(Montréal) Une intervention policière musclée pour expulser un client refusant de porter un masque dans un restaurant Tim Hortons de Montréal a fait réagir samedi, mais il semble que cet incident soit le seul du genre à être survenu dans la province.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

D’après les chiffres fournis par le Service de police de la Ville de Montréal, quelque 8500 appels ont été traités par la centrale 911 au cours de la fin de semaine. Du lot, à peine 103 concernaient de près ou de loin la COVID-19, dont la moitié portant sur des demandes d’information.

Selon l’inspecteur André Durocher, l’incident filmé où un homme a dû être arrêté pour son refus de quitter un restaurant alors qu’il ne portait pas de masque a été le seul du genre.

Celui-ci rappelle que la consigne consiste à ce que les commerçants demandent aux clients sans couvre-visage de quitter les lieux. Si les gens refusent, on leur demande d’appeler le 911 pour ne pas s’engager dans une confrontation physique.

À l’arrivée des policiers, ceux-ci doivent d’abord effectuer un travail de sensibilisation, puis inviter le client à quitter les lieux.

« Le client a toujours l’option de quitter », insiste l’inspecteur Durocher.

De son côté, la Sûreté du Québec (SQ) dit ne pas avoir compilé de statistiques sur ce type d’intervention. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a cependant fait état de 72 appels à la SQ et d’aucun constat d’infraction remis aux commerçants.

Dans la Capitale-Nationale, le Service de police de la Ville de Québec affirme avoir reçu neuf plaintes au cours du week-end et que chaque fois, les personnes sensibilisées à la consigne ont collaboré sans débordement.

Les commerçants mécontents

Samedi, 13 associations du commerce de détail et de l’hôtellerie ont publié un communiqué dans lequel elles font front commun pour réclamer que la responsabilité de faire respecter la loi soit partagée entre le client et le commerçant.

Les entreprises soutiennent que la faute de refuser de porter le masque incombe à la personne qui s’y oppose et non pas au commerçant qui ne peut pas physiquement s’interposer pour expulser le client.

Parmi les 13 associations signataires, on retrouve notamment l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA). Selon son président-directeur général, Pierre-Alexandre Blouin, certains de ses membres ont dû se résigner à appeler les policiers pour expulser des individus récalcitrants.

De l’avis de M. Blouin, le principal problème réside dans le fait qu’il n’existe actuellement aucun effet dissuasif pour freiner les gens voulant défier la loi dans les commerces.

« Le but n’est pas d’aller confronter les consommateurs, c’est que le consommateur se dise “si je décide de ne pas respecter la réglementation, il y a des risques pour moi”. À l’heure actuelle, il n’y a aucun risque », déplore-t-il.

Pierre-Alexandre Blouin dit avoir été informé d’un commerce où deux cas de clients réfractaires se sont produits. Ces incidents auraient poussé des employés à refuser de retourner travailler.

Toujours selon le président-directeur général de l’ADA, le faible nombre d’interventions policières et d’appels au 911 peut s’expliquer par « le facteur temps ».

« On préfère essayer de gérer une situation sans nécessairement avoir à attendre les corps policiers. Il faut comprendre que si la police n’est pas dans le secteur, elle ne sera pas là dans les prochaines minutes et le client va avoir quitté », mentionne-t-il.

M. Blouin affirme que le gouvernement aurait démontré de l’ouverture pour des mesures coercitives contre les personnes refusant de porter le masque, mais les commerçants souhaitent une action immédiate.