(Charlottetown) Une certaine forme de xénophobie est en train de voir le jour sur l’Île-du-Prince-Édouard, une province qui a longtemps vanté son bon accueil. Selon le premier ministre Dennis King, elle est probablement provoquée par les craintes nées de la COVID-19.

Teresa Wright
La Presse canadienne

Les autorités provinciales ont refusé depuis le 17 avril aux résidents non permanents de venir sur l’île. Elles n’ont commencé que le 1er juin à permettre aux résidents saisonniers provenant du reste du pays de soumettre une demande de séjour.

Depuis le début de la crise, la province n’a recensé que 27 cas de COVID-19, qui se sont tous rétablis. Elle n’a déploré aucun décès, aucune hospitalisation.

Plusieurs automobilistes ayant des plaques de l’extérieur de la province se sont plaints de vandalisme et d’intimidation. Des résidants ont laissé des notes désagréables sur les pare-brise.

Miriam Leslie est une pasteure. Elle a loué une voiture ayant des plaques d’immatriculation de la Nouvelle-Écosse. Elle a découvert sur son pare-brise une note injurieuse : « [beep] vers le continent ! »

Les mots « de toute l’Î. -P. -É. » figuraient à titre de signature.

« Avoir trouvé cette note après avoir visité un beau parc, c’était assurément très décevant », dit Mme Leslie.

Elle espère que cela ne dissuadera pas les visiteurs potentiels à venir dans la province. Les restrictions de voyage et les mesures d’auto-isolement pour les personnes provenant des autres provinces maritimes seront levées à partir du 3 juillet.

D’autres incidents similaires ont été signalés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Jordan Bujold, une étudiante de l’école vétérinaire de l’Atlantique à Charlottetown, a publié la semaine dernière une photo de sa voiture sur Facebook montrant une grande note placée sur le pare-prise sur laquelle on pouvait lire : « Étudiante de l’EVA. Je suis ici depuis janvier. Veuillez ne plus endommager ma voiture ! ».

Dans la note accompagnant la photo, elle ajoute que sa voiture immatriculée au Nouveau-Brunswick avait été vandalisée à l’aide d’une clé. La même mésaventure est arrivée à une autre femme avec qui elle avait parlé et dont l’automobile avait été immatriculée en Ontario.

Des gens dont les véhicules portaient des plaques de l’extérieur de la province ont dit avoir été apostrophés dans des stationnements d’épicerie ou de magasin de détail par des résidants qui les interrogeaient sur leur provenance.

Ces incidents surviennent après des semaines de vifs débats quant à la décision de la province d’autoriser les résidants saisonniers à venir à leurs chalets, même ceux provenant de provinces comptant encore des cas actifs du coronavirus.

Le premier ministre King souligne que ce sentiment xénophobe n’est pas répandu. Il est attribuable, selon lui, à la peur de l’inconnu causée par la pandémie. Lui aussi dit espérer que les touristes atlantiques penseront à l’Île-du-Prince-Édouard comme une province accueillante.

« Ma propre conviction est que de nombreuses personnes dans notre province et au-delà ont regardé ces évènements qui pourraient être transportés ici se dérouler dans le monde entier, déclare-t-il. Par exemple, si on voit ce qui se passe en Floride, c’est très différent de ce qui se passe ici. Cela explique en grande partie ces incidents. »

Précision:
Dans la version de ce texte transmis samedi, La Presse canadienne rapportait erronément que les autorités provinciales n’ont commencé à autoriser les séjours des résidents saisonniers de l’extérieur de l’île que le 1er juin. Dans les faits, ces résidents peuvent demander l’autorisation de venir sur l’île depuis cette date.