Le port du masque ou du couvre-visage deviendra obligatoire dans tous les lieux publics fermés de Montréal à compter du 27 juillet, afin d’éviter une deuxième vague d’infections à la COVID-19. Le cabinet de la mairesse Valérie Plante entend imposer des mesures coercitives aux personnes qui ne se plieront pas au règlement.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Il sera obligatoire de les porter dans les restaurants, dans les bars, les Maisons de la culture, les arénas, les bibliothèques, chez l’épicier, le boulanger, la cordonnerie, bref, tous les commerces, résume la mairesse. Ça veut dire que les Montréalais et Montréalaises vont devoir avoir un masque dans leurs poches ou dans leur sac. »

Les détails du règlement — notamment le montant des contraventions imposées aux entreprises et aux individus qui ne s’y plieront pas — sont en train d’être évalués par le contentieux de la Ville et seront divulgués « assez rapidement dans les prochains jours ». « À terme, on veut pouvoir donner les pouvoirs [de donner des contraventions] au SPVM [Service de police de la Ville de Montréal] s’il y a des comportements qui vont à l’encontre des mesures préventives, et surtout si c’est répétitif », précise la mairesse.

L’administration a commencé à rédiger le règlement peu après avoir annoncé l’obligation de porter le couvre-visage dans les transports publics.

Mme Plante dit avoir pris cette décision « qui allait de soi » en collaboration avec la Direction de santé publique, après avoir constaté que de nouveaux foyers d’éclosion sont apparus en banlieue de la métropole. « Les nouvelles qui nous viennent de plusieurs grandes villes américaines, au Texas, en Floride et en Californie, sont très préoccupantes, justifie Mme Plante. C’est pour éviter une deuxième vague qu’on prend ces mesures. On veut être mieux protégés nous-mêmes, mais aussi éviter une deuxième vague qui ferait très mal au milieu économique », affirme la mairesse.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La mairesse Valérie Plante

Adaptation

À la petite épicerie de quartier Chez Clémentine, rue Beaubien, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, la moitié des clients ont déjà pris l’habitude de se couvrir le visage avant d’entrer. L’autre moitié devra s’y faire.

« Si ça peut nous éviter une deuxième vague et protéger les gens vulnérables, c’est une bonne chose. Peut-être que je pourrai augmenter de cinq à dix personnes le nombre de personnes à l’intérieur du commerce », pense le propriétaire de l’endroit, Hugo Martinez. Il compte profiter du délai dont il dispose pour faire une petite réserve de masques, question de ne devoir refuser personne à la porte de son commerce.

De l’autre côté de la rue, le Cinéma Beaubien a rouvert ses portes il y a trois jours à peine avec des mesures adaptées à la réalité propre aux salles de cinéma.

« Pour les cinémas, il avait été convenu que 1,5 mètre était suffisant entre les gens dans la salle, parce qu’ils ne se déplacent pas, ne parlent pas et regardent tous dans la même direction. Alors on va attendre de voir les détails du règlement, comment ça va s’appliquer pour nous », estime Mario Fortin, propriétaire du cinéma, pour qui « l’idéal serait qu’une fois assis, les gens puissent enlever leur masque », non seulement pour le confort durant la projection, mais aussi « pour pouvoir manger du pop-corn ».

Le règlement devrait largement s’inspirer de celui adopté à Toronto, qui prévoit des exceptions pour les enfants de moins de 2 ans et pour les personnes qui ont des problèmes respiratoires les empêchant de se couvrir le visage.

Des mesures seront aussi prévues pour permettre aux clients des bars et des restaurants de retirer leur couvre-visage pendant qu’ils mangent ou boivent leurs consommations. Ils devront toutefois les remettre lorsqu’ils se déplaceront à l’intérieur de l’établissement. Reste à voir si les cinémas entreront dans cette catégorie.

« De toute façon, la deuxième vague, elle n’est pas entre nos mains ni entre celles des médias et des politiciens. Ça dépendra du comportement de la population », estime M. Fortin, qui se pliera néanmoins à toutes les exigences pour garder son commerce ouvert.

Volte-face

Mme Plante et une quarantaine d’élus municipaux de son administration s’étaient opposés, le 26 mai dernier, à une résolution de l’opposition demandant que la Ville oblige le port du couvre-visage dans les « lieux intérieurs ouverts au public » où la distanciation physique de 2 mètres n’est pas possible.

« C’est une décision qui aurait dû être prise il y a deux mois, déplore le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez. La logique était d’habituer la population à se couvrir le visage avant le début du déconfinement. »

La mairesse Plante rétorque qu’elle a toujours suivi les recommandations de la Direction de santé publique et des médecins.

M. Perez estime qu’il y a cependant urgence d’agir, et invite la mairesse à faire adopter le règlement en conseil spécial dès cette semaine. « Le règlement pourrait entrer en vigueur lundi prochain plutôt que le 27 juillet. Pourquoi attendre aussi longtemps, alors qu’on sait que Montréal a été l’épicentre canadien de la pandémie ? Nous avons perdu de précieuses semaines et mis la population à risque. J’espère qu’il n’y aura pas de deuxième vague à cause de ce manque de leadership de la part de la mairesse », a affirmé le chef de l’opposition.

L’administration Plante n’écarte pas la possibilité de distribuer des masques gratuitement à des organismes qui desservent les secteurs moins nantis de la ville afin d’inciter la population à les porter. « Si la mairesse est prête à investir 7 millions dans les pistes cyclables, elle devrait aussi accepter d’investir dans un programme qui va sauver des vies », a commenté le chef de l’opposition.