Même si une deuxième vague de COVID-19 frappait la province à l’automne, Québec ne compte pas effectuer de fermetures massives des services de garde éducatifs, qui ont jusqu’à maintenant été plutôt épargnés par les éclosions. Une « bonne nouvelle », selon l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), qui demande toutefois un financement supplémentaire pour continuer d’appliquer toutes les mesures préventives.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

En point de presse jeudi, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a présenté la feuille de route du gouvernement pour les services de garde éducatifs s’il devait y avoir une deuxième vague de COVID-19.

D’emblée, il a assuré que les services resteraient ouverts, même en cas de deuxième vague. M. Lacombe a expliqué que depuis le début de la pandémie, seulement 123 cas de COVID-19 avaient été détectés dans des services de garde, dont 57 chez des enfants. « C’est encourageant, considérant le nombre d’enfants qui y ont séjourné depuis six mois », dit M. Lacombe.

Les mesures déjà mises en place dans les services de garde, comme le port du masque par les éducatrices, l’accueil des enfants à l’entrée des édifices et la désinfection plus fréquente de nombreux objets, continueront de s’appliquer.

Directrice générale de l’AQCPE, Geneviève Bélisle explique que toutes ces mesures « ont un coût ». « Et on ne sait pas pourquoi le ministre ne peut pas nous dire qu’il y aura des sous qui vont venir pour nous pour appliquer ces mesures », dit-elle.

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Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance

Mme Bélisle explique que, par exemple, les CPE doivent engager une personne à l’accueil pour gérer les arrivées et les départs des enfants, puisque les parents ne peuvent entrer. « À cause des groupes fermés, le regroupement d’enfants en fin de journée n’est aussi pas possible », note Mme Bélisle, qui explique que les coûts en ressources humaines sont donc accrus.

Au cabinet du ministre Lacombe, on explique que le financement régulier des services de garde a été maintenu depuis le début de la pandémie et continuera de l’être. On précise que les équipements, comme les masques, sont fournis par Québec.

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Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Le ministre Mathieu Lacombe n’a pas voulu entrer dans les détails pour dire comment les symptômes seraient gérés dans les services de garde, chaque cas étant unique. Mais il assure que « le seul petit nez qui coule n’est pas une raison suffisante pour exclure un enfant ».

Le ministre de la Famille invite les parents à se tourner vers un nouveau questionnaire en ligne (www.Quebec.ca/decisioncovid19). Ce nouveau site internet « va vous aider à savoir si vous devez garder votre enfant à la maison et si vous devez aller le faire dépister », a déclaré de son côté le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

« Méchant casse-tête » en milieu scolaire

En ce qui concerne les services de garde dans les écoles, le ministre de la Santé a martelé que les « bulles » des élèves d’une même classe ne devraient pas être mélangées au service de garde. Les écoles ne pourront donc pas regrouper les élèves de différentes classes le midi ou après les heures de cours au service de garde.

Présidente du conseil d’administration de l’Association québécoise de la garde scolaire, Réjeanne Brodeur affirme que respecter cette demande sera un « méchant casse-tête ». Notamment parce que certains services de garde en milieux scolaires ne disposent que de grands locaux, comme des gymnases.

« Et en fin de journée, quand il y a de moins en moins d’élèves, une éducatrice qui part doit laisser ses bulles à une autre… Ce sera très difficile », affirme Mme Brodeur, qui ajoute que la pénurie de personnel est grande à certains endroits, compliquant encore plus la situation. « Ça fait des années qu’on dit que les services de garde en milieu scolaire sont oubliés. Pourtant, certains enfants passent plus de temps au service de garde qu’en classe », affirme Mme Brodeur.

Contamination de certains tests

Le ministère de la Santé a rapporté jeudi 111 nouveaux cas confirmés de COVID-19, ainsi que trois morts supplémentaires liés à la pandémie. Toutefois, 40 cas confirmés rapportés mercredi dans la région de Montréal font toujours l’objet d’une réévaluation en raison d’échantillons contaminés dans un laboratoire. Ils pourraient ainsi être retranchés du bilan au terme de cette réévaluation. M. Dubé a relativisé la situation jeudi en soulignant que de 15 000 à 20 000 tests de dépistage par jour étaient réalisés. « C’est la première fois que ça arrive et on va essayer de bien comprendre ce qui est arrivé. On est en train de valider la cause exacte », a dit M. Dubé. Cette hausse de 111 cas confirmés rapportée jeudi est plus élevée que la moyenne de 80 cas observée la semaine dernière. Cela reste toutefois en deçà du seuil fixé par le ministre de la Santé afin de contenir la COVID-19. Le nombre de personnes hospitalisées a augmenté de 5 au cours de la dernière journée, pour s’établir à 115. De ce nombre, 15 se trouvent aux soins intensifs, soit 3 de plus que la veille.

Les Canadiens satisfaits de la gestion de la crise

Un sondage publié jeudi par le Pew Research Center et mené dans 14 pays, dont les États-Unis, le Danemark, la France, la Corée du Sud et le Japon, révèle que les Canadiens sont parmi les plus enthousiastes par rapport à la façon dont leur gouvernement a pris en charge la pandémie (88 % des répondants estiment que le Canada a fait du bon travail). Seuls le Danemark (95 %) et l’Australie (94 %) remportent plus d’appuis. Le Canada se distingue aussi en étant l’un des pays où les gens sont les plus nombreux (66 %) à dire que le pays sort de la pandémie plus uni qu’avant. Aux États-Unis, 77 % des répondants croient au contraire que le pays en sort plus divisé.

– Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse