Le ministre de la Santé, Christian Dubé, ne veut plus revivre un week-end comme celui qui vient de s’écouler, où les règles de distanciation physique n’ont pas été respectées dans certains bars du Québec. « Les fautifs devront être sanctionnés et nous n’hésiterons pas à fermer les établissements au besoin », a dit le ministre en conférence de presse, lundi.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
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D’emblée, M. Dubé a rappelé notamment aux propriétaires de bars qu’ils ont « la responsabilité de faire respecter les consignes de la Santé publique ».

M. Dubé a demandé à sa sous-ministre d’étudier la situation et de revenir avec des recommandations d’ici jeudi pour voir ce qui devra être fait. S’il assure ne pas vouloir « pénaliser ceux qui respectent les règles », le ministre Dubé a évoqué différentes possibilités d’actions. Il consultera notamment la Régie des alcools, des courses et des jeux pour « voir ce que l’on peut faire avec les permis de bar » quand les règles de distanciation physique ne sont pas respectées. La présence policière sera accrue dans les bars de la province dès jeudi. Imposer des amendes aux propriétaires ou aux clients récalcitrants n’est également pas exclu.

Éviter un scénario américain

Dimanche, la Direction de santé publique de la Montérégie a dû lancer un appel à la population parce que des clients ayant fréquenté le Mile Public House du quartier DIX30 à Brossard le soir du 30 juin ont été déclarés positifs à la COVID-19.

« Ce que j’ai vu au cours des derniers jours n’est pas acceptable », a dit M. Dubé, qui est en train d’analyser les méthodes qui seront utilisées pour faire respecter les règles de distanciation dans les bars. « On ne veut pas vivre ce qu’ont vécu les États-Unis », a ajouté le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, qui affirme que « si on dit que le virus circule, il circule ».

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, en conférence de presse, lundi

Cette annonce survient alors que pour la première fois depuis quelques jours, le nombre de patients hospitalisés à cause de la COVID-19 a augmenté au Québec. Cette augmentation de six patients hospitalisés révèle un « renversement de tendance », selon M. Dubé.

Lundi, trois nouveaux décès avaient été enregistrés au cours des 24 dernières heures en lien avec la COVID-19. Le bilan s’établit maintenant à 5577 morts. Le Québec enregistre aussi 74 nouveaux cas pour un total de 55 937.

Dimanche, 6105 tests de dépistage ont été réalisés au Québec. Un nombre insuffisant, selon M. Dubé, qui veut augmenter la cadence et dit chercher des solutions pour y arriver. Car le dépistage est le « nerf de la guerre pour préparer une potentielle deuxième vague et être en avant de la parade et non réactif », a-t-il déclaré.

Se préparer pour la grippe

En plus de se préparer à une possible deuxième vague de COVID-19, Québec travaille également au lancement de la campagne de vaccination contre l’influenza, prévue à l’automne. Car si les deux maladies frappent en même temps, la pression sur le système de santé pourrait être énorme.

Le DKarl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec, croit que le Québec devrait, à l’instar de plusieurs autres provinces canadiennes, adopter un programme de vaccination universelle contre la grippe plutôt que de ne vacciner gratuitement que certains groupes plus à risque. Le DWeiss souligne que chaque année, quand l’influenza frappe, la « pression est énorme sur les salles d’urgence ». « Là, on a deux maladies qui se ressemblent et qui peuvent arriver en même temps », dit-il.

Pour le DWeiss, vacciner la population de façon universelle « permettrait d’aplatir encore plus la courbe de l’influenza » et augmenterait les chances du Québec de mieux se tirer d’affaire.

En conférence de presse, le DArruda a écarté cette approche. Il a indiqué que seuls certains groupes ciblés, soit les personnes les plus à risque, pourront profiter de la vaccination gratuite contre la grippe. Le DArruda a expliqué que les doses de vaccins contre l’influenza sont achetées « tôt dans l’année en janvier » et que cet achat se fait au fédéral. Une augmentation de la quantité de doses achetées a déjà été demandée, selon le DArruda. Certains changements seront tout de même apportés afin de s’assurer que les personnes à risque, comme celles qui ont des maladies chroniques, seront vaccinées « là où elles se trouvent ».

Une campagne de vaccination massive qui regrouperait de nombreuses personnes à un même endroit ne sera pas possible étant donné les risques de contracter la COVID-19.

« Mais je vous dis que si on maintient la distanciation de deux mètres, qu’on se lave les mains et qu’on porte le masque, on va peut-être avoir une saison de grippe qui pourrait être décapitée, du moins diminuée », a avancé le DArruda.