Baisers langoureux d’une femme à plusieurs clients d’affilée, danses lascives et aucun contrôle : le risque de propagation de la COVID-19 dans un bar de Saint-Jérôme était si élevé que la justice a décidé, lundi, d’en ordonner la fermeture d’urgence.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Le bistro lounge Le Mondo a accueilli des manifestants anti-masques le 7 juillet dernier, mais c’est plutôt le non-respect des consignes sanitaires du gouvernement du Québec qui lui coûtera son permis d’alcool, au moins de façon temporaire.

La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) a obtenu la fermeture de l’établissement à la demande du Service de police de la Ville de Saint-Jérôme, qui constate depuis trois semaines que les règles imposées aux bars du Québec n’y sont pas appliquées.

« C’est comme si ça n’existait pas, la pandémie, là-bas », a expliqué le policier Nicolas Scholtus-Champagne, lundi, devant le tribunal administratif. « Le Mondo se démarque par son non-respect des consignes », a ajouté sa collègue, l’agente St-Laurent.

Avec d’autres policiers qui ont visité Le Mondo au cours des trois dernières semaines, ils ont constaté que la grande majorité du personnel ne portait pas de masque, que le bar accueillait davantage de clients que la loi ne le lui permettait et que la piste de danse était souvent bondée.

« On a même pu voir des clientes embrasser différents clients [sur la bouche] pendant la soirée », a témoigné la policière Élizabeth Desjardins. Sur la piste de danse, que la loi interdit pourtant d’utiliser, « les gens dansaient, se touchaient, étaient à une distance où ils se frôlaient », a ajouté l’agente St-Laurent. Aucun décompte des clients n’était fait à l’entrée, la distanciation physique était inexistante, et personne ne demandait à quiconque de se laver les mains à l’alcool, selon leurs témoignages.

« Difficile de rester assis »

Le Mondo est la propriété d’Antoine Villeneuve, propriétaire de bar de danseuses nues, qui en a récemment fait l’acquisition. La Presse avait déjà rapporté, vidéo à l’appui, que la piste de danse de son nouvel établissement était très utilisée malgré l’interdiction provinciale.

« Notre piste de danse est fermée », avait-il répliqué à la fin de juin. « Au début de la soirée, les gens restent assis. Mais plus la soirée avance, plus ils boivent, plus il est difficile de rester assis. »

Lundi, son avocat a tenté de faire reporter l’audition du dossier parce qu’il avait été avisé seulement samedi de la demande de fermeture d’urgence déposée par la Régie. Lorsque les juges administratifs ont refusé sa demande, acceptant d’entendre la cause sur-le-champ, MClaude Roy a quitté l’audience téléphonique, renonçant du même coup à faire entendre le point de vue de son client. Il n’a pas non plus rappelé La Presse.

« Il ne faut pas que Saint-Jérôme devienne un foyer d’éclosion avec un établissement comme ça », a plaidé MIsabelle Poitras, de la RACJ. « La Santé publique n’a pas eu le temps d’intervenir parce que c’est nous qui intervenons ce matin, on a été plus vite qu’eux. »

« Nous allons suspendre le permis », a décidé le juge administratif Marc Savard, à l’issue de la journée de lundi. « C’est assez sérieux pour le fermer [le bar], à tout le moins temporairement. »

Les policiers de Saint-Jérôme ont aussi allégué avoir pu identifier plusieurs criminels sur place, dont des membres de la section de Trois-Rivières des Hells Angels. Un plongeur se serait vanté aux policiers de son appartenance à un gang de rue d’allégeance bleue (Crips), et un homme récemment libéré de prison leur aurait ouvertement avoué qu’il consommait de la cocaïne.