Les citoyens ayant fréquenté un bar de Montréal répondent à l’appel de la Santé publique : ils sont des centaines à avoir attendu plus de cinq heures, mardi, pour se faire tester pour la COVID-19 à l’Hôtel-Dieu. Le nombre de cas positifs a d’ailleurs bondi dans les derniers jours : une trentaine de personnes qui ont fréquenté un bar ont été infectées par le virus.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Il faut qu’on soit capables de faire beaucoup plus de tests et qu’il y ait beaucoup moins d’attente pour les gens qui acceptent de se faire tester », a lancé François Legault en point de presse à Saint-Jean-sur-Richelieu. Le premier ministre a assuré que les autorités allaient « s’ajuster » dans les prochains jours, entre autres parce qu’il souhaite que beaucoup plus de personnes soient testées. « On veut être autour de 16 000 tests par jour, a dit M. Legault. Mais on n’arrive pas à dépasser 9000 à 12 000 tests. »

La file d’attente pour se faire tester pour la COVID-19 ne pouvait pas se compter en pâtés de maisons, tant elle était d’une longueur exceptionnelle, mardi à l’Hôtel-Dieu. « Il y a plus de cinq heures d’attente », a laissé savoir Rafaël Saint-Pierre, des relations médias de la clinique de dépistage. « Ce n’est vraiment pas comme ça tout le temps ! »

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Des centaines de personnes ont attendu plus de cinq heures, mardi, pour se faire tester pour la COVID-19 à l’Hôtel-Dieu.

Le nombre de personnes qui se sont fait tester depuis la fin de semaine dernière a doublé, selon le DDavid Kaiser, de la Direction de santé publique de Montréal. Il avait lui-même pris la parole, samedi dernier, pour demander à toutes les personnes qui avaient fréquenté un « bar ou un club à Montréal depuis le 1er juillet » de se faire tester pour la COVID-19.

L’appel a été visiblement entendu : 3000 personnes se sont rendues dans deux des cliniques de dépistage de Montréal en deux jours, soit celle de l’Hôtel-Dieu et la Clinique Chauveau (située dans l’est de la ville).

« On fait ça pour le bien des autres »

Et mardi, la bonne volonté était toujours au rendez-vous à l’Hôtel-Dieu. Les gens ont attendu pendant des heures, au soleil tapant, alors que le mercure a dépassé les 25 degrés Celsius et que l’indice humidex a atteint 29.

« On fait ça pour le bien des autres », a dit Julie Marcil, employée de bar, qui gardait le moral malgré l’attente qui semblait sans fin. « On prend ça à cœur parce qu’on veut que tout se passe bien dans les bars. »

À deux mètres d’elle, Adrian Micholuk, aussi employé dans un bar, avait du mal à cacher son exaspération derrière ses lunettes de soleil en forme de cœur. « C’est la deuxième fois que je me fais tester… sauf que la première fois, j’avais seulement attendu 15 minutes », lance-t-il, alors que ça faisait déjà plus de trois heures qu’il attendait et qu’il était loin de la porte d’entrée de la clinique de dépistage.

La proportion de cas positifs tournait autour de 1 % dans les dernières semaines à Montréal. Dimanche et lundi, elle avait grimpé à 3 %. Une situation préoccupante, selon la Direction de santé publique de Montréal.

« Pour les tests et les cas positifs, nous sommes dans la tranche de 20 à 39 ans, a affirmé le DKaiser. En ce moment, ces personnes-là sont asymptomatiques, donc sans aucun symptôme. C’est pour ça qu’on pense qu’il y a une sous-estimation des cas chez les jeunes. »

Les mesures pourraient être resserrées, prévient Legault

Samedi, au moins huit personnes ayant fréquenté un bar avaient reçu un diagnostic positif de COVID-19. Cinq établissements étaient alors touchés. Déjà mardi, le nombre a bondi : une trentaine de citoyens qui ont fréquenté un bar sont atteints de la COVID-19, et ce, dans neuf établissements de Montréal.

Le DKaiser n’a pas montré du doigt les exploitants de bars en conférence de presse. « Pour le moment, nous avons une très bonne réponse des propriétaires », a-t-il précisé, ajoutant que « le SPVM et des équipes de la direction se sont promenés dans des établissements cette semaine et, pour la vaste majorité, les mesures sont en place ».

François Legault a tout de même laissé savoir, mardi, que les mesures pourraient être resserrées au cours des prochains jours, si la situation se détériore. « Si c’est nécessaire éventuellement de fermer les bars parce qu’il y a une trop forte augmentation, comme en Californie ou en Floride, on n’exclut pas de le faire. »

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, ne craint pas seulement la propagation du virus dans les bars. À la veille des vacances de la construction, il a souligné dans une conférence de presse à Trois-Rivières que les citoyens devaient se méfier des fêtes privées. Il est interdit d’être plus de 10 personnes à l’intérieur ou à l’extérieur, a-t-il rappelé.