La petite société montréalaise Laurent Pharma vient de recevoir le feu vert des autorités américaines pour tester aux États-Unis une molécule qu’elle croit prometteuse contre les effets graves de la COVID-19. Une nouvelle qui pourrait l’aider à relancer une étude qui accumule les retards depuis son lancement.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« L’accès aux États-Unis va nous permettre de donner un coup, on espère rattraper une partie de notre retard. Il y a plus de 44 000 nouveaux cas par jour de COVID-19 au sud de la frontière, ce qui va aider à notre recrutement », explique Yves Rosconi, un vieux routier de la biotechnologie québécoise qui est président du conseil d’administration de Laurent Pharma.

Laurent Pharma a mis au point une molécule baptisée LAU-7b qu’elle teste depuis quelques années contre l’inflammation des poumons qui touche certains patients atteints de fibrose kystique. En voyant que les effets les plus graves de la COVID-19 étaient aussi causés par l’inflammation des poumons, les dirigeants de l’entreprise ont réalisé qu’ils avaient peut-être déjà la solution en main – d’autant plus que le profil sécuritaire de la molécule avait déjà été établi et que des tests ont montré des effets antiviraux contre le virus de la COVID-19. L’espoir est que la molécule prévienne la détresse respiratoire et rende la maladie moins mortelle.

Pour le vérifier, l’entreprise a conçu une étude visant à recruter 200 patients hospitalisés à cause de la COVID-19. La moitié prendrait la molécule LAU-7b, dont le nom scientifique est la fenrétinide, l’autre moitié, un placebo. En avril, Yves Rosconi avait confié à La Presse avoir l’espoir de terminer l’étude d’ici la fin de l’été. Or, les choses n’ont pas progressé comme prévu. Pour l’instant, moins d’une dizaine de patients ont été recrutés. M. Rosconi explique le retard par l’essoufflement de la première vague de l’épidémie au Québec et par les délais plus longs que prévu pour obtenir les approbations des comités d’éthique.

Protocole modifié

Laurent Pharma a réagi en modifiant son protocole. On a décidé de recruter des patients aussi en CHSLD, plutôt que seulement à l’hôpital, et d’abaisser l’âge minimal d’admissibilité de 50 ans à 18 ans. Mais l’entreprise compte vraiment sur le feu vert de la Food and Drug Administration américaine pour accélérer le recrutement. Laurent Pharma teste déjà la molécule LAU-7b dans 27 centres hospitaliers des États-Unis chez des patients atteints de fibrose kystique, et plusieurs de ces centres sont situés dans les zones durement touchées par la COVID-19.

« Ces gens nous connaissent déjà, leurs comités d’éthique ont déjà approuvé notre produit pour la pneumologie, donc ça devrait faciliter la tâche », dit M. Rosconi.

M. Rosconi explique que la fenrétinide ne vise pas à empêcher l’inflammation qui, en soi, est une réponse bénéfique de l’organisme, mais à empêcher que celle-ci ne s’emballe. Il dit maintenant espérer compléter le recrutement des 200 patients d’ici la fin de l’année et avoir des résultats à présenter avant la fin de l’hiver 2021.