Le gouvernement a beau avoir donné le feu vert à l’ouverture des camps de jour, certains arrondissements de Montréal ont choisi de ne pas en offrir cette année en raison des règles sanitaires. Une décision de dernière minute qui enrage des citoyens qui ne savent plus vers quoi se tourner pour occuper leurs enfants cet été.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Fanny Séguin est « très, très, très offusquée ». Elle a appris mercredi que le camp municipal de l’arrondissement d’Anjou, Les Ateliers-Soleil, revenait sur sa décision et n’ouvrait finalement pas cette année. « On annule notre inscription à la dernière minute ! Et maintenant, j’ai beau chercher dans le secteur, je ne trouve pas de camp disponible. Il est trop tard », se désole la Montréalaise.

Après avoir gardé à la maison son enfant de 9 ans pendant de nombreuses semaines, l’annulation du camp de jour est la goutte qui fait déborder le vase. « Ça fait trois mois que mon employeur est conciliant. Mais là, je fais quoi ? Je lui dis que je ne peux pas rentrer de l’été parce que mon fils n’a pas de camp de jour ? », demande celle pour qui le télétravail n’est pas possible.

Une autre résidante d’Anjou, mère de deux jeunes filles qui devaient fréquenter le camp municipal, a reçu la nouvelle comme une « insulte ». « Le maire nous dit qu’il n’a pas le budget… mais pourquoi les autres arrondissements de Montréal ouvrent, eux ? », demande Catherine Beaucage.

Tout comme l’arrondissement d’Anjou, ceux de Pierrefonds-Roxboro et de Saint-Laurent ont annulé leur service de camp de jour municipal cet été, notamment à cause des mesures à respecter, dont le ratio animateurs/enfants, la distanciation physique et les mesures d’hygiène.

Le maire d’Anjou, Luis Miranda, assure qu’il déplore la situation et qu’il aimerait ouvrir le camp Les Ateliers-Soleil. « Je n’ai pas l’argent. On a regardé par tous les moyens possibles, mais il faudrait avoir le double d’employés avec les mesures que le gouvernement demande. »

Si jamais on change la réglementation ou qu’on nous donne des sous, on va ouvrir [le camp de jour].

Luis Miranda, maire de l’arrondissement d’Anjou

« Nous sommes très surpris que ces trois arrondissements, détenus par le parti d’opposition par ailleurs, ne tiennent pas leurs camps de jour et n’ouvrent pas leurs piscines publiques, a réagi par écrit l’attachée de presse de la mairesse Valérie Plante. Tous les autres arrondissements ont fait preuve de créativité pour offrir ce service aux citoyens et soulager un peu les familles montréalaises qui ont été éprouvées par le printemps difficile. »

Solution intérimaire

D’après M. Miranda, la soixantaine de personnes qui devaient travailler au camp municipal d’Anjou seront déployées dans six parcs de l’arrondissement pour assurer une « surveillance accrue et offrir des animations sporadiques aux jeunes ».

Josianne Lessard, qui reprochait au maire de ne pas offrir de solution de rechange, est satisfaite de cette option et en fera profiter sa fille de 11 ans. « Mais c’est sûr que c’est plus facile pour nous, puisque mon conjoint et moi travaillons de la maison. Ce n’est pas le cas pour toutes les familles qui envoyaient leurs enfants au camp. »

Ailleurs au Québec, selon les récentes données de l’Association québécoise du loisir municipal, les camps municipaux ouvrent « en grande majorité » et « répondent aux besoins et à la demande » des familles.

C’est le cas de ceux de la Ville de Beaconsfield, qui n’a pas eu à refuser d’inscriptions faute de place, ce qu’elle craignait puisque les camps ne peuvent fonctionner au maximum de leur capacité à cause des nouvelles mesures. « Je m’aperçois que les parents qui travaillent et qui n’ont pas le choix d’y envoyer leur enfant, ils le font. Mais nous avons une baisse d’inscriptions chez les adolescents, peut-être parce qu’ils peuvent se garder seuls », avance Patrice Boileau, directeur général de la Ville.

33 % moins de jeunes dans les camps

À l’Association des camps du Québec (ACQ), qui regroupe des camps privés et des OBNL, un sondage réalisé dans les derniers jours a fait bondir de joie le directeur général, Éric Beauchemin. Pas moins de 80 % des organisations qui étaient en activité en 2019 ouvriront leurs portes cet été. « Les camps ont respecté leur engagement. Ils avaient dit qu’avec une aide gouvernementale, ils ouvriraient et ils le font », lance-t-il avec fierté.

Un enfant sur trois (33 %) qui fréquentait un camp l’an dernier passera son tour cette année. « Plusieurs camps ne sont pas complets et ont encore des places disponibles », apprend-on dans la présentation des résultats du sondage de l’ACQ.

Il reste effectivement des places dans de nombreux camps, dont le camp spécialisé en théâtre musical L’Artishow, à Gatineau : « Nous avons 384 inscriptions sur les 432 places disponibles », affirme France Lapointe, coordonnatrice administrative. Puisque cette organisation ne fait pas partie de l’ACQ, Mme Lapointe avance qu’elle n’a pas accès à la subvention gouvernementale offerte aux camps de jour. « Ça pourrait mettre en péril nos activités à l’automne, mais nous voulions offrir le camp aux familles cet été », confie-t-elle.

Certains camps connaissent cependant un trop grand succès et affichent complet, notamment des camps spécialisés, souvent très prisés par les jeunes. Le camp de jour Sports Montréal a par exemple expliqué dans un communiqué envoyé vendredi aux parents qu’au lieu des 800 places disponibles par semaine, il y en avait seulement 250 cette année. La directrice remerciait les familles qui s’étaient « désinscrites volontairement » pour laisser leur place à des enfants « qui en ont vraiment besoin » et annonçait dans la foulée que, puisqu’il y avait tout de même encore trop d’inscriptions, elle ne pouvait « honorer toutes les demandes ».