Une transmission communautaire presque nulle, des infections quotidiennes qui se comptent sur les 10 doigts et une population qui reprend graduellement une vie plus normale : en Colombie-Britannique, on se félicite d’avoir vaincu la première vague de COVID-19. Et la province veut servir de modèle pour ce que pourrait devenir la vie ensuite.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Les ballons de volleyball passent de mains en mains avant de voler au-dessus des filets. Des groupes d’amis discutent, sirotant des bières ou faisant circuler des joints. À la terrasse du restaurant Boathouse of Kits Beach, les clients regardent le soleil se coucher sur l’océan Pacifique, un verre de vin blanc à la main.

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À Kitsilano Beach, une plage de Vancouver, les règles de distanciation sont joyeusement bafouées même si elles sont toujours en vigueur.

Nous sommes mercredi soir, le 27 mai, à Kitsilano Beach, une plage de Vancouver. La pandémie de COVID-19 ? Ici, on pourrait croire qu’elle n’existe pas. Aucun policier n’est en vue pour faire respecter les règles de distanciation, joyeusement bafouées même si elles sont toujours en vigueur. L’employé municipal masqué qui désinfecte les parcomètres semble sorti d’une autre planète (ou d’une autre époque).

Seul autre signe que les temps ne sont pas tout à fait normaux : sur la terrasse du Boathouse, les tables vides alternent avec les tables occupées, même s’il y a 40 minutes d’attente pour pouvoir y prendre place.

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Le restaurant Boathouse of Kits Beach, à Vancouver.

« On est des potes de COVID – on ne voit personne d’autre. Et on se voit toujours à l’extérieur », plaide Dan Kawasoe, 28 ans, qui relaxe sur la plage avec cinq amis sans respecter les deux mètres de distance.

En Colombie-Britannique, ce genre de comportement est maintenant pratiquement accueilli par un haussement d’épaules par les responsables de la santé publique.

« Nous savons que certains groupes se réunissent régulièrement. Mais je pense que le plus important est de ne pas se joindre à un rassemblement si on se sent malade. Sinon, c’est à l’extérieur, sur une plage… Je considère qu’actuellement, c’est sécuritaire », dit la Dre Réka Gustafson, vice-présidente, santé publique et bien-être, au British Columbia Centre for Disease Control (BC CDC), un centre de santé publique sous la gouverne du gouvernement provincial

Mark Lysyshyn, médecin de santé publique de la Régie de la santé pour la région de Vancouver, va jusqu’à s’impatienter en voyant que la société tarde à se remettre en branle.

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Dan Kawasoe (casquette noire, au centre) relaxe avec cinq amis sur la plage de Kitsilano.

« Nous trouvons que c’est très lent, dit le Dr Lysyshyn. Beaucoup d’endroits ont fermé ici sans qu’il n’y ait eu d’ordonnance à ce sujet. Les fermetures causent aussi des problèmes – le manque d’argent, l’isolement, la santé mentale. C’est le moment, quand il n’y a pas de cas, d’ouvrir et d’avoir un peu d’été avant la deuxième vague », dit-il dans un excellent français.

Plus de transmission communautaire

Ce qui donne tant confiance aux autorités de la Colombie-Britannique, ce sont des statistiques qui font l’envie du monde entier. Tôt dans l’épidémie, la province a réussi à aplatir sa fameuse courbe, si bien que les infections ne se sont jamais emballées comme au Québec ou en Ontario. Aujourd’hui, les nouveaux cas quotidiens se comptent sur les 10 doigts.

Le 27 mai, par exemple, Dan Kawasoe et ses amis auraient été bien malchanceux de contracter la COVID-19 en jasant sur la plage. La province en entier a déclaré seulement neuf nouveaux cas de COVID-19 ce jour-là, dont un seul à Vancouver. Un seul décès a été enregistré dans la province. Au Québec, le même jour, on annonçait 563 nouveaux cas et 74 morts.

