(Québec) Préoccupé par le faible volume de tests, qui est tombé bien en dessous de son objectif de 14 000 par jour, le directeur national de santé publique promet une nouvelle stratégie pour convaincre la population d’aller se faire tester.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Il faut que je le fasse parce que la question m’est posée, puis si je veux être capable de survivre à ma santé mentale, il faut que je voie ce nombre-là remonter », a lancé le DHoracio Arruda en conférence de presse mercredi.

Le nombre de prélèvements dans l’ensemble de la province est tombé à 5241 dimanche dernier, montrent les données publiées par Québec. Le volume a un peu augmenté lundi, avec 7160 prélèvements effectués, mais c’est à peine plus de la moitié de l’objectif de 14 000 tests que le gouvernement Legault s’est donné pour pouvoir rapidement détecter, et endiguer, de nouvelles éclosions durant le déconfinement.

Rarement atteint

Le DArruda avait annoncé, le vendredi 1er mai, que le nombre de tests quotidiens, qui tournait alors autour de 6000, passerait à 14 000 d’ici au vendredi suivant. Six jours plus tard, il avait admis que Québec n’y arriverait « peut-être pas » à temps à cause du manque de personnel, en particulier à Montréal.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La cible d’au moins 14 000 tests quotidiens a été atteinte pour la première fois le 21 mai, avec 16 273 prélèvements effectués en 24 heures. Depuis, elle a été atteinte à quatre autres reprises seulement, selon les données compilées par La Presse.

Cette cible d’au moins 14 000 tests quotidiens a finalement été atteinte pour la première fois le 21 mai, avec 16 273 prélèvements effectués en 24 heures. Depuis, elle a été atteinte à quatre autres reprises seulement, selon les données compilées par La Presse.

« Je ne prendrai pas un engagement pour vous dire que vendredi, on va être à 14 000 comme l’autre fois. J’ai appris de mes erreurs », a indiqué le DArruda aux journalistes mercredi.

En attendant, « les gens ne sont pas au rendez-vous », a reconnu le médecin de santé publique en citant les cliniques mobiles de Montréal, où « il n’y avait quasiment plus personne qui se présentait ».

Plusieurs facteurs expliquent, selon lui, cette désaffectation. Des Québécois ne veulent « plus en entendre parler, de la COVID-19 », ont l’impression que le virus est moins présent ou ont davantage envie de sortir et d’organiser des vacances « que d’aller faire des tests ». Et « il y a ceux qui ont peur » de recevoir un résultat positif qui les obligera à s’isoler, à se priver de revenus de travail et à faire dépister leur famille, a-t-il expliqué.

Je suis en train de revoir complètement la stratégie avec mes directeurs de santé publique, là. Mes autorités me le demandent.

Le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique

Le DArruda n’a pas donné la date ni le détail de sa future stratégie, mais « tous les moyens vont être regardés, incluant la publicité », a assuré le premier ministre, François Legault, dans une conférence de presse distincte la veille.

Signes encourageants

Ces discussions ont lieu alors que le bilan quotidien demeure modéré : 29 nouveaux décès ont été annoncés mercredi, soit 9 depuis la veille et 20 autres survenus avant le 9 juin, portant le nombre total à 5298. Au moins 54 263 Québécois ont reçu un diagnostic positif à ce jour, mais seulement 117 dans les 24 heures précédentes.

Le faible volume de tests fausse-t-il le portrait ? Le directeur national de santé publique s’est dit convaincu que non. « Les indicateurs ne montrent pas de transmission active, nous ne voyons pas de grosses éclosions, nous ne voyons pas d’histoires que nous ne sommes pas capables de contrôler », a énuméré le DArruda.

Le bilan hospitalier a également continué de s’améliorer mercredi, alors que le nombre de patients hospitalisés avec la COVID-19 a diminué de 28 en 24 heures, pour atteindre 690. De ce nombre, 72 étaient aux soins intensifs, cinq de moins que la veille.

Fait à noter, aucun patient n’a été nouvellement admis aux soins intensifs dans les 24 heures précédentes, montrent les plus récents chiffres, qui reflètent la situation du lundi 15 juin. Il s’agit d’une première depuis que Québec a commencé à publier cette donnée, le 6 avril. Le chiffre pourrait cependant être revu à la hausse ultérieurement, pour cause de retard dans la saisie de l’information, précise l’Institut national de santé publique du Québec.

L’Ontario, de son côté, réalise plus de 20 000 tests quotidiens ces jours-ci. La province voisine en a effectué plus de 24 000 au cours des 24 dernières heures, selon les plus récentes données publiées mercredi matin.

« C’est important avec le déconfinement de tester, tester, tester », a reconnu François Legault mardi.

En plus du déconfinement, il faut « préparer la capacité d’avoir des armées de testage puis des stratégies particulières pour l’automne si jamais la deuxième vague s’installe », a indiqué le DArruda mercredi.

« Il faut qu’on se donne une capacité d’être capables de réagir [...] s’il faut passer à 20 000 parce qu’on est plein d’éclosions […], il faut être capable de le faire », a indiqué le directeur national de santé publique.

– Avec Thomas de Lorimier et Pierre-André Normandin, La Presse