Le risque zéro n’existe pas, mais les statistiques et de premières études sur le sujet semblent montrer que les éclosions de COVID-19 sont demeurées rares dans les écoles primaires qui étaient ouvertes au printemps, au Québec et dans certains pays du monde.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Moins de 45 cas par semaine au Québec

Vérification faite auprès du cabinet de Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, le nombre de cas positifs à la COVID-19 parmi les élèves dans les écoles du Québec est demeuré bas, soit 44 cas ou moins par semaine.

Par semaine, on a donc eu 19 cas d’élèves atteints la semaine du 25 mai, 44 élèves infectés la semaine du 31 mai, 34 cas le 5 juin, 10 cas la semaine du 12 juin et 6 cas la semaine du 19 juin.

Détail important, ces chiffres, transmis au ministère par les organisations scolaires du réseau public, représentent les cas actifs chaque semaine. Le même cas pouvait donc se retrouver sur plus d’une semaine. On ne peut donc pas additionner toutes ces données pour obtenir un nombre de cas total.

Les écoles de l’extérieur de Montréal ont ouvert vers la fin de mai. Dans certaines commissions scolaires, on disait afficher des taux de présence de quelque 80 %.

Australie

Dans une étude qui vient d’être publiée, Kristine Macartney et ses collaborateurs se sont penchés sur l’Australie, quand les écoles étaient ouvertes au début de la pandémie et que certains étaient sur place et infectés sans le savoir.

Les chercheurs y ont relevé 27 cas primaires (56 % étant des membres du personnel).

Des tests virologiques ou sérologiques ont été effectués sur les 1448 personnes qui ont été en contact de près avec les personnes infectées. Sur ces 1448 personnes, seulement 18 cas secondaires ont été recensés.

Selon l’épidémiologiste anglais John Edmunds, qui a commenté diverses études récentes sur la réouverture des écoles pour le compte de la revue scientifique The Lancet, ces très bas taux d’infection doivent être interprétés avec prudence, parce que des mesures protectrices étaient en place : la plupart des établissements scolaires étaient fermés rapidement après la détection de cas et les proches des personnes infectées étaient avisées de faire une quarantaine de 14 jours à la maison.

De même, assez rapidement, beaucoup de parents ont décidé de garder leur enfant à la maison à partir de la mi-mars, ce qui doit aussi être pris en compte.

Irlande

L’épidémiologiste John Edmunds note que les résultats obtenus en Australie par Macartney et ses collaborateurs s’apparentent à ceux obtenus par Laura Heavey et son équipe en Irlande, où les données datent aussi du début de la pandémie, quand les écoles étaient ouvertes.

Dans ce pays, trois adultes et trois enfants ont été atteints. Aucun cas secondaire n’a été recensé.

France

PHOTO THOMAS SAMSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Élèves en classe dans la région parisienne à la fin du mois de juin

Aux yeux du docteur Edmunds, l’exception au modèle de faible transmission scolaire vient d’une école secondaire du nord de la France, dont les cas ont été étudiés par Arnaud Fontanet et ses collaborateurs. Là-bas, « les taux d’infection étaient élevés chez les élèves (âgés de 14 à 18 ans) et le personnel, soit 38 % et 49 % respectivement, et beaucoup plus bas chez les parents et la fratrie (11 % et 10 % respectivement) ».

Dans les écoles primaires locales de la même région, « les taux d’infection étaient beaucoup plus bas (6 % à 12 %) parmi le personnel, les élèves et les membres de la famille et rien n’indique qu’il y ait eu transmission secondaire à l’intérieur de ces écoles-là ».

« La différence entre les taux d’infection dans les écoles secondaires et primaires pourrait se révéler importante », note le docteur Edmunds.

Corée du Sud

PHOTO KIM HONG-JI, ARCHIVES REUTERS

Une enseignante prend la température d’une élève dans une école primaire de Séoul.

Dans ce pays, Young Joon Park et son équipe ont observé que la transmission aux membres de la famille était plus basse (3 cas sur 57) quand les jeunes atteints avaient moins de 10 ans et plus élevée quand les jeunes en cause avaient de 10 à 19 ans (43 cas sur 231 cas recensés).

Les données suggèrent donc qu’il y a un âge à partir duquel les jeunes commencent à être plus contagieux. « Les études françaises et coréennes tendent à démontrer que cela pourrait être à l’adolescence, ce qui peut avoir des implications majeures pour les écoles, les collèges et les universités qui rouvriront bientôt », écrit l’épidémiologiste John Edmunds.

Israël

Le cas israélien n'a pas été abordé par le commentaire du docteur Edmunds publié dans The Lancet, mais c'est bien celui-là qui inquiète le plus.

Alors que la pandémie semblait à peu près sous contrôle en Israël, en mai, les cours ont repris. Et ça s'est très mal passé.

En quelques jours, des éclosions majeures ont été rapportées et des dizaines de milliers de personnes ont dû se mettre en quarantaine.

Quelle conclusion faut-il en tirer ? «Quand le nombre de cas descend, il y a cette illusion que la maladie est terminée, a répondu au New York Times le Dr Hagai Levine, épidémiologiste israélien. Si on ouvre les écoles, il faut le faire graduellement, avec des limites et il faut y aller avec la plus grande prudence.»

Ouvrir partiellement ou totalement les écoles ?

Dans une autre étude, réalisée celle-là par Jasmina Panovska-Griffiths et ses collaborateurs, et qui s’appuie sur des données britanniques, les chercheurs ont tenté de savoir s’il était préférable d’ouvrir les écoles en entier ou partiellement, avec des élèves qui fréquentent l’école une semaine sur deux. Leur constat : « même si elle n’est que partielle, l’ouverture des écoles, combinée à un accroissement des contacts sociaux, entraînera une deuxième vague d’infections, à moins d’augmenter le nombre de tests de façon significative ».

Malheureusement, note le docteur John Edmunds, il n’est pas clair, à la lumière de cette étude, si l’augmentation projetée du nombre de cas à la réouverture des écoles sera liée à l’augmentation des contacts entre les enfants ou à l’augmentation des contacts entre adultes qui retourneront au travail et à leurs loisirs habituels.

Conclusion

Selon John Edmunds, les études « donnent des options potentielles pour maintenir les écoles ouvertes et elles démontrent l’importance de tester et de faire un traçage adéquat ».

« Cependant, plusieurs questions demeurent sans réponse, notamment celle de savoir s’il y a des différences liées à l’âge quant au risque de transmission entre enfants et adolescents. »

Selon le DEdmunds, pour que tout se passe au mieux, les gouvernements doivent implanter « de toute urgence de grands programmes de recherche qui suivront de très près l’impact de la réouverture des écoles ».