Le risque d’attraper la COVID-19 à Vancouver ? « Il est très faible, dit le Dr Mark Lysyshyn. Il y a un peu d’activité dans les banlieues, mais ici, on a quelque chose comme un cas par jour, et ces nouveaux cas sont typiquement liés à d’autres cas connus et se déclarent chez des gens qui sont déjà en isolement. »

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La Dre Réka Gustafson, vice-présidente, santé publique et bien-être, au British Columbia Centre for Disease Control

L’épidémie est maîtrisée. Je parle de notre première vague au passé.

La Dre Réka Gustafson, vice-présidente, santé publique et bien-être, au BC CDC

Chance et préparation

Comment la Colombie-Britannique a-t-elle réussi à maîtriser son épidémie ? « C’est un mélange de chance et de préparation », estime le Dr Aamir Bharmal, directeur médical pour la Fraser Health Authority, un territoire de 1,8 million d’habitants qui englobe les banlieues de Vancouver.

Le facteur chance a été souligné par tous les intervenants auxquels nous avons parlé. Ils ont aussi évoqué la fameuse semaine de relâche, survenue deux semaines plus tard qu’au Québec. Chez nous, les voyageurs ont profité de ce congé pour voyager dans de nombreux pays touchés par la pandémie et rapporter le virus sur le sol québécois. En Colombie-Britannique, les autorités ont demandé à leurs citoyens d’annuler tout voyage non essentiel.

Mais Sara Allin, chercheuse à l’Université de Toronto dont le groupe a analysé la réponse de plusieurs provinces canadiennes à la pandémie, confirme que la chance n’explique pas tout et que la Colombie-Britannique était prête à affronter la COVID-19.

« Si on regarde la gestion des centres de soins de longue durée, où la majorité des cas et des décès sont survenus au Canada, la Colombie-Britannique a pris des mesures plus fortes et, surtout, plus tôt que les autres provinces », dit-elle.

Première éclosion, premier décès

La Colombie-Britannique a vécu un baptême de feu avec la COVID-19. Le 7 mars, la Dre Bonnie Henry, l’équivalent du Dr Horacio Arruda de la province, craque et verse des larmes en pleine conférence de presse. Une éclosion frappe le Lynn Valley Care Centre, un établissement de soins de longue durée de Vancouver Nord (l’équivalent d’un CHSLD privé québécois). C’est la première fois que la maladie frappe une résidence de ce type au pays. Deux jours plus tard, le premier décès canadien provoqué par la COVID-19 y survient.

Le Dr Mark Lysyshyn et son équipe sont envoyés sur place. Ils font des tests et remontent les chaînes de transmission. « On a compris très tôt que c’est le personnel qui transmettait le virus, raconte-t-il. Tout de suite, on a mis une petite ordonnance pour empêcher ces employés de travailler dans d’autres établissements. »

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Dès le début de mars, le Lynn Valley Care Centre a été frappé par une éclosion de COVID-19, la première dans une résidence de ce type au pays.

Cette mesure se transformera en ordonnance provinciale, appelée ici le « One Site Order » (ordonnance d’un seul site), et qui empêche le mouvement des préposés aux bénéficiaires entre les établissements. Elle est citée comme l’une des clés de la maîtrise de l’épidémie en Colombie-Britannique.

Je dois dire que je n’ai jamais vu un système de santé se tourner sur un 10 cents de cette façon. Ce qui a été accompli est remarquable.

Jennifer Whiteside, secrétaire-gestionnaire au Hospital Employees’ Union, syndicat qui représente 50 000 travailleurs du secteur de la santé

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Jennifer Whiteside est secrétaire-gestionnaire au Hospital Employees’ Union, un syndicat qui représente 50 000 travailleurs du secteur de la santé.

Rappelons qu’au Québec, malgré de nombreuses discussions, de nombreux employés continuent de travailler dans plusieurs établissements.

Les équipes de traçage de la Colombie-Britannique, pendant ce temps, remontent les chaînes de transmission et demandent aux gens ayant été en contact avec des malades de s’isoler. Des interprètes sont engagés pour joindre les communautés culturelles et une ligne d’information en 110 langues est mise sur pied.

« Parfois, ce n’est pas tant le plan qui compte que la manière de l’exécuter et la rapidité à le déployer », commente Sara Allin, de l’Université de Toronto.

