Le nombre d’expositions potentielles à la COVID-19 rapportées a augmenté de manière « spectaculaire » depuis le 4 juillet dans la province. Sur les 148 magasins, restaurants, bars, écoles ou garderies qui ont fait l’objet d’un signalement à l’échelle du Canada, 56 se situaient au Québec.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

C’est du moins ce que montrent de nouvelles données échantillonnées du « Projet Pandémie », qui a pour but de favoriser l’accès à l’information sur la crise sanitaire. L’initiative, qui compte une vingtaine de contributeurs au pays, est coordonnée par l’Institut de journalisme d’investigation (IJI) de l’Université Concordia, avec le soutien d’Esri Canada et de l’Association canadienne des journalistes.

Dans les dernières semaines, le groupe a collecté des centaines de communiqués de presse, de reportages et de données de la Santé publique à travers le Canada. En tout, 505 infections individuelles ont été comptabilisées dans 61 villes et 7 provinces, dans 148 lieux publics signalés comme étant potentiellement exposés au virus. L’organisme prévient par ailleurs que ces chiffres pourraient en réalité être « bien plus grands ».

Le Québec, à lui seul, compte 56 de ces endroits et totalise 118 infections, dont 64 travailleurs et 24 clients. Si la plupart des villes concernées se situent dans le Grand Montréal, la province a tout de même été touchée « d’un bout à l’autre », note la directrice du Projet Pandémie, Patti Sonntag.

On a des avis d’infection à Wakefield, Gatineau, Sherbrooke ou encore Cloridorme. Ça illustre qu’il faut protéger les employés des commerces essentiels au maximum, partout au Québec. Ce sont eux qui sont encore les plus à risque.

Patti Sonntag, directrice du Projet Pandémie

Des milieux plus vulnérables que d’autres

Huit camps de jour ont aussi fait l’objet d’un signalement d’exposition potentielle dans la Belle Province depuis le début de juillet, selon les données du rapport. Celui-ci recense également « au moins » 49 infections individuelles y étant liées.

« Nos équipes ont par ailleurs enregistré des expositions dans sept écoles et garderies dans le reste du Canada », remarque Mme Sonntag. Selon elle, cette donnée « parle beaucoup », à l’aube de la rentrée des classes.

Jusqu’ici, deux provinces, l’Ontario et l’Alberta, ont déjà annoncé qu’elles imposeront le port du masque aux élèves dès la quatrième année. Québec, pour sa part, a annoncé lundi que le masque sera obligatoire dès la cinquième année. Vendredi, l’Agence de la santé publique du Canada a recommandé le port du masque à l’école dès l’âge de 10 ans.

Soulignons que plus de la moitié des expositions rapportées dans l’étude de l’IJI ont pris leur origine dans une épicerie, un magasin d’alcool ou un restaurant. Ces trois catégories d’établissements regroupent à elles seules 85 des 148 expositions recensées.

« Le virus est encore là », rappelle un expert

Pour le spécialiste en virologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Benoit Barbeau, l’étude démontre que le virus est encore bien présent dans la communauté, et qu’il ne faudrait surtout pas négliger son potentiel à l’aube d’une possible deuxième vague cet automne.

Ces données-là témoignent du fait qu’on n’est pas sortis du bois, qu’on n’a pas vraiment réglé le problème, bref que le virus est encore bien ancré.

Benoit Barbeau, spécialiste en virologie de l’Université du Québec à Montréal

« Même si le Québec a été en mesure de contrôler les cas d’infection par jour, la ville de Montréal reste quand même l’épicentre au Canada, toutes données confondues. Le virus continue à se propager, bien qu’à des niveaux moindres qu’avant », ajoute l’expert.

Si les Québécois continuent de porter le masque en grande partie dans les lieux publics, le pire pourra être évité, selon lui. « C’est probablement inévitable qu’on ait une deuxième vague cet automne, avec les gens qui vont se regrouper et le retour à l’école. Toutefois, si on a déjà compris l’importance des mesures, ce ne sera en rien comparable à ce printemps », indique M. Barbeau.