La pandémie de COVID-19 est responsable d’un surnombre de décès important au Québec, ayant provoqué jusqu’à 48 % plus de morts qu’en temps normal pendant la semaine la plus intense de la crise, à la fin du mois d’avril et au début du mois de mai.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« C’est quand même gros ! Depuis au moins le début des années 2000, on n’avait pas vu ça. Il faudrait retourner à des pandémies précédentes comme la grippe espagnole pour trouver une chose semblable », affirme l’économiste Pierre-Carl Michaud, de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels de HEC Montréal.

Ce constat est tiré de nouvelles données de décès hebdomadaires compilées jusqu’au 23 mai, rendues publiques jeudi par l’Institut de la statistique du Québec.

Elles révèlent que 2090 personnes sont mortes au Québec dans la semaine qui s’est terminée le 2 mai, à l’apogée de la crise. Environ 1270 personnes meurent en temps normal pendant cette même semaine, selon la moyenne des cinq dernières années.

On constate qu’il y a eu un gros pic de mortalité qui correspond grosso modo aux morts liées à la COVID-19 déclarées par les autorités. Cela suggère que les autorités captent bien les décès, même si elles définissent de façon assez large les décès liés à cette maladie.

Pierre-Carl Michaud, économiste de HEC Montréal

Son analyse tient compte de l’évolution des morts normalement dues à l’influenza.

À la mi-mai, le chercheur avait réalisé une première analyse « très préliminaire » basée sur le nombre de certificats de décès émis par le Directeur de l’état civil, qui suggérait que les décès avaient augmenté de 37,5 % pendant le mois d’avril. Le nouveau bilan est légèrement supérieur puisque l’Institut de la statistique reçoit des confirmations de décès avec un certain retard.

Sans grande surprise, les données montrent que la grande majorité (81 %) des personnes qui sont mortes pendant le pic d’infection étaient âgées de 70 ans et plus.

Les groupes plus jeunes ont connu une hausse de mortalité très faible.

Les chiffres ne permettent pas de voir s’il y a eu une hausse du nombre de décès liée à des rendez-vous médicaux manqués en raison de la crise. « Pour ça, il va falloir attendre les statistiques montrant les causes de décès », précise M. Michaud. Le chercheur fait l’hypothèse que deux forces se sont opposées : alors que des problèmes dans le réseau de la santé ont pu provoquer davantage de décès, le ralentissement économique majeur du mois d’avril a peut-être prévenu des accidents de la route ou au travail. « C’est une hypothèse qu’on peut faire, tout en demeurant prudent », dit M. Michaud.

Bilan du jour

Dans l’ensemble, la crise continue de se résorber au Québec. Alors que le bilan de la pandémie a franchi jeudi le cap des 100 000 cas au Canada, le Québec déplorait 42 nouveaux décès liés à la COVID-19.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux précise que 31 de ces décès sont survenus avant le 10 juin.

La province a rapporté 120 nouveaux cas au cours des 24 dernières heures, ce qui porte le total de personnes infectées à 54 383. Il s’agit d’une légère augmentation du nombre de cas quotidiens depuis les trois derniers jours, durant lesquels la progression des infections a chuté momentanément sous la barre des 100 nouveaux cas.

Le nombre d’hospitalisations a diminué de 53, pour atteindre 637. Parmi les personnes hospitalisées, 65 se trouvent aux soins intensifs, une baisse de 7 par rapport à mercredi.

Fait à noter, le Québec n’a pas connu de nouvelles admissions aux soins intensifs lundi et mardi. Le nombre de patients qui s’y trouvent est en déclin constant depuis la fin de mai.