Mark Lysyshyn dit avoir réalisé le contraste entre la capacité de traçage du Québec et de la Colombie-Britannique lorsqu’un patient infecté s’est retrouvé hospitalisé à Vancouver. Les recherches ont montré qu’il avait été admis une semaine plus tôt à l’hôpital général du Lakeshore, dans l’île de Montréal, pour une raison qui n’avait rien à voir avec la COVID-19, et qu’il avait partagé là-bas une chambre avec un patient positif.

« Pour nous, ça a été un signal que le Québec ne parvenait pas à faire ce qu’on faisait ici. J’ai été surpris de voir que cette personne n’avait pas été contactée, même si ça faisait une semaine qu’elle avait été dans une situation très à risque. Elle avait reçu son congé de l’hôpital et avait voyagé sur un vol commercial », dit le Dr Lysyshyn, qui convient que le traçage est plus complexe si le nombre de cas est élevé.

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Aujourd’hui, à Vancouver, les salons de coiffure sont ouverts et les terrasses commencent à accueillir les clients. Mais la vie est encore loin d’être revenue à la normale.

Aujourd’hui, à Vancouver, les salons de coiffure sont ouverts et les terrasses commencent à accueillir les clients. Mais la vie est encore loin d’être revenue à la normale. Dans les autobus, un siège sur deux est condamné afin de respecter la distanciation, si bien que les messages affichant « désolé, autobus plein » se multiplient, au grand dam des citoyens. Dans les restaurants, on demande le numéro de téléphone des clients afin que les autorités puissent les joindre rapidement si on découvre qu’un malade a fréquenté l’établissement au même moment.

« Je pense que la Colombie-Britannique peut devenir un leader sur la question d’apprendre à vivre avec ce virus, dit Réka Gustafson, du BC CDC. Nous sommes dans une position où on peut rouvrir, voir comment ça se passe et tirer des leçons qui pourront servir à d’autres. »

La Presse a pris toutes les précautions nécessaires afin de réduire le risque de propager la COVID-19 du Québec à la Colombie-Britannique lors de ce reportage. La presque totalité des entrevues ont été effectuées à l’extérieur. Nous avons respecté les règles de distanciation et porté le masque dans les commerces, les transports en commun, les taxis ainsi que dans les vols commerciaux.

Quelques facteurs sous la loupe

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À Vancouver, les terrasses commencent à accueillir les clients.

Statistiques

Les statistiques sur la mortalité ont montré que le Québec rapporte bien les morts liées à la COVID-19, et on sait que comparer les chiffres des différents pays et provinces est un exercice périlleux. Fait-on fausse route en prenant la Colombie-Britannique comme exemple ? Réka Gustafson, du British Columbia Centre for Disease Control, assure que les chiffres de surmortalité montrent aussi que la province rapporte bien les morts liées à la COVID-19. « Il y a peut-être de petites divergences, mais rien de majeur », dit-elle. Avec 12 fois moins de cas et 15 fois moins de décès par million d’habitants que le Québec, tous les spécialistes interrogés s’entendent pour dire que l’histoire de la Colombie-Britannique face à la COVID-19 est celle d’un succès.

Tests

Sara Allin, de l’Université de Toronto, souligne que la Colombie-Britannique a bâti très rapidement sa capacité de tests contre la COVID-19. La province avait son propre test maison dès le 24 février, ce qui lui évitait de devoir envoyer les échantillons au Laboratoire national de microbiologie, situé à Winnipeg, avec les délais que cela comporte. Il a fallu attendre le 9 mars pour ce que soit le cas au Québec. « Quand on sait que les cas peuvent doubler en deux ou trois jours, agir tôt est essentiel », commente le Dr Aamir Bharmal, directeur médical pour la Fraser Health Authority.

Protection des travailleurs

Alors que certains syndicats et experts québécois affirment que les employés en contact avec les malades devraient porter des masques N95 et des lunettes de protection fermées, ceux de la Colombie-Britannique ont vaincu la première vague avec de simples masques d’intervention (dits « de procédure ») et des visières, comme au Québec. Tout comme l’Institut national de santé publique du Québec, les autorités de la Colombie-Britannique considèrent que le virus ne se transmet pas sous forme d’aérosol, sauf lors de certains actes médicaux précis.

