Casques de réalité mixte pour réduire les contacts physiques entre le personnel soignant et les patients. Application qui tente de prédire une semaine d’avance le nombre de patients contaminés. Nouvelle plateforme de télésanté mentale. L’Hôpital général juif mise massivement sur la technologie pour affronter une éventuelle deuxième vague de COVID-19.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« La COVID-19 a précipité les choses, mais trouver des moyens innovants pour répondre aux changements démographiques et offrir des soins branchés faisait déjà partie de nos objectifs en cours », précise Danina Kapetanovic, qui dirige ces initiatives regroupées dans ce qui est décrit comme un « centre névralgique futuriste de soins branchés ». Baptisé OROT, mot qui veut dire « lumière » en hébreu, le centre est lancé conjointement avec le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

L’Hôpital général juif annoncera jeudi un partenariat avec Microsoft pour déployer une technologie de « réalité mixte ». L’idée est d’abord de réduire le nombre de médecins et d'infirmières qui sont au chevet d’un patient atteint de la COVID-19 afin de minimiser les risques d’infection. Un casque de réalité mixte, porté par un seul employé se trouvant près du patient, filme et transmet ce qui se passe en temps réel. Les autres professionnels de la santé peuvent suivre les manœuvres sur une tablette électronique à l’extérieur de la salle.

La réalité mixte permet également aux employés en soutien d’afficher, par exemple, le résultat d’une radiographie ou d’un test sanguin dans la visière de l’employé qui porte le casque. « Les employés peuvent par exemple dessiner virtuellement sur le patient avec des flèches ou des cercles pour dire : voici où il faut installer l’intraveineuse », illustre le DLawrence Rudski, chef du service de cardiologie à l’Hôpital général juif.

« L’idée est d’amener l’expertise au chevet du patient même si elle n’est pas sur le site. Imaginez un patient qui a de la difficulté avec un respirateur mécanique à deux heures du matin. L’infirmière peut mettre le casque et appeler, à partir du casque, le médecin des soins intensifs. Celui-ci se retrouve instantanément dans la chambre de façon virtuelle et peut la guider », continue le DRudski.

Un besoin réel ?

Le DRudski assure que le casque peut être porté avec les visières protectrices utilisées contre la COVID-19. L’initiative, qui implique les technologies HoloLens et Dynamics 365 Remote Assist de Microsoft, sera aussi déployée dans au moins un CHSLD. Elle est décrite comme un « projet pilote » : il faudra en évaluer les coûts et les bénéfices afin d’en répandre l’usage.

Marie-Pascale Pomey, professeure au département de gestion, évaluation et politique de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, se demande si la technologie répond à un besoin réel. « J’ai fait pas mal d’entrevues, ces dernières semaines, avec des infirmières en chef et des cliniciens, et je n’ai pas entendu ce besoin d’être en contact avec les professionnels de cette façon », dit-elle. Elle se demande si la technologie n’est pas plus pertinente en bloc opératoire que pour les soins liés à la COVID-19.

Parmi les autres technologies utilisées à l’Hôpital général juif, notons une application qui permet de prédire une semaine plus tôt, grâce à des modèles, le nombre de patients contaminés et ainsi aider à prévoir les ressources nécessaires. Utilisée pendant la première vague de COVID-19, elle a montré une précision de 98 %, selon l’hôpital. Un système de télémédecine pour la santé mentale sera aussi déployé.

On testera aussi une intrigante application développée par l’entreprise québécoise Carebook, qui permettrait de savoir si un patient est infecté à la COVID-19 même en l’absence de symptômes. Danina Kapetanovic explique que l’application utilise la caméra d’un téléphone intelligent pour étudier l’évolution de la couleur de la peau et en déduire le taux d’oxygène dans le sang.