieurs échantillons ou des tests de salive, on pourrait réduire les coûts. »

Les cinq groupes à risque identifiés par le DMenzies sont, en ordre de priorité, les proches et contacts des personnes ayant un diagnostic positif, le personnel de soins aigus, le personnel de centres de soins de longue durée, les gens ayant beaucoup de contacts avec le public dans leur travail, ainsi que les professeurs et élèves dans les écoles.

Les écoles ne sont donc pas prioritaires dans une stratégie de tests « universels » ? « Quand nous avons fait la modélisation cet été, il n’y avait pas beaucoup de données sur les écoles, dit le DMenzies. Mais il venait juste d’y avoir une étude à Calgary sur les gens qui sont en contact avec le public au travail, par exemple dans les dépanneurs. On avait découvert que 2 % d’entre eux avaient un test positif malgré l’absence de symptômes. Cela dit, on voit bien que dans les écoles, il est difficile de faire respecter la distanciation aux jeunes. Alors je pense qu’il faudra penser à des tests universels dans les écoles. »

Que signifie un programme de tests universels ? « On va dans un milieu et on propose le test à tout le monde, dit le DMenzies. On espère que de 80 à 90 % des gens vont accepter. Si on continue à faire les tests dans le nez avec les écouvillons, je pense qu’on va avoir des proportions plus basses. »

Un enfant de 6 ans va faire le test une fois, mais la deuxième fois, ça va être plus dur. C’est pour ça que les tests de salive sont intéressants.

Le DRichard Menzies, épidémiologiste à l’Université McGill

Pas offert au Canada

Les tests de salive ne sont pas déployés au Canada. « Les essais se poursuivent du côté du Laboratoire de santé publique du Québec, mais nous ne sommes pas encore en mesure de donner des nouvelles sur les résultats », explique Madalina Burtan, conseillère en communication à l’Institut national de santé publique du Québec.

Selon le DMenzies, les tests salivaires sont presque aussi sensibles que les tests avec écouvillons, c’est-à-dire qu’il y a très peu de faux négatifs. « Et on n’a pas besoin d’infirmières pour faire le test, dit-il. Si le test par écouvillon est mal fait, la sensibilité est moins bonne. »

Les tests « antigéniques » annoncés en fanfare en France se font aussi au moyen d’écouvillons, mais ont des résultats plus rapides. Le problème, selon le DMenzies, est qu’ils ont une sensibilité moins bonne, ratant jusqu’à 40 % des personnes infectées. Les tests antigéniques ne sont pas non plus autorisés au Canada.

L’autre approche que propose le DMenzies pour diminuer les coûts est le regroupement des échantillons (pooling). Si le résultat est négatif, on fait moins de tests au total. Si le résultat est positif, il faut retester chaque personne, ou alors mettre tout le monde en quarantaine. « On peut aussi penser qu’on pourrait tester quatre ou cinq écoles, dit le DMenzies. Si on n’a aucun test positif, on peut se dire qu’il n’y a probablement pas un gros problème dans les écoles. »

Répétition

Ces tests universels pour ces cinq groupes devront-ils être répétés plusieurs fois ? « Ça dépend, dit le DMenzies. Si on a 0,1 % de tests positifs, peut-être qu’on pourra attendre deux mois pour refaire des tests universels. Mais si on a 5 %, il faudra refaire les tests plus rapidement. »

Est-ce que la capacité de tests est adéquate ? « On peut normalement faire 25 000 tests par jour au Québec, alors ça devrait être bon », dit le DMenzies.

— Avec Philippe Mercure, La Presse