« Dans les premiers jours de la pandémie, il y avait de sérieuses préoccupations concernant l’approvisionnement en équipement de protection personnel », dit Jennifer Whiteside, secrétaire-gestionnaire au Hospital Employees’ Union. Elle souligne que les centres privés, soutenus par de plus petits contrats d’approvisionnement, se sont retrouvés en difficulté. « La situation est beaucoup plus stable actuellement, alors que la chaîne d’approvisionnement est gérée par les autorités provinciales », dit-elle. Au Québec, le Parti québécois a accusé le gouvernement provincial d’avoir commandé l’équipement de protection après les provinces de l’Ouest canadien.

Mouvement de personnel

Dès la première éclosion dans un établissement de soins de longue durée de Vancouver-Nord, les autorités locales ont empêché les préposés aux bénéficiaires de travailler dans plus d’un établissement. Pendant que les mesures étaient en vigueur sur le terrain, le gouvernement et les syndicats travaillaient sur les modalités d’un programme provincial qui comprend 10 millions de dollars de compensation pour les employés.

Consuelo Almadin, une préposée aux bénéficiaires qui travaillait dans deux établissements de Vancouver-Ouest à raison de 16 heures par jour, a ainsi dû choisir un seul lieu de travail. Elle confie à La Presse travailler moins à cause de l’ordonnance, et dit observer une pénurie de personnel dans l’établissement qu’elle a choisi parce qu’il offre des conditions moins avantageuses que d’autres. « Je comprends la logique de cette mesure, mais j’attends encore les compensations », dit-elle. Malgré ces pépins, le Hospital Employees’ Union, le syndicat représentant la majorité des préposés aux bénéficiaires syndiqués, salue la mesure baptisée « One Site Order ». Notons qu’au Québec, les travailleurs de la santé travaillent encore dans plusieurs établissements, même s’ils ont été reconnus comme l’un des vecteurs de la maladie.

Réinvestissement

Jennifer Whiteside, du syndicat Hospital Employees’ Union, estime que les réinvestissements récents faits par le gouvernement néo-démocrate du premier ministre John Horgan dans le système de la santé ont aidé à juguler l’épidémie de COVID-19.

« Il n’y a aucun doute dans mon esprit que si on n’avait pas vu un réinvestissement massif dans les soins de longue durée afin d’augmenter le personnel […], la situation aurait été pire », dit-elle.

Parmi les autres facteurs de succès, Réka Gustafson, du BC CDC, souligne les liens étroits qui existent entre les acteurs de santé publique, les médecins de famille et les hôpitaux en Colombie-Britannique. « La santé publique est intégrée au réseau. Il existe des relations établies entre les acteurs, ce qui permet de répondre rapidement », dit-elle.

Des communautés proactives

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La communauté chinoise de Vancouver, nombreuse et directement branchée sur ce qui était alors l’épicentre mondial de la pandémie, a réagi très promptement à la pandémie de COVID-19.

Saeed G. Zavareh se souvient de la réaction de certains de ses condisciples iraniens lorsqu’il a commencé à évoquer l’idée d’annuler les célébrations entourant Nowruz, la fête qui marque le Nouvel An du calendrier perse.

« Nowruz, mon ami, Nowruz ! s’exclame-t-il. Nowruz est la fête la plus importante en Iran. C’est le début de l’année, c’est le moment où vous dites aux gens : nous avons eu nos différends, mais on repart sur de nouvelles bases. Les Iraniens ont Nowruz dans leur ADN. Même la guerre avec l’Irak n’a pas arrêté les célébrations de Nowruz ! »

Mais Saeed G. Zavareh est spécialiste en médecine interne. Et il a vu très tôt que ce festival de l’accolade, prévu pour le 19 mars cette année, n’augurait rien de bon alors qu’on commençait à parler de COVID-19. Au sein d’une association qui compte 120 médecins d’origine iranienne en Colombie-Britannique, il a fait pression sur les membres les plus influents de sa communauté. Trois journaux locaux et une chaîne de télévision en farsi, Parvaz TV, ont sauté dans le bateau pour sensibiliser la communauté iranienne aux mesures de précaution à prendre contre la COVID-19. Le médecin nous montre des vidéos publiées sur YouTube dans lesquelles il parle aux membres de sa communauté.

