Le propriétaire d’un gym de Québec a défié les autorités mardi en rouvrant les portes à ses clients. Ce geste témoigne du désespoir qui commence à s’installer dans la communauté de la mise en forme, selon une association de centres d’entraînement.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Les gens sont frustrés d’être oubliés, frustrés d’entendre des promesses, mais que rien ne se passe », dénonce en entrevue Mathieu Dumontet, porte-parole de la Coalition des studios d’entraînement privés du Québec.

« Le ton commence à monter dans la communauté. Le silence du gouvernement pousse les gens à prendre des risques. Ils se sentent acculés au pied du mur », ajoute M. Dumontet.

Depuis la fermeture des centres d’entraînement le 24 mars pour répondre à la pandémie de COVID-19, le gouvernement a envoyé très peu d’indications sur le moment de leur possible réouverture.

Mardi matin sur les ondes de la Première Chaîne, le DHoracio Arruda a suggéré que les centres d’entraînement pourraient rouvrir au début de juillet. « Mais ce n’était pas clair, comme toujours », déplore M. Dumontet.

À Québec, un centre d’entraînement de 25 000 pieds carrés a décidé de défier le gouvernement. Dan Marino, propriétaire du Mega Fitness Gym de Québec, a ouvert ses portes mardi matin malgré l’interdiction du gouvernement.

« Moi, tout ce que je veux, c’est gagner ma vie honorablement. J’ai des bills à payer, mes employés ont des bills à payer. Ce n’est pas de la désobéissance. Je n’ai pas le choix », assure M. Marino.

Est-ce que j’ai travaillé 25 ans de ma vie pour faire faillite et mettre la clé sous la porte ? Je suis à côté d’un bureau de la SAAQ. Il y a plus de monde dans la file dehors que dans mon gym. Tu vas au Walmart, c’est plein, tu vas au Canadian Tire, c’est plein…

Dan Marino, propriétaire du Mega Fitness Gym de Québec

Il y avait une vingtaine de clients dans le centre de M. Marino en matinée mardi. L’homme avait mis à leur disposition une centaine de bouteilles de désinfectant. Les douches étaient fermées.

« Ils nous ont oubliés. Ils ont fermé les gyms le 24 mars et ils ont arrêté de parler de nous. S’ils nous disaient ‟vous rouvrez le 1er juillet”, au moins, on le saurait. Là, on ne sait rien. Et on va crever si on ne fait pas quelque chose. »

Une contravention entre 1000 et 6000 $

La police de Québec a reçu plusieurs appels de citoyens qui ont dénoncé le Mega Fitness Gym. Des policiers se sont rendus sur place.

« On lui a demandé de mettre fin à ses activités. Il a refusé de le faire », a expliqué le porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, Étienne Doyon.

Le dossier a été remis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Celui-ci décidera si oui ou non une contravention sera imposée. Le propriétaire risque entre 1000 et 6000 $ d’amende.

« Si j’ai une contravention, je vais la contester », assure Dan Marino, qui compte continuer d’ouvrir ses installations.

Le gouvernement se dit « très sensible aux préoccupations » des propriétaires de gyms. « Selon le plan progressif de la Santé publique, les infrastructures intérieures présentaient un risque supérieur aux activités extérieures. C’est pourquoi nous procédons graduellement », a indiqué dans un courriel Alice Bergeron, attachée de presse de la ministre déléguée aux Sports et aux Loisirs, Isabelle Charest.

De « bonnes nouvelles » s’en viennent bientôt pour les centres d’entraînement, assure Mme Bergeron. « D’ici là, on demande aux propriétaires de gyms de se conformer aux consignes de la Santé publique. »