Dans la panique et l’urgence, ils ont été poussés hors des hôpitaux pendant la première vague de COVID-19. Et si les proches aidants reprennent graduellement leur rôle auprès des malades maintenant que l’épidémie s’essouffle, ils doivent être mieux intégrés aux hôpitaux en prévision d’une possible deuxième vague.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

C’est le message lancé par la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé, qui publie un rapport ce mercredi expliquant comment « réintégrer » les proches aidants dans les hôpitaux en contexte de pandémie.

« Les restrictions des visites étaient motivées par de bonnes intentions, mais les restrictions prolongées peuvent aussi avoir des risques. Ce que nous disons est qu’il faut un meilleur équilibre entre les risques et les bénéfices », explique Jennifer Zelmer, présidente-directrice générale de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé, un organisme sans but lucratif financé par Santé Canada.

Le groupe a montré qu’avant la COVID-19, 73 % des hôpitaux au Canada avaient des politiques de visites jugées « accommodantes » pour les proches aidants. Quelques mois plus tard, en pleine pandémie, ces accommodements avaient été complètement relégués aux oubliettes. Aucun des établissements étudiés par l’organisme ne pouvait se targuer d’avoir des mesures accommodantes. Notons que le rapport concerne les hôpitaux et non les établissements de soins de longue durée comme les CHSLD, même si les auteurs affirment que les problématiques sont similaires.

Au Québec, le gouvernement a jeté du lest depuis en autorisant certaines visites en milieux de soins. « Ce qui est inquiétant, c’est dans l’éventualité d’une deuxième vague. Est-ce qu’on va refermer les portes de façon aussi étanche que lors de la vague précédente ? », s’interroge Audrey L’Espérance, associée de recherche et responsable scientifique au Centre d’excellente sur le partenariat avec les patients et le public et l’une des auteures du rapport.

Les auteurs soulignent qu’il a été démontré scientifiquement que les proches aidants contribuent à réduire l’anxiété des patients et font en sorte que ceux-ci prennent mieux leurs médicaments. Ils aident aussi les aînés à maintenir leurs fonctions cognitives et améliorent la communication entre les malades et le personnel.

Comment maintenir ces bénéfices en contexte de pandémie, alors que les va-et-vient dans les hôpitaux génèrent des risques de contagion ? Les auteurs affirment qu’il faut d’abord comprendre que les proches aidants ne sont pas de simples visiteurs, quitte à leur fournir des cartes d’identité et à inscrire leur nom au dossier du malade. Ils proposent aussi d’offrir les mêmes tests de dépistage et les mêmes équipements de protection qu’aux employés du réseau de la santé. Des formations sur les risques de contagion sont aussi proposées.

« Il y a beaucoup de gens dans le réseau de la santé qui sont très occupés actuellement et nous comprenons que ce n’est pas la priorité pour tous, dit Jennifer Zelmer, de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé. C’est justement pour ça que nous avons assemblé un groupe d’experts afin d’avoir des gens qui réfléchissent à ces défis. »