(Ottawa) Le fédéral prolonge de deux mois sa Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois – ce qui pourrait faire passer la facture du plan d’aide à 102 milliards de dollars, s’est hasardée à prédire la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclamait quatre mois de plus et présentait cette requête comme une condition à son appui lors du vote de confiance sur les subsides qui se tient ce mercredi. Les libéraux ont finalement coupé la poire en deux.

« Si vous touchez la PCU et que vous ne pouvez pas retourner travailler — parce que vous n’arrivez pas à trouver du travail ou que ce n’est pas possible en ce moment —, vous allez continuer de recevoir [vos] 2000 $ par mois », a lancé Justin Trudeau mardi à l’intention des bénéficiaires.

Car « même si on reprend certaines activités, beaucoup de gens ont encore besoin de ce soutien pour payer leurs factures pendant qu’ils cherchent du travail », a-t-il argué lors de son allocution quotidienne à Rideau Cottage.

Pour justifier cette prolongation, il a avancé qu’au cours du processus de déconfinement, « certains secteurs vont rebondir plus rapidement que d’autres », et que si « beaucoup de gens vont trouver du travail », ce « ne sera pas tout le monde ».

En date du 4 juin, 8,4 millions de Canadiens avaient touché l’aide directe imposable, ce qui a coûté 43,51 milliards de dollars au Trésor public. Environ 1,2 million de Canadiens qui avaient initialement adhéré au programme s’en sont ensuite désistés, selon Ottawa.

Le premier ministre n’a pas été en mesure de chiffrer le coût de la prolongation. Un peu plus tard, en conférence de presse au parlement, sa ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, a fait valoir qu’il était « difficile » à évaluer.

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Carla Qualtrough, ministre de l’Emploi

Elle a cependant mentionné que la facture mensuelle du programme était de quelque 17 milliards de dollars. En faisant le calcul à partir de cette donnée, la note serait donc de 102 milliards de dollars environ pour une période de six mois.

Trop peu, mais assez pour la survie du gouvernement

L’annonce du gouvernement a laissé le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) sur son appétit.

« On donne un second souffle, mais un souffle bien court, pour les travailleurs sans emploi et sans accès à l’assurance-emploi. C’est peu, même si cela aidera nombre de travailleurs à passer les deux prochains mois », a réagi dans un communiqué Pierre Céré, porte-parole du CNC.

Cette prolongation permet néanmoins au gouvernement de s’assurer de l’appui des troupes néo-démocrates lors du vote de confiance sur les subsides qui se tiendra mercredi à la Chambre des communes.

« C’est ce que nous demandions à court terme. Nous continuerons à travailler pour nous assurer que l’aide est là pour les Canadiennes et les Canadiens qui en ont besoin à long terme », a indiqué le chef Jagmeet Singh par voie de communiqué.

Pour sa part, le leader bloquiste Yves-François Blanchet plaidait encore mardi matin que les critères de la PCU devaient être modifiés afin d’éviter qu’elle n’agisse comme un frein à un retour au travail dans un contexte de déconfinement.

Sans trop ouvrir son jeu sur la façon dont les députés du Bloc québécois voteront lors du vote de confiance, il a déclaré en conférence de presse que l’idée même d’un scrutin hâtif en contexte de crise sanitaire était farfelue.

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Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Personne ne veut envoyer 20 millions de Canadiens se mettre en ligne pour voter en contexte de pandémie pendant les vacances de la construction. C’est un scénario qui, à sa face même, est une blague.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

De passage en Beauce, le premier ministre du Québec, François Legault, a affirmé que des discussions s’entameront avec le gouvernement fédéral pour évaluer s’il est possible « d’imaginer un programme où la personne pourrait garder une partie de la PCU tout en ayant le revenu d’un nouvel emploi. »

« Je comprends que des gens ont perdu leur emploi et de leur donner une prestation pour compenser, c’est normal et c’est correct. Par contre, il ne faut pas que cette prestation soit le contraire d’un incitatif pour aller travailler », a affirmé M. Legault, précisant que la prolongation de la PCU créait déjà de l’inquiétude pour plusieurs acteurs économiques, alors que certains la voient comme une concurrence pour le retour en emploi.

Dans le contexte, Québec évalue aussi l’occasion de renouveler pour la même période ses primes qu’il accorde aux travailleurs essentiels à faibles revenus.

Chez les conservateurs, on n’a pas signalé de quelle façon on allait voter mercredi.

Et les fraudes ?

La PCU s’est retrouvée dans la ligne de mire des fraudeurs, dont certains procèdent par vol d’identité pour toucher indûment ce chèque.

Les libéraux ont inclus dans le projet de loi C-17 déposé mercredi dernier des retouches aux critères de la PCU, ainsi que des sanctions sévères pour les personnes qui tenteraient de toucher frauduleusement ce chèque.

La mesure législative n’a toutefois pas été adoptée, les libéraux n’étant pas parvenus à négocier un terrain d’entente avec les partis de l’opposition. Le premier ministre Trudeau et la ministre Qualtrough ont toutefois affirmé que des changements avaient été apportés par voie réglementaire.

Le projet de loi C-17 aurait rendu la PCU inaccessible à quiconque refusait une offre « raisonnable » de retour au travail ou de nouveau travail. La ministre Qualtrough a signalé que le terme se retrouvait dans les règlements.

« Nous allons avoir du vocabulaire plus fort dans la déclaration à signer [par les travailleurs] qui encourage les travailleurs à chercher du travail, et à l’accepter lorsqu’il est raisonnable. Même que nous nous attendons à ce qu’ils fassent ça », a souligné la ministre.

 – Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse, et de La Presse canadienne

La frontière fermée jusqu’au 21 juillet

Le premier ministre a par ailleurs confirmé mardi une information qui avait déjà commencé à circuler : le Canada et les États-Unis se sont entendus pour prolonger de 30 jours, jusqu’au 21 juillet, les mesures frontalières qui sont déjà en place.

« C’est une décision qui va protéger les gens des deux côtés de la frontière alors qu’on continue de lutter contre la COVID-19 », a-t-il argué. Les déplacements non essentiels par voie terrestre sont interdits entre les deux pays depuis le 21 mars dernier.

Washington et Mexico se sont aussi mis d’accord pour prolonger jusqu’au 21 juillet l’interdiction des voyages « non essentiels » par voie terrestre entre leurs deux pays, pour limiter la propagation de la COVID-19, a annoncé mardi le ministère mexicain des Affaires étrangères.

« Les restrictions sont maintenues dans les mêmes conditions que depuis leur mise en place, le 21 mars. Les deux pays vont continuer à coordonner les mesures sanitaires à la frontière. Elles resteront en vigueur jusqu’au 21 juillet », a écrit le ministère sur Twitter.