(Ottawa) Le directeur parlementaire du budget estime qu’une extension de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), pour rallonger le nombre de semaines et permettre aux gens de toucher un autre revenu d’appoint, coûterait 64 milliards de plus.

Jordan Press
La Presse canadienne

Dans un des deux scénarios examinés par le bureau d’Yves Giroux, le gouvernement récupérerait 50 cents de chaque dollar gagné au-dessus du seuil de 1000 $ par mois, et les bénéficiaires pourraient recevoir 12 semaines supplémentaires de prestations, jusqu’en janvier 2021.

La première cohorte de bénéficiaires de la PCU atteindra la limite actuellement fixée de 16 semaines au début du mois de juillet. Le DPB estime que le simple fait de prolonger ce nombre maximal de semaines de 16 à 28, et de prolonger le programme jusqu’en janvier 2021, coûterait environ 57,9 milliards.

Les coûts dans le rapport Giroux ne tiennent pas compte de ce que le gouvernement a déjà dépensé pour la PCU, dont le budget est passé de 35 milliards à plus de 60 milliards, car plus de Canadiens ont réclamé la prestation — et plus longtemps que prévu. Les chiffres les plus récents d’Ottawa montrent que 8,41 millions de Canadiens ont demandé la PCU et que 43,51 milliards ont été versés jusqu’au 4 juin.

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Yves Giroux

Dans l’un ou l’autre scénario étudié, M. Giroux estime que le fait de laisser les bénéficiaires recevoir des paiements pendant 28 semaines, plutôt que le maximum actuel de 16 semaines, pourrait par ailleurs inciter certains Canadiens à ne pas retourner au travail, alors que le déconfinement se poursuit et que les entreprises redémarrent progressivement.

Le coût de cette incidence de la PCU sur le comportement des bénéficiaires pourrait dépasser 3,2 milliards, selon le rapport, qui émet par ailleurs une mise en garde : « toute estimation de la réaction comportementale à la PCU est très incertaine et repose sur des hypothèses hardies ».

De même, les estimations globales des coûts pourraient changer en fonction des conditions économiques, de l’évolution de la pandémie elle-même et du nombre d’entreprises qui ont recours à la Subvention salariale d’urgence, afin de réembaucher des travailleurs — qui se retireraient alors de la PCU.

Débat aux Communes

Ce rapport est publié alors que la Chambre des communes devait discuter mercredi de modifications proposées à ces programmes d’aide fédérale liés à la pandémie de COVID-19. Certaines propositions reflètent en partie ce que M. Giroux a examiné à la demande d’un député conservateur.

Les bénéficiaires de la PCU seraient exclus s’ils ne reprennent pas leur poste alors qu’ils sont aptes, ou s’ils refusent une offre d’emploi raisonnable. Les périodes de réclamation passeraient de quatre à deux semaines pour les Canadiens qui subissent une perte d’emploi à court terme ou qui doivent se placer en isolement sanitaire.

De nombreux propriétaires de petites entreprises appuient les mesures visant à supprimer le versement de la PCU aux travailleurs qui se font offrir de reprendre leur poste, sauf pour des problèmes de santé, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente des dizaines de milliers de PME.

Selon les dernières données de Statistique Canada, près de trois millions de personnes étaient sans emploi en mai, alors que de plus en plus de gens décidaient de nouveau de chercher du travail, ce qui a poussé le taux de chômage à un sommet sans précédent de 13,7 %.

Les hommes ont commencé à retrouver un emploi à un rythme plus rapide que les femmes en mai, creusant l’écart entre les sexes dans les pertes d’emploi. Les femmes avec des enfants de six ans et plus ont par ailleurs retrouvé un emploi plus rapidement que celles qui ont des enfants plus jeunes, ce qui illustre, selon des experts, l’importance des garderies pour le retour au travail.

Or, un sondage auprès de plus de 8000 garderies, centres de la petite enfance et services de garde en milieu familial au Canada suggère mercredi que plus du tiers n’étaient pas certains de pouvoir rouvrir avec un assouplissement des mesures sanitaires. Quelque 70 % ont également déclaré avoir licencié du personnel, et près de 90 % des employées de CPE ont demandé la PCU.

« Pour remettre les services de garde sur les rails, les gouvernements doivent trouver des moyens de ramener les employés dans le secteur, a soutenu Don Giesbrecht, directeur général de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance, qui a commandé le sondage. “Ce qui veut dire s’attaquer au problème des bas salaires et prévoir une enveloppe financière spéciale afin de faire en sorte que les services de garde sont sécuritaires pour les enfants et pour le personnel. »

Ottawa a offert 14 milliards aux provinces pour les aider dans leur opération de déconfinement, dont une partie est destinée aux services de garde — mais on en ignore le montant.