(Montréal) On ne connaît pas l’issue clinique d’environ le tiers des infections de la COVID-19 au Québec, a constaté une chercheuse du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

On ne sait donc pas si ces patients sont décédés, s’ils sont guéris, ni même dans certains cas s’ils ont été hospitalisés, a expliqué Simona Bignami. La même situation prévaut en Ontario.

« Mais au Québec, la plupart des valeurs manquantes sont chez les 80 ans et plus, a-t-elle expliqué. C’est un gros problème parce qu’ils ont un plus grand risque de décès, donc il faudrait vraiment savoir ce qui s’est passé [surtout] qu’il est fort probable qu’ils soient dans un milieu fermé.

« Ça explique aussi pourquoi il y a constamment des changements dans le nombre de décès. Ces décès font partie du 30 %. »

Mme Bignami s’est appuyée sur les données de l’Agence de la santé publique du Canada pour effectuer ses travaux. Elle n’est pas en mesure de dire si l’Institut national de santé publique du Québec a en sa possession les données manquantes, et si oui, pourquoi elles n’ont pas été transférées à l’agence fédérale.

Les pertes de vie sont concentrées chez les gens de 50 ans et plus au Québec et en Ontario, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, peut-on lire dans le rapport.

Le taux de mortalité des patients de 80 ans et plus est trois fois plus important au Québec qu’en Ontario, a-t-elle également constaté. Un nombre plus élevé de femmes que d’hommes de cet âge ont succombé à la maladie.

« Une de nos conclusions est que le plus grand nombre de décès absolu au Québec par rapport à l’Ontario, en tenant compte que les deux provinces ont des épidémies semblables avec une plus grande proportion de décès dans les CHSLD ou dans les milieux fermés, est vraiment lié à la plus grande diffusion du virus au Québec par rapport à l’Ontario », a dit Mme Bignami.

Le Québec compte le nombre le plus élevé de cas positifs, de décès et d’hospitalisations par personne pour tous les groupes d’âge.

Le ratio d’hospitalisations chez les moins de 40 ans est plus de deux fois plus élevé au Québec qu’en Ontario, et 1,5 fois plus élevé chez les 40-79 ans. Chez les 80 ans et plus, le rapport témoigne d’un ratio de 372 par 100 000 au Québec, contre seulement 179 par 100 000 chez nos voisins ontariens.

Dans toutes les provinces canadiennes, le nombre d’individus infectés par le virus et nécessitant une hospitalisation augmente de façon linéaire avec l’âge. Le nombre d’hospitalisations au Québec et en Ontario est similaire, même si on compte plus de cas dans la première province que dans la seconde. La probabilité d’une hospitalisation est toutefois plus importante en Ontario.

À travers le Canada, la probabilité d’hospitalisation des hommes infectés est 5 à 10 % plus élevée que celle des femmes.

« En faisant une comparaison Québec-Ontario, qui sont les deux provinces avec le plus grand nombre de décès, et donc où la comparaison d’un point de vue statistique est significative, (nous constatons) que la probabilité de décès vis-à-vis la guérison est relativement semblable pour les hommes et les femmes, et selon l’âge », a conclu Mme Bignami.