Une équipe de chercheurs québécois et manitobains veut utiliser des nanoparticules pour développer un nouveau vaccin contre la COVID-19. Un financement d’urgence du gouvernement fédéral leur a été accordé pour développer le concept.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« On a un véhicule de livraison inédit et on pense qu’il va faire le travail au bout de la ligne », dit Denis Archambault, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chercheur principal du projet. Le professeur du département de chimie de l’UQAM Steve Bourgault et deux chercheurs de Winnipeg y participent aussi.

Le groupe vient d’obtenir une subvention d’un peu plus de 620 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour une « intervention de recherche rapide contre la COVID-19 ».

La particularité de ce nouveau vaccin en développement est qu’il est formé de deux parties. D’abord une nanoparticule, qui sert de « squelette » au vaccin. « C’est une plateforme, un véhicule de livraison », illustre le professeur Archambault.

Sur ce squelette, les chercheurs veulent ensuite attacher la fameuse protéine « S » du virus de la COVID-19, celle en forme de pic qui permet au virus d’infiltrer les cellules humaines. L’idée est de présenter cette protéine aux cellules du système immunitaire afin qu’elles développent des défenses contre le véritable virus SARS-CoV-2 qui cause la COVID-19.

Une double action

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs utilisent des nanoparticules comme véhicules pour présenter des protéines au système immunitaire. Mais selon Denis Archambault, ce qui est unique dans ce cas est que les nanoparticules ne se contentent pas de jouer un rôle passif. Elles servent aussi d’« adjuvants », soit des ingrédients d’un vaccin qui améliorent sa performance.

« On sait que notre nanoparticule, en plus de livrer la marchandise, stimule des éléments associés à la réponse immunitaire. On a donc une double action, dit le professeur Archambault. En plus, on va travailler sur l’ingénierie de la protéine S pour la rendre encore plus immunogène. » Il précise que certains aspects du vaccin feront l’objet d’un brevet et ne peuvent être discutés.

Le professeur Archambault était loin de partir de zéro pour ce projet. « J’ai travaillé sur ce genre de virus pendant plus de 25 ans du côté animal », dit-il. Il développait déjà les nanoparticules pour concevoir un vaccin contre l’influenza aviaire, une maladie qui touche notamment les poulets. L’efficacité de ce vaccin a déjà été vérifiée sur des souris.

Au lieu de mettre quelque chose qui provient de l’influenza aviaire sur notre nanoparticule, on va mettre quelque chose qui provient de la COVID-19.

Denis Archambault, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chercheur principal du projet

L’échéancier fixé par les IRSC est serré : le groupe doit démontrer la validité du nouveau vaccin sur les animaux d’ici 12 mois. Denis Archambault se réjouit de compter sur des collaborateurs de Winnipeg, où est situé le Laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la santé publique du Canada. Ce laboratoire de niveau 4, soit le niveau de biosécurité le plus élevé, servira à effectuer les tests sur les animaux.

Le projet de vaccin de Denis Archambault s’ajoute à plusieurs autres projets de vaccins contre la COVID-19 élaborés dans la province. Le DDenis Leclerc, du CHU Québec – Université Laval, développe également un vaccin à base de nanoparticules. Toujours à Québec, le DGary Kobinger travaille avec l’entreprise Medicago sur un vaccin qu’on ferait pousser dans les plantes. Les entreprises québécoises Biotechnologies Ulysse et Glycovax Pharma ont aussi annoncé qu’elles développaient leur propre vaccin contre la COVID-19. Notons également que le Conseil national de la recherche du Canada a signé un partenariat avec une entreprise chinoise pour tester ici un candidat vaccin appelé Ad5-nCoV. Développé à partir d’une technologie canadienne, ce vaccin sera testé sur l’armée chinoise, a-t-on appris cette semaine.

Sur la planète, pas moins de 150 candidats vaccins sont en développement contre la COVID-19, dont 26 ont commencé les tests sur les humains.

« On aimerait évidemment développer notre vaccin de A à Z, dit Denis Archambault. Mais si on contribue de quelque façon que ce soit, de façon si minime soit-elle, et que d’autres se servent de nos idées pour aller plus loin, personnellement, je serai très content. »