Les autorités québécoises ont « manqué de respect » envers les groupes religieux pendant le confinement, a tonné dimanche en chaire l’archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix. Publiée sous forme de communiqué lundi, sa prise de position a trouvé un écho immédiat dans les autres communautés.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Nous avons collaboré dès le début avec les autorités pour fermer les lieux de culte, dit Mgr Lacroix en entrevue. Nous avons essayé de savoir selon quelles modalités il serait possible de les rouvrir, mais nous n’avons jamais pu parler aux autorités. Nous avions un point de contact qui faisait de son mieux, mais il n’avait pas de réponses aux questions que nous lui demandions de relayer. Jamais M. Legault n’a remercié les sacrifices des fidèles durant Pâques, le ramadan. Si nous voulions avoir des réponses, il nous fallait demander aux journalistes de les poser. Les casinos ont pu rouvrir avant les églises ! »

En ce moment, les lieux de culte peuvent accueillir 50 personnes, mais Mgr Lacroix a accueilli 200 personnes à Sainte-Anne-de-Beaupré dimanche dernier. Tout le monde portait le masque et pratiquait la distanciation physique, les hosties étaient données sans contact par une personne qui s’était désinfectée auparavant. Les confessions se font dans une salle plutôt que dans le confessionnal, les cérémonies de première communion ont été reportées à l’automne. Les autres groupes joints par La Presse s’en tiennent tous à 50 personnes, attendant la semaine prochaine pour passer à 250 dans les lieux où c’est possible.

« À la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, par exemple, la capacité est de 1200 personnes, mais on a calculé qu’il fallait rester sous les 200 personnes, alors on n’ira pas à 250, dit Christian Lépine, archevêque de Montréal. Je pense, par contre, qu’on pourrait laisser les églises ouvertes pour les fidèles individuels s’il y a une seconde vague. Et il était injuste que les salons funéraires puissent faire des funérailles avant les églises, qui sont généralement beaucoup plus grandes. »

Fête du sacrifice

Salam Elmenyawi, du Conseil musulman de Montréal, est choqué par le manque de considération du gouvernement. « On a rouvert les lieux de culte quelques jours après la fin du ramadan, et là on va passer à 250 fidèles quelques jours après la fête du sacrifice, cette fin de semaine, la plus importante du calendrier musulman. Il n’est pas normal qu’on [ait pu] aller acheter des patates, mais pas se nourrir spirituellement. »

Même s’il n’y avait eu qu’une seule personne qui priait dans la mosquée, ça aurait réconforté plusieurs fidèles pour qui la poursuite des rites dans la mosquée est importante.

Salam Elmenyawi, du Conseil musulman de Montréal

L’ancien directeur des communications du diocèse de Québec, Jasmin Lemieux-Lefebvre, qui habite maintenant la Pologne, ne pense pas qu’il y ait de la mauvaise foi de la part du gouvernement. « Ils n’ont simplement aucune idée des besoins des gens qui croient, dit M. Lemieux-Lefebvre. En France, il y a un responsable des lieux de culte au ministère de l’Intérieur, qui a fait des annonces officielles. Et partout en Europe, sauf en Belgique et au Royaume-Uni, les lieux de culte ont pu rester ouverts aux fidèles individuels désirant se recueillir. »

En Ontario, le ministre du Travail a été nommé comme point de contact avec les lieux de culte, et a tenu plusieurs réunions virtuelles avec chaque groupe, selon Neil MacCarthy, responsable des communications à l’archidiocèse de Toronto. « Notre sacrifice durant la semaine sainte a été mentionné publiquement par les autorités, toute la collaboration a été très positive. Et nous avons toujours eu la possibilité de faire des funérailles avec un nombre limité de personnes, le même que pour les salons funéraires. » La règle pour les lieux de culte en Ontario est de 30 % de la capacité du lieu, plutôt qu’un nombre de personnes.

« Le Québec est la seule province qui n’a pas discuté avec les lieux de culte de leurs besoins spécifiques », déplore Reuben Poupko, du Conseil des rabbins de Montréal. « Nous aurions vraiment préféré un pourcentage d’occupation, parce que la taille des lieux de culte varie énormément. On nous a imposé le modèle des 50 personnes assises qui ne parlent pas, qui provient des salles de spectacle, ça ne correspond pas à nos pratiques. »