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Saeed G. Zavareh, spécialiste en médecine interne

Pendant ce temps, la communauté chinoise de Vancouver, nombreuse et directement branchée sur qui était alors l’épicentre mondial de la pandémie, réagissait encore peut-être plus promptement.

Nous avions une peur que les autres Canadiens n’avaient pas. Nous avions ce sentiment, presque viscéral, qu’on ne pouvait se fier à ce que disait le gouvernement chinois et que la situation était bien pire que le discours officiel.

Tommy Tao, avocat à la retraite de 71 ans très actif dans la communauté

En Colombie-Britannique, les premiers cas de COVID-19 sont beaucoup venus d’Iran et de Chine. C’est moins le cas au Québec, où des citoyens ont rapporté le virus d’Europe et des États-Unis pendant la semaine de relâche.

« J’estime que les premières introductions du virus, qui venaient initialement de la Chine, puis d’Iran, ont été très bien gérées, à la fois par la Santé publique et par les individus. Mon impression est que les gens de ces communautés se sont bien pliés aux mesures et que cela a contribué à retarder la propagation », dit Réka Gustafson, du CB CDC. Le centre a d’ailleurs mené une analyse génétique qui montre que ces premières introductions n’ont pas conduit à beaucoup de transmission communautaire.

Jenny Kwan, députée néo-démocrate de la région de Vancouver née à Hong Kong, explique que les membres de la communauté n’ont pas hésité à annuler les célébrations du Nouvel An chinois, qui avaient lieu cette année le 25 janvier.

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Dans le quartier chinois de Vancouver et à Richmond, une banlieue de la métropole comptant une forte minorité chinoise, les masques sont apparus bien avant qu’ils ne soient recommandés, et y sont toujours portés massivement.

« Habituellement, à cette période de l’année, mon agenda est rempli d’évènements. Cette année, je n’en ai fait que quelques-uns avant que les autres ne soient annulés. Les gens ont clairement adopté une approche prudente », dit Mme Kwan.

Dans le quartier chinois de Vancouver et à Richmond, une banlieue de la métropole comptant une forte minorité chinoise, les masques sont apparus bien avant qu’ils ne soient recommandés, et y sont toujours portés massivement.

« Ça a causé les problèmes, souligne Tommy Tao. Pendant longtemps, la perception a été que si vous portiez un masque, c’est parce que vous étiez malade. La communauté a commencé à sentir le regard des autres. » Les actes de racisme envers les Asiatiques ont d’ailleurs connu une forte hausse à Vancouver à la suite du coronavirus.

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La communauté iranienne compte entre 30 000 et 50 000 membres en Colombie-Britannique, selon Kei Esmaeilpour, président de la Civic Association of Iranian Canadian.

Les Iraniens n’ont pas subi ces contrecoups. Sur une section de l’avenue Lonsdale, à Vancouver Nord, les enseignes en farsi témoignent de l’importance de la communauté iranienne en Colombie-Britannique. Kei Esmaeilpour, président de la Civic Association of Iranian Canadians, nous y guide. Selon lui, la communauté iranienne compte entre 30 000 et 50 000 membres dans la province. Il montre des communiqués de presse diffusés par l’association qui, dès le début du mois de mars, réclamaient que les autorités testent tous les voyageurs en provenance d’Iran et de Chine, même s’ils ne présentaient pas de symptômes.

« Nous étions conscients des risques, dit-il. On demandait aux gens revenant d’Iran de rester chez eux. Nous avons recruté 500 volontaires en une semaine afin de les aider dans leur isolement. Ils font l’épicerie et apportent les denrées aux personnes touchées, et s’assurent qu’elles ne manquent de rien. »