Grand Confinement, télétravail, restaurants fermés : le volume d’aliments gaspillés à la maison a augmenté de 13,5 % dans les premiers mois de la pandémie de COVID-19.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

C’est ce que révèle un sondage auprès de 8272 Canadiens, dont 1242 Québécois, mené par le Laboratoire Agri-Food en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie et dont les résultats sont rendus publics ce mardi.

Le coup de sonde mené fin août par la firme Caddle montre que le gaspillage alimentaire domestique est passé en moyenne de 2,03 kg à 2,30 kg par semaine, soit une très légère augmentation par ménage. Prise à l’échelle du pays, cette hausse aurait généré entre 20 et 24 millions de kilos supplémentaires de déchets organiques par mois depuis le début de la pandémie, selon les modélisations réalisées par les chercheurs du Laboratoire Agri-Food.

Mais attention avant de tirer des conclusions hâtives, prévient son directeur, le professeur Sylvain Charlebois. Puisque la pandémie force les Canadiens à manger davantage de repas à la maison, la proportion du panier d’épicerie qui se retrouve aux poubelles est fort possiblement moindre qu’avant la crise.

« On passe plus de temps à la maison, on mange plus à la maison, donc on génère plus de déchets. Par contre, en regardant les résultats, on se rend compte qu’on est peut-être devenus de meilleurs gestionnaires d’inventaire », explique M. Charlebois.

En effet, plus de 55 % des personnes sondées estiment qu’elles gaspillent actuellement moins de nourriture en pourcentage du volume par rapport à la période précédant la pandémie.

Quand on va à l’épicerie ces temps-ci, on ne niaise pas. On achète ce dont on a besoin et on fait le suivi de ce qu’on a à la maison. On est plus conscients de ce qu’on a dans la dépense et dans le réfrigérateur quand on va au marché.

Sylvain Charlebois, professeur à l’Université Dalhousie

Les sondeurs ont aussi demandé aux répondants ce qu’ils faisaient de différent depuis le début de la pandémie. Le tiers (34,5 %) d’entre eux disent manger des restes plus souvent, 24,4 % regardent plus fréquemment dans leurs armoires et réfrigérateurs avant de faire leur marché et 22,5 % congèlent ou mettent en conserve leurs surplus de nourriture.

En revanche, 27,2 % des gens n’ont rien changé à leurs habitudes durant le confinement.

Les principales causes du gaspillage

31,3 % : La nourriture a été laissée dans le réfrigérateur ou le congélateur trop longtemps

30,4 % : Certains membres de la famille ne terminent pas toujours leur assiette

17,2 % : Nous ne gaspillons aucune nourriture dans la maison

15 % : La nourriture se détériore avant l’indication « Meilleur avant »

Source : Sondage mené par le Laboratoire Agri-Food en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie

Restaurants

Dans leur analyse, les chercheurs de Dalhousie soulignent que le gaspillage alimentaire à la maison a pu être moindre durant les mois de juillet et d’août, lorsque les restaurants ont rouvert.

« De façon générale, avant la pandémie, un ménage dépensait entre 38 % et 40 % de son budget alimentaire en restauration, et pour chaque dollar qu’on dépense à l’épicerie, pour le même volume, il faut dépenser à peu près 1,40 $ au restaurant. Quand il y a eu le Grand Confinement, le ratio 40 %-60 % est devenu 9 %-91 % en mars et en avril. Donc 91 % de notre argent était dépensé à l’épicerie jusqu’au début de juin. Et là, on est rendus à 26 % environ, selon les chiffres de Statistique Canada », souligne le professeur Charlebois.

Aliments contaminés ?

Une statistique étonnante retrouvée dans le rapport indique que 10 % des répondants ont jeté des aliments qu’ils croyaient contaminés par la COVID-19. Le chiffre grimpe à 14 % chez les sondés du Québec.

Or, à l’heure actuelle, les autorités sanitaires canadiennes et internationales estiment qu’on ne peut pas contracter le nouveau coronavirus en mangeant un aliment contaminé.

« La COVID-19, c’est un virus, pas une bactérie », précise Anne-Marie Desbiens, chimiste alimentaire et autrice de l’ouvrage Mieux conserver ses aliments pour moins gaspiller. Elle précise que si un aliment a pu être contaminé à la COVID-19 en étant manipulé par un travailleur malade à l’épicerie, avec le temps, la présence du virus va diminuer et il finira par mourir.

« C’est vrai que ça peut être parfois mélangeant. Prenez la viande, par exemple : il pourrait y avoir un E. coli par gramme quand on l’achète, soit une cellule de méchante bactérie. Plus le temps avance, plus le nombre de bactéries augmente et à un moment donné, il devient trop contaminé pour le manger. La COVID-19, elle, ne peut pas se multiplier dans la nourriture. »

Cette dernière s’est aussi dite étonnée que 20 % des Canadiens ne mangent jamais de produits alimentaires après leur date de péremption.

Elle dit avoir du mal à croire que 17,2 % des Canadiens affirment ne jeter aucune nourriture. Par contre, considérant le fait que les gens mangent beaucoup plus souvent à la maison, la hausse du gaspillage alimentaire est peu élevée : « 13,5 %, je trouve que ce n’est pas si mal que ça, toutes proportions gardées. »