Maxime Poirier n’est pas près d’oublier sa pénible expérience à l’Hôpital de Saint-Eustache, frappé par une éclosion de COVID-19. Sa copine, Noémie, y a été admise mercredi soir avec 103 °F de fièvre. Elle a passé quatre heures sous une tente en compagnie de patients potentiellement infectés par le coronavirus sans voir un médecin.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Et cela, même si elle avait passé un test de dépistage de la COVID-19 et que le résultat reçu le jour même était négatif.

« À l’Hôpital de Saint-Eustache, aussitôt que tu fais de la fièvre, peu importent tes symptômes, on t’envoie dans une “tente COVID”. J’ai dit : “Voyons, ça n’a aucun sens ! Elle a reçu un résultat négatif. Vous n’allez pas l’envoyer dans un endroit où il y a des cas de COVID-19 !” »

Maxime Poirier, 27 ans, aurait voulu rester auprès d’elle, mais l’hôpital a refusé au nom des normes de santé publique.

« À ce point-là, elle n’était pas assez forte pour marcher, dit-il. Elle était en fauteuil roulant. »

Myriam Sabourin, porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, confirme que les personnes fiévreuses qui se présentent à l’urgence de l’hôpital sont dirigées vers une tente, en attendant de voir un médecin.

« Les cas non urgents sont mis en attente, comme c’est le cas lorsque vous vous présentez à une salle d’urgence pour une autre raison, explique-t-elle. On appelle ça une zone tiède parce que ce sont des cas suspects de COVID-19. »

Les gens s’installent sur des sièges espacés, qui respectent les règles, et attendent de voir un médecin. C’est sous la tente. Et la tente est très bien ventilée, et il ne fait pas froid.

Myriam Sabourin, porte-parole du CISSS des Laurentides

« C’est la première étape avant d’entrer aux urgences depuis la pandémie. Ça fonctionne comme ça pour tout le monde. »

Ce soir-là, M. Poirier a toutefois constaté qu’il faisait froid sous la tente et que les patients, surtout âgés, grelottaient.

Sa copine, âgée de 25 ans, lui a téléphoné en larmes, deux heures après avoir été admise.

« Je n’étais pas capable de comprendre ce qu’elle essayait de me dire. La seule chose que je comprenais, c’est qu’elle n’était pas capable de rester consciente et qu’elle n’avait pas d’aide. Donc, là, moi, évidemment, je suis descendu en panique à l’hôpital. Je ne comprenais pas exactement ce qui se passait. »

Sur place, il découvre qu’elle est dans une tente. Il pousse la porte, malgré la présence d’un gardien de sécurité, et trouve sa copine assise par terre dans un coin. « J’ai complètement pété une coche ! lance-t-il. Je suis resté là à peu près une heure et je suis reparti avec elle, vers minuit. Il y avait des gens âgés qui grelottaient de froid. De l’eau coulait dans la tente, et les gens étaient obligés de sortir pour aller dans une toilette chimique sous la pluie. »

« Des contraintes importantes »

M. Poirier a quitté l’hôpital avec le sentiment qu’il devait faire quelque chose pour aider « les pauvres patients ».

Ma copine a été capable de m’appeler, mais c’est vraiment triste pour les gens âgés qui sont pris là-bas en ce moment.

Maxime Poirier

Noémie a été admise le lendemain matin à l’Hôpital général de Hawkesbury, en Ontario. Son conjoint l’a déposée aux urgences, « mais c’était à l’intérieur, pas à la pluie à 15 °C avec des toilettes chimiques », dit-il.

Après avoir reçu des médicaments par intraveineuse et subi des tests, dont celui, à nouveau, de dépistage de la COVID-19, elle a obtenu son congé. De son côté, Maxime a subi un test vendredi.

« C’est vraiment par souci de protection qu’on travaille de cette façon-là », affirme la porte-parole du CISSS des Laurentides, Mme Sabourin. « C’est pour protéger à la fois les patients entre eux, pour protéger notre personnel et pour nous assurer que le virus ne fasse pas son entrée dans nos murs. Oui, ce sont des contraintes importantes, mais c’est requis pour assurer la santé et la sécurité des gens qui viennent dans nos installations. »

L’Hôpital de Saint-Eustache, aux prises avec une éclosion de COVID-19 dans 3 de ses 13 unités de soins depuis lundi, n’a enregistré aucun nouveau cas vendredi.