Au volant de son auto-caravane, notre reporter a pris la route pour aller voir comment certaines régions se préparent à accueillir les touristes cet été.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

L’ours blanc Kinuk est âgé de 18 mois. Étendu avec sa mère sur le bord de son bassin, au Zoo sauvage de Saint-Félicien, il semble s’animer quand il voit arriver des visiteurs, alors que le zoo, fermé pour cause de COVID-19, est désert depuis plusieurs mois.

L’animal de 250 kilos plonge alors dans le bassin, où nous pouvons le voir nager derrière une paroi de verre. Il entreprend un amusant ballet aquatique, comme pour épater son public. Pendant une trentaine de minutes, il joue à cache-cache avec nous, fait des plongeons et des pirouettes, lance son jouet et le rattrape, se propulsant avec ses énormes paluches aux griffes acérées.

« Je n’ai jamais rien vu de semblable ! », s’exclame la directrice générale du zoo, Lauraine Gagnon, qui a pourtant vu les 1000 animaux du site dans toutes sortes de situations.

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Lauraine Gagnon, directrice générale du Zoo sauvage de Saint-Félicien, en compagnie de l’ours blanc Kinuk

L’ours blanc qui nous a offert un tel spectacle devait vraiment s’ennuyer ferme.

Tout comme Gobi, l’imposant chameau de Mongolie apprivoisé, qui est tout de même resté plus stoïque en nous voyant, se contentant de baver et de ruminer avec indolence.

Difficile de dire si les visiteurs qui passeront au Zoo de Saint-Félicien au cours de l’été auront la chance de voir Kinuk faire les mêmes jeux et acrobaties dans son bassin. Mais l’ours polaire aura assurément un public moins important que d’habitude.

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Un petit panda roux se réveille de sa sieste.

Le jardin zoologique, l’une des plus importantes attractions touristiques au Lac-Saint-Jean, a annoncé la reprise de ses activités pour le 20 juin « au plus tard ». En tant qu’institution muséale à vocation scientifique, le zoo aurait eu le droit de rouvrir dès le 29 mai, comme l’ensemble des musées de la province.

Mais le personnel s’affaire encore à aménager les lieux pour se conformer aux consignes de la Santé publique : marques sur le sol, parcours à sens unique, parois de plexiglas, etc.

COVID-19 chez les félins

Des précautions particulières doivent aussi être prises pour la protection des animaux, notamment les félins : au zoo du Bronx, huit tigres et lions ont été contaminés par la COVID-19.

Notre collection est composée d’êtres vivants, c’est plus compliqué à gérer que pour un musée qui présente des œuvres inanimées.

Lauraine Gagnon, directrice générale du Zoo sauvage de Saint-Félicien

Alors qu’il reçoit habituellement près de 200 000 visiteurs par année, le zoo devra limiter le nombre d’entrées, pour s’assurer que les mesures de distanciation puissent être respectées. Et le public devra réserver sa plage horaire sur le site web de l’établissement, ce qui nécessitera plus de patience et d’organisation de la part des visiteurs.

Lauraine Gagnon espère que les vacanciers québécois seront nombreux à vouloir visiter le zoo, parce que les étrangers, eux, seront absents.

« On reçoit chaque année environ 55 000 visiteurs européens, plus des Américains », explique la directrice. « Ces touristes dépensent beaucoup dans toute la région, alors c’est un enjeu majeur. On espère que les déplacements entre régions seront permis, mais il n’y a pas d’indications claires du gouvernement à ce sujet. »

Le zoo, qui a le statut d’organisation à but non lucratif, s’attend à connaître une année déficitaire, s’il ne reçoit pas d’aide gouvernementale.

Même en étant fermés, nous avons des coûts d’opération de 160 000 $ par mois pour les soins aux animaux, la nourriture, le vétérinaire, les médicaments, les gardiens.

Lauraine Gagnon, directrice générale du Zoo sauvage de Saint-Félicien

Comme son site est vaste, le zoo a la possibilité d’ouvrir ses portes en respectant les consignes de distanciation.

Mais pour d’autres attractions régionales, plus petites, c’est impossible.

Fermé pour l’été ?

C’est le cas du Musée de la vieille fromagerie Perron, à Saint-Prime, qui propose notamment, en temps normal, des ateliers de fabrication de fromage.

Les lieux sont trop exigus pour permettre la distanciation de deux mètres, et les visiteurs peuvent normalement toucher aux objets liés à la fabrication de fromage, au cours d’une visite guidée. « Mais ça serait impossible de désinfecter tout ce que les gens touchent », explique Diane Hudon, directrice du musée.

La direction envisage de tourner la visite guidée en vidéo, pour la présenter aux visiteurs sur les lieux.

Ou encore, de garder le musée fermé pour tout l’été. « Ça fait 28 ans que je suis dans le domaine du tourisme, ça me ferait vraiment quelque chose de ne pas ouvrir pour cette saison, mais on n’aura peut-être pas le choix », se désole Mme Hudon.

Pour les vacanciers qui voudront découvrir des attractions, dans leur région ou dans une autre, les vacances nécessiteront beaucoup de planification et de vérifications, puisque bien des lieux touristiques restreindront leur capacité d’accueil, ou seront carrément fermés.

« Pour certains établissements, s’ils ne reçoivent que le quart de leur clientèle, ça ne sera pas rentable d’ouvrir », souligne Julie Dubord, directrice de l’Association touristique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. « Ils sont nombreux à se poser la question. »