(Montréal) Un projet de vaccin potentiel contre le coronavirus auquel collabore l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) pourrait notamment permettre d’en apprendre davantage sur la manière dont le virus se réplique après avoir envahi les cellules humaines.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

L’INRS a été sollicité par la société biopharmaceutique Glycovax Pharma, qui s’intéresse depuis plusieurs années aux glucides — aux sucres — qu’on retrouve à la surface de certaines protéines.

Les virus en général, et le coronavirus en particulier, réussissent à se camoufler en s’enduisant des sucres produits par les cellules de leur hôte, ce qui leur permet d’échapper, du moins partiellement, à l’attention du système immunitaire qui croit que les protéines du coronavirus sont en fait les protéines de l’hôte.

« Le coronavirus fait ça beaucoup avec la fameuse protéine de spicule dont on parle tout le temps, a dit le professeur Nicolas Doucet, de l’INRS. C’est la fameuse petite protéine rouge sur les images qu’on voit dans les médias et qui est à la surface de cette espèce de sphère qu’est le coronavirus. »

Heureux hasard, Glycovax disposait déjà d’anticorps qui avaient été synthétisés pour cibler un sucre bien spécifique sur des cellules cancéreuses — « et on s’est rendu compte qu’il y a un de ces sucres qui est unique et qu’on pense être à la surface de la protéine (de spicule) », a dit M. Doucet.

S’ils sont capables de reconnaître le coronavirus, ces anticorps pourraient donner une longueur d’avance à Glycovax en lui permettant de démarrer rapidement la production d’un vaccin.

Pas si simple

Mais tout n’est pas aussi simple, et c’est ici que l’INRS entre en jeu.

Avant d’investir des millions de dollars pour développer un vaccin et organiser des essais cliniques, Glycovax a tout d’abord besoin de savoir si ce sucre bien particulier est accessible à la surface du virus, ou encore s’il est enfoui quelque part où les anticorps ne pourront pas le rejoindre.

Et si les tests menés en laboratoire démontrent que les anticorps sont en mesure de se lier au sucre, il faudra alors répondre à une deuxième question.

« La compagnie va être intéressée de savoir si les profils de glycolisation sont différents d’un tissu à l’autre, a précisé M. Doucet. Tout d’un coup […] que le sucre, qui a bien beau être accessible structurellement, n’est pas présent, par exemple chez les coronavirus qui sont synthétisés dans l’intestin, alors le vaccin ne sera pas plus efficace. »

En d’autres mots, il n’est pas impossible que ce sucre soit accessible aux anticorps quand le virus s’est répliqué dans les poumons, mais non quand il s’est répliqué dans les intestins ou ailleurs.

Les travaux menés à l’INRS permettront donc d’en apprendre davantage sur l’efficacité potentielle des anticorps de Glycovax dans la lutte contre le coronavirus.

« Ça peut être de bonnes étapes, comme on dit en anglais, de’go-no go’pour la compagnie, a résumé M. Doucet. Ça va être une façon pour eux de voir si on investit dans cet aspect-là. »