Alors que des centaines de personnes ont dû attendre jusqu’à cinq heures pour avoir accès à l’un des centres de tests mis sur pied par le gouvernement, la mairesse de Montréal s’est faite cinglante : il est inacceptable à ses yeux de faire un appel massif au dépistage sans être en mesure de répondre à la demande. Une critique partagée par François Legault.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Si on lance un appel pour du dépistage, il faut qu’on soit capable de dépister », a lancé la mairesse Valérie Plante.

La situation dans les centres de dépistage n’avait pas changé mercredi, les Montréalais devaient attendre de longues heures pour se faire tester pour la COVID-19. Ils répondaient à l’appel de la Direction régionale de santé publique, qui a demandé samedi à toutes les personnes qui avaient fréquenté un « bar ou un club à Montréal depuis le 1er juillet » de se faire tester pour le coronavirus.

Il y a cinq endroits sur l’île de Montréal où il est possible de le faire sans rendez-vous : à l’Hôtel-Dieu, à Outremont, à la clinique Chauveau (dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve), au chalet du parc Pierre-Bédard (également dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve) et au CLSC de Montréal-Nord.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Du même avis que Valérie Plante, le premier ministre François Legault considère que c’est insuffisant et que « ce n’est pas acceptable » que des gens attendent quatre ou cinq heures pour se faire tester. De passage à Rivière-du-Loup, il a promis que la Santé publique allait corriger le tir.

Les bars sont peut-être concentrés à certains endroits où on n’a pas réussi encore à mettre suffisamment de capacité de faire des tests, on est en train d’ajuster ça et le D[Horacio] Arruda s’en occupe.

François Legault, premier ministre du Québec

Alors que Québec a annoncé que 129 nouveaux cas de COVID-19 ont été enregistrés dans la province, la plupart à Montréal (72), M. Legault a déclaré qu’il devait « absolument » y avoir plus de discipline dans les bars, et ce, partout dans la province. En guise d’exemple, il a précisé que la Santé publique avait visité 36 bars dans la région du Bas-Saint-Laurent au cours des derniers jours et que les employés d’un seul lieu portaient l’équipement de protection individuelle requis.

Pour ce qui est de Montréal, Mme Plante a lancé un message aux autorités gouvernementales : les autobus de la Société de transport de Montréal transformées en cliniques de dépistage mobiles sont prêts à reprendre du service. Il ne manque qu’un appel de la Santé publique. La Ville peut aussi ouvrir d’autres sites pour augmenter le nombre de cliniques sans rendez-vous sur l’île.

Point positif souligné par la mairesse : les Montréalais répondent « en grand nombre » à l’appel au dépistage massif, ce qui prouve que la « majorité de la population » se conforme aux mesures de la Santé publique et qu’ils ne souhaitent pas une deuxième vague du virus.

Quand je vois des gens qui font la file pendant des heures, je vois des gens responsables qui prennent ça au sérieux.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Certains commerces et restaurants, qui ont eu la vie dure dans les derniers mois, font tout en leur pouvoir pour que la pandémie soit chose du passé au Québec. Les boutiques Empire, très fréquentées par les jeunes, ont fermé temporairement leur magasin à Montréal pour procéder à un nettoyage en profondeur et pour permettre à tous les employés de se faire tester dans un centre de dépistage.

Même chose pour des restaurants comme le Rouge Gorge sur l’avenue du Mont-Royal et La Banquise, rue Rachel. Ils ont fermé quelques jours cette semaine pour s’assurer que leur personnel n’était pas infecté par la COVID-19.

« Je veux socialement et civiquement être responsable, a précisé le copropriétaire du Rouge Gorge, Alain Rochard. On le fait pour l’ensemble du Québec… Nous avons déjà eu assez de morts. »

À La Banquise, établissement reconnu pour ses poutines, on retrouve 75 employés, en majorité des jeunes. D’après l’un des copropriétaires, Marc Latendresse, quelques-uns avaient fréquenté des bars où des cas de COVID-19 ont été détectés. « Je crois qu’il va y avoir une prise de conscience chez les jeunes. Ils vont comprendre qu’ils doivent être plus prudents pour leur santé, celle de leurs collègues et des clients », a-t-il évoqué, en reconnaissant que c’est loin d’être un « bon choix » pour les finances de son restaurant. « On le fait parce qu’on a hâte de revenir à une situation comme avant la pandémie. »

« De voir des commerçants qui posent de tels gestes d’altruisme, ça me touche beaucoup et je les remercie », a déclaré la mairesse de Montréal.

– Avec La Presse canadienne