(Ottawa) Il aura fallu attendre le jour même de la fin prévue de l’opération militaire dans les CHSLD du Québec, le vendredi 12 juin, pour obtenir la réponse du gouvernement fédéral. Et elle laisse clairement le gouvernement Legault sur son appétit.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Nous prolongeons la mission actuelle des Forces armées au Québec jusqu’au 26 juin. Je veux être clair : les 1400 membres des Forces Armées de l’Opération LASER sont toujours au Québec et sont actuellement en train d’être redéployés dans des CHSLD qui en ont plus besoin », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, vendredi.

« Nous poursuivons nos discussions avec Québec en vue d’élaborer un plan à moyen terme qui nous permettra d’appuyer les efforts jusqu’au 15 septembre », a-t-il poursuivi dans son allocution quotidienne à sa demeure de Rideau Cottage, saluant au passage le travail des femmes et des hommes en uniforme qui « font un travail incroyable et sauvent des vies ».

Il a exposé que « depuis la fin avril, la situation dans plusieurs CHSLD s’est stabilisée », que « de nombreux préposés sont en train de retourner au travail », et que cela signifie donc « que les membres des Forces armées qui ont été déployés dans un CHLSD où les choses se sont améliorées peuvent maintenant aller donner un coup de main dans d’autres centres où la situation est plus critique ».

Ainsi, le plan à moyen terme dont le fédéral discute avec Québec inclut-il « une participation active de la Croix-Rouge canadienne avec des gens payés, bien formés et qui seront aussi efficaces que les membres des forces armées », a précisé Justin Trudeau, assurant que le « gouvernement fédéral va continuer d’être là pour les Québécois ».

Il a fortement suggéré que son gouvernement ne fait pas la même lecture de l'état de la situation sur le terrain. « On est allés dans les CHSLD au Québec en tant que Forces armées canadiennes parce qu’il y avait une crise urgente où on n’avait pas le contrôle de la pandémie à l’intérieur de ces CHSLD. Et dans les deux derniers mois, on a vu des améliorations nettes », a-t-il offert.

La veille, le premier ministre François Legault avait signifié que sa position n’avait pas changé d’un iota, en pestant qu’il n’avait « toujours pas eu de réponse à savoir qu’est-ce qu’il y a de plus urgent au Canada ou à l’étranger que de s’occuper de nos aînés dans les CHSLD ».

Il a continué à chiffrer à au moins 1000 le nombre de militaires qui doivent rester pour prêter main-forte dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée, et ce, jusqu’à la mi-septembre. Et du même souffle, François Legault a mentionné que de 1320 soldats, au 21 mai, on est passé à environ 750 au total.

Le chef par intérim du Parti conservateur, Andrew Scheer, s’est rangé dans le camp du premier ministre du Québec, qualifiant sa demande de prolongation de « raisonnable » lors d’une conférence de presse au parlement d’Ottawa.

« Nous sommes [du] côté du premier ministre provincial qui a besoin de ressources additionnelles ; c’est le gouvernement fédéral qui laisse tomber les provinces, qui laisse tomber les aînés », a-t-il déploré vendredi matin.

Accueil prudent à Québec

L'annonce du fédéral a été reçue avec prudence au gouvernement caquiste.

« Nous accueillons avec ouverture le plan du gouvernement fédéral pour aider à soutenir nos CHSLD, mais il reste des éléments à clarifier. Nous maintenons qu'il nous faut de l'aide et du support jusqu'en septembre. Nous souhaitons arriver rapidement à une entente. Nous ne ferons pas de commentaires additionnels pour le moment », a-t-on signalé au bureau de la ministre québécoise de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

À l'Assemblée nationale, vendredi matin, à peu près au même moment où Justin Trudeau s'adressait aux Canadiens devant sa résidence d'Ottawa, une motion déposée par la députée indépendante Catherine Fournier était adoptée afin de réclamer du fédéral qu'il acquiesce à la demande de Québec.

Dans son intégralité, la motion pouvait se lire ainsi : « Que l'Assemblée nationale rappelle que les Québécois contribuent à la hauteur de près de 4 milliards de dollars par année pour financer l'armée canadienne à même nos taxes et nos impôts ; Qu'elle demande au gouvernement canadien de prolonger la mission des militaires déployés dans les CHSLD du Québec jusqu'au 15 septembre 2020 ».

Prise de température des voyageurs

Le premier ministre a par ailleurs fait une autre annonce d'importance, vendredi : il a en effet affirmé qu'Ottawa « rendra la prise de température obligatoire pour les passagers aériens, ainsi que le personnel et les employés » – une nouvelle mesure qui a de quoi surprendre puisque plusieurs ministres ont martelé, et ce, à plusieurs reprises, qu'il s'agissait d'un contrôle inefficace.

En conférence de presse, le ministre des Transports, Marc Garneau, a martelé qu'il s'agissait d'une « couche additionnelle » à des précautions qui ont déjà été prises, notamment le port obligatoire du masque pour tous les passagers aériens, les membres d'équipages aériens et les travailleurs aéroportuaires. Il a par ailleurs affirmé que le coût de la mesure était « très modestes », sans être en mesure de les chiffrer.

Mais voilà, à compter de quelque part au mois de juin, les passagers fiévreux se verront refuser l'accès à bord. Ils seront tenus de patienter 14 jours avant de prendre un nouveau vol. Le ministre Garneau s'est dit confiant qu'ils ne seraient pas pénalisés financièrement s'ils font une nouvelle réservation, s'en remettant à la collaboration des transporteurs aériens.

- Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance