L’église orthodoxe grecque Timios Stavros, à Laval, a utilisé la même cuillère pour donner la communion dans la bouche de près de 350 fidèles, samedi matin. Plusieurs autres églises orthodoxes continuent de pratiquer ce rituel malgré la COVID-19.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Bien avant le début de la messe à 10 h, un bénévole de l’église Timios Stavros, sur le chemin du Souvenir à Laval, a fermé les portes donnant accès à la cérémonie. C’est que le maximum de 250 personnes pour un rassemblement intérieur avait été atteint. Une centaine de fidèles sont restés à l’extérieur pour entendre les prières grecques diffusées par des haut-parleurs.

Après une heure de chants religieux, le prêtre a mélangé le pain et le vin, comme le veut le rite orthodoxe. Les croyants qui étaient réunis sous le soleil ont alors pu pénétrer dans l’église pour la communion après s’être préalablement couvert le visage d’un masque et désinfecté les mains. Avec sa cuillère, le célébrant a déposé le pain imbibé de vin dans la bouche des enfants et de leurs parents, en premier. Il a ensuite glissé la même cuillère dans la bouche des aînés. Puis les fidèles de tous les âges ont pu s’avancer à leur tour vers l’autel pour célébrer l’eucharistie.

Andreas Crilis, président de la Communauté hellénique du Grand Montréal, confirme que la communion est distribuée avec une seule cuillère dans les six églises que son organisme chapeaute. Deux sont à Laval, trois à Montréal et une à Saint-Hubert.

C’est distribué avec une seule cuillère pour l’instant. Notre communauté gère certains aspects de l’Église comme les bâtisses, mais c’est l’archevêque à Toronto qui gère les aspects religieux comme la communion.

Andreas Crilis, président de la Communauté hellénique du Grand Montréal

Le 15 juillet dernier, l’archevêque de l’Église grecque du Canada, Sotirios Athanassoulas, a émis des directives quant à la communion. « Le célébrant (prêtre) utilisera plusieurs cuillères en acier inoxydable, qui seront à usage unique (une pour chaque individu). Cette méthode élimine (selon les directives des gouvernements) le danger d’utiliser des ustensiles courants », écrit-il dans un communiqué publié sur le site de nouvelles The Montreal Greek Times. L’archevêque demande également aux prêtres et aux croyants de porter un masque et de désinfecter leurs mains avant la communion.

Or, pour M. Crilis, ces directives ont été émises seulement pour les églises orthodoxes de l’Ontario, pas celles du Québec. « Nous avons des préoccupations [quant à la COVID-19], mais ce n’est pas à nous de prendre cette décision. Chaque chrétien peut décider par lui-même d’aller faire la communion ou non », dit-il.

COVID-19 et autres virus

La Direction de la santé publique de Laval a été avisée des pratiques de l’Église orthodoxe grecque. À la mi-juillet, un médecin a d’ailleurs rencontré les dirigeants de la communauté religieuse, à la demande de ceux-ci. « Le responsable de la communauté a sollicité une rencontre avec nous parce qu’il était inquiet de certains rites et certaines pratiques qui pourraient mettre à risque la santé de ses paroissiens. Il y a eu des échanges », a confirmé Vincent Forcier, responsable des communications du CISSS de Laval.

Celui-ci n’était pas en mesure de dire si la Santé publique avait demandé à la communauté de changer la manière de distribuer la communion. Il a précisé que le ministère de la Santé et des Services sociaux avait été avisé de la situation à Laval et dans d’autres églises orthodoxes de la province.

La pédiatre et microbiologiste du CHU Sainte-Justine Caroline Quach juge que le risque de transmission de la COVID-19 par la salive est « modéré ». « Le risque n’est pas élevé, mais il n’est pas à zéro parce que s’il y a des sécrétions respiratoires dans la bouche d’une personne et qu’une autre les avale, il y a un risque de transmission de la COVID-19. Mais la salive, ce n’est pas la voie de transmission la plus importante », dit-elle. Le contact avec les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée constitue le plus grand risque.

La docteure se questionne tout de même sur l’utilisation d’une seule cuillère par des dizaines, voire des centaines de fidèles.

D’emblée, ce n’est pas une bonne idée de partager la même cuillère, car il y a plusieurs autres virus qui se propagent par la salive comme l’herpès, la gastroentérite, et je pourrais vous en nommer plein d’autres.

Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste du CHU Sainte-Justine

Nicholas*, lui, aurait voulu assister à la messe, samedi, pour rendre hommage à la Vierge Marie, une célébration importante dans le calendrier orthodoxe. Il a décidé de passer son tour à cause de la COVID-19. « En temps de COVID, utiliser la même cuillère pour plus de 300 individus afin de recevoir le vin de la communion est pour moi non seulement un non-sens, mais un manque de respect pour tous les travailleurs essentiels », dit-il. L’homme a préféré garder l’anonymat par crainte d’être ciblé par sa communauté.

Le Québec comptait 129 780 personnes de confession orthodoxe chrétienne, selon une enquête nationale réalisée par Statistique Canada, en 2011.

* Nom fictif