La COVID-19 touche peu les enfants. Mais elle peut entraîner des complications neurologiques pédiatriques sévères. Pour mieux comprendre le phénomène, les hôpitaux pédiatriques échangent sur leurs expériences et cherchent à repérer les patients à risque.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Nous avons mis au point un test d’anticorps si précis qu’il détecte des enfants qui n’ont jamais eu un test positif de présence du virus par écouvillonnage », indique Adam Cunningham, de l’Université de Birmingham en Angleterre, auteur d’une étude sur le sujet publiée début juin sur le site de prépublications medRxiv. « Nous détectons un niveau d’anticorps beaucoup plus faible que les autres tests sérologiques. »

La centaine d’enfants étudiés par le DCunningham se sont présentés en avril à l’hôpital pédiatrique de Birmingham, qui couvre une vaste région du centre de l’Angleterre, avec des symptômes neurologiques. Tous les patients pédiatriques ayant des symptômes similaires au Royaume-Uni ont vu leur dossier envoyé à Birmingham pour une analyse regroupée. Le test sérologique (sanguin) détectant la présence d’anticorps au SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, montrait qu’ils avaient été infectés voilà plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

« Ça montre qu’il y a une réaction à retardement, dit le DCunningham. Notre test permet d’éliminer d’autres sources de diagnostics. » Les chercheurs britanniques ont baptisé ce problème neurologique lié à la COVID-19, semblable à un trouble rare appelé syndrome de Kawasaki, « syndrome multisystémique inflammatoire pédiatrique associé de manière temporelle au SARS-CoV-2 », ou PIMS-TS selon le sigle.

La prochaine étape consiste à retrouver des anticorps spécifiquement liés au PIMS-TS et à voir s’il s’agit d’une réaction auto-immune. « Étant donné le délai entre l’infection et les symptômes neurologiques, il pourrait s’agir d’une inflammation des vaisseaux du cerveau », dit le DCunningham.

Il se pourrait aussi que des enfants infectés aient des symptômes neurologiques non détectés, qui pourraient avoir des conséquences à plus long terme, qu’un test d’anticorps spécifique pourrait détecter.

Le syndrome de Kawasaki, dont on voit normalement quelques dizaines de cas par année au Québec, est associé à des infections virales. Ses symptômes sont une fièvre prolongée, des éruptions, des douleurs articulaires et des inflammations des mains et des pieds. Les décès sont très rares. Le DCunningham note également que le PIMS-TS frappe des enfants plus vieux que ne le fait le syndrome de Kawasaki, qui touche surtout les moins de 5 ans. « On a même vu un adolescent », dit le DCunningham. Une dizaine de cas potentiels de PIMS-TS ont été signalés au Québec.

Un partage du savoir essentiel

Le genre de collaboration qui a permis la mise au point du test du DCunningham a été rapidement mis sur pied entre les hôpitaux pédiatriques pour la COVID-19. « Nous avons immédiatement ajouté un partage gratuit d’informations sur la COVID-19 pour tous les hôpitaux pédiatriques », explique Brian Reisner, directeur des opérations de Virtual Pediatric Systems (VPS), réseau payant d’échange d’informations regroupant 135 hôpitaux pédiatriques au Canada et aux États-Unis.

Ça a permis à tout le monde de savoir rapidement quoi faire auprès des rares patients pédiatriques. Nous sommes en train de mettre sur pied un système d’échange d’informations pour les cas d’inflammation neurologique liés à la COVID-19. Ils sont tellement rares qu’il est difficile pour un hôpital pédiatrique de déterminer à lui seul comment réagir.

Brian Reisner, directeur des opérations de Virtual Pediatric Systems

VPS, qui existe depuis près de 20 ans et a permis de publier plusieurs études grâce à une vaste base de données sur les patients pédiatriques aux soins intensifs, a aussi suivi la proportion de patients adultes atteints de COVID-19 qui ont été admis aux soins intensifs pédiatriques. « Au Canada, ça a été très bas, mais aux États-Unis, dans certains hôpitaux, on est arrivé à 40 % des lits », dit M. Reisner.

Améliorer la prise en charge

Les deux hôpitaux pédiatriques montréalais ont profité de ce service gratuit de VPS, qui a été fondé par des intensivistes californiens. « Ça nous a permis de voir ce que les autres faisaient, ce qui était précieux étant donné qu’on avait si peu de jeunes patients », explique Patricia Fontela, chargée du lien avec VPS à l’Hôpital de Montréal pour enfants. « On a notamment pu éviter les intubations, parce que d’autres hôpitaux rapportaient qu’un simple masque d’oxygène fonctionnait. »

Guillaume Emeriaud, responsable du lien VPS au CHU Sainte-Justine, confirme que le partage d’informations avec les autres hôpitaux pédiatriques du réseau de VPS a permis d’éviter les intubations, beaucoup plus lourdes en termes de personnel. « On avait aussi des liens avec des hôpitaux européens qui nous ont beaucoup aidés », dit le DEmeriaud.

80 : nombre de données en temps réel disponibles par patient aux soins intensifs pédiatriques dans les hôpitaux participant au réseau VPS (Source : Virtual Pediatric Systems)

Une version précédente de cet article écrivait erronément que le prénom de Brian Reisner était Frank.