(Ottawa) Si la pandémie de COVID-19 est pratiquement maîtrisée au pays à l’exception de quelques éclosions, le Canada n’est pas à l’abri d’une augmentation « fulgurante » du nombre de cas, ont insisté lundi les experts de la Santé publique du Canada en dévoilant de nouvelles modélisations sur la pandémie.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Le virus n’a pas disparu. Il pourrait y avoir une résurgence à tout moment », a martelé en point de presse Dre Theresa Tam, l’administratrice en chef de la Santé publique du Canada. En effet, ça ne prendrait que « deux à trois semaines » de relâchement généralisé pour qu’une nouvelle vague du coronavirus déferle au pays, a ajouté DHoward Njoo, le numéro deux de la Santé publique. Les provinces les plus touchées par le virus, dont le Québec, ont pratiquement mis fin aux mesures de confinement imposées au cœur de la crise.

« Ces modèles indiquent que si nous assouplissons nos mesures trop rapidement, l’épidémie reprendra probablement de la vigueur et il se peut très bien qu’il y ait une croissance fulgurante du nombre de cas », a affirmé DNjoo.

Un modèle rendu public lundi montre en effet la possibilité d’une hausse considérable des éclosions de COVID-19 l’automne prochain, la fameuse « deuxième vague » si crainte des experts. Selon cette simulation, on surpasserait dès la fin de l’été le « pic » de l’épidémie atteint au printemps.

« C’est une simulation. Mais une résurgence peut arriver à n’importe quel moment. On le voit en temps réel ailleurs dans le monde. On voit une éclosion dans les endroits où on ne respecte pas les mesures de santé publique », a prévenu Dre Tam, en ne citant aucun pays.

Les États-Unis sont d’ailleurs frappés par une augmentation importante du nombre de cas, principalement dans les États du Sud, alors que bien des citoyens ont ignoré les mesures de base de distanciation physique.

C’est pourquoi il est primordial que les Canadiens respectent les mesures de distanciation physique et d’hygiène, a insisté Dre Tam. Il faut aussi que les gouvernements assurent une détection rapide des nouveaux cas afin d’éviter de nouvelles éclosions.

Ces mesures ont démontré leur efficacité, puisque depuis huit semaines, le taux de reproduction réel (RT) du virus est en deçà du taux critique de 1, c’est-à-dire que chaque personne infectée par le virus infecte à son tour moins d’une personne.

Les experts en Santé publique prévoient une faible augmentation des cas d’ici la mi-juillet. En effet, selon une nouvelle modélisation, il y aura entre 103 940 à 108 130 cas le 12 juillet, alors que le Canada comptait dimanche 103 250 cas confirmés. Santé publique Canada prévoit de 8545 à 8865 décès causés par la COVID-19 d’ici deux semaines, alors qu’on a enregistré 8522 décès au pays.

Malgré les risques d’une seconde vague, pas question de rendre obligatoire le port du masque ou du couvre-visage dans les lieux publics. « C’est plus efficace d’encourager avec des efforts d’éducation au lieu d’utiliser un outil réglementaire », a indiqué DNjoo. Selon lui, le couvre-visage est une « mesure supplémentaire ». Il conseille d’en porter un en particulier dans les lieux publics où il est impossible de garder une distance de deux mètres.

À l’instar de Justin Trudeau, Dre Tam et DNjoo ne feront plus de conférence de presse quotidienne. Les deux patrons de la Santé publique répondent aux questions des journalistes tous les jours de la semaine depuis des mois maintenant. Ils continueront de le faire deux journées par semaine à moins d’un élément urgent.