Si l’annonce de la décision du gouvernement de fixer au 14 septembre la date de relance des activités sportives a calmé la grogne dans le réseau scolaire, elle n’a pas pour autant démystifié la « séparation illogique » qui est faite entre le sport civil et le sport scolaire, dénoncent des fédérations et des entraîneurs.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Tout ce qu’on a eu, c’est une conférence Zoom de 10 minutes vendredi après-midi pour nous expliquer la décision. Personne ne nous a laissés poser de questions. On trouve ça vraiment dommage. On est encore dans le noir, et nos jeunes aussi », témoigne le directeur général de la Fédération de tennis de table du Québec, Rémi Tremblay.

À ses yeux, l’incohérence de la directive du ministère de l’Éducation est due au fait que les programmes scolaires de sport-études seront à l’arrêt pendant encore deux semaines, alors que dans le réseau civil, ils ont déjà commencé.

« On dit aux jeunes que pendant un après-midi, ils ne pourront pas s’entraîner, mais qu’en fin de journée, quand le club civil prend le relais, ils pourront. Ça n’a aucun sens », martèle M. Tremblay.

Celui-ci souligne que depuis le début du confinement, le Ministère s’était pourtant tourné vers les fédérations.

Dès juin, nos clubs ont pu reprendre. Et ça s’est super bien fait, sans débordement. Là, par contre, on ne sait plus quoi dire aux parents.

Rémi Tremblay, directeur de la Fédération de tennis de table du Québec

Dans les derniers jours, plusieurs observateurs ont émis le même genre de réserves. Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette, a notamment dénoncé une directive gouvernementale « confuse et contradictoire ».

Le directeur général du Réseau du sport étudiant du Québec pour la région de Québec et de Chaudière-Appalaches (RSEQ-QCA), Mathieu Rousseau, était aussi du lot. « Ça semble clair que le sport scolaire pourrait jouer un rôle important dans la sensibilisation et l’éducation des élèves sur l’éthique de vie et les obligations que nécessite la pratique sportive en temps de pandémie », a-t-il dit.

Des carrières en jeu

« Ils sont en train d’affecter la vie de centaines d’athlètes québécois qui nous représentent au niveau national. » C’est le message que livre un entraîneur de plusieurs équipes au Complexe sportif Claude-Robillard, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Pour lui, Québec doit être logique dans sa façon de présenter les choses.

Soit ils interdisent le sport pour tout le monde, soit ils l’autorisent tant pour les loisirs que pour les athlètes. L’inverse ne tient pas du tout la route.

Entraîneur qui a requis l’anonymat

L’entraîneur affirme qu’un changement aussi imprévu risque de « gâcher la préparation » de nombreux étudiants-athlètes qui se préparent pour des championnats dans leur sport respectif depuis des semaines. « Ça fait deux mois qu’ils sont à l’ouvrage, et là on vient leur dire en plein milieu de leur préparation qu’ils doivent arrêter l’entraînement ? Ça va forcément avoir des répercussions sur leur saison », raisonne-t-il.

Québec appelle à la patience

Joint par La Presse, le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, affirme que tout rentrera dans l’ordre dès le 14 septembre. « Si la rentrée scolaire continue de bien se passer, nous serons en mesure d’assouplir certaines consignes sanitaires afin que puissent reprendre toutes les activités parascolaires, sport-études, arts-études et sport interscolaire », indique l’attaché de presse de M. Roberge, Francis Bouchard, faisant ainsi écho aux propos tenus vendredi par le premier ministre François Legault.

M. Bouchard affirme par ailleurs que la directive concernant les activités sportives dans le réseau scolaire « n’est pas nouvelle ». « Elle a été énoncée à la mi-juin et réitérée au début d’août », dit-il.

« Il est primordial que tous, personnel, parents et élèves, respectent rigoureusement les consignes sanitaires dans les écoles », ajoute M. Bouchard, sans vouloir se prononcer davantage sur le fond de l’affaire.

Une journée de plus de 150 cas au Québec

Le nombre de cas confirmés de COVID-19 a grimpé de 156 au Québec, selon le dernier bilan officiel rendu public samedi. On compte également cinq morts supplémentaires, dont deux survenues avant le 22 août et trois à une date inconnue, qui s’ajoutent au nombre total. Le nombre de cas depuis le début de la pandémie s’élève donc à 62 232 dans la province. La réévaluation cette semaine d’échantillons potentiellement contaminés en laboratoire a permis de soustraire 78 cas, d’abord confirmés, mais finalement négatifs. On déplore 5755 décès de la COVID-19 ces derniers mois au Québec. Un total de 117 personnes étaient toujours hospitalisées, dont 17 aux soins intensifs, comme la veille.

— Janie Gosselin, La Presse