(OTTAWA) Le premier ministre Justin Trudeau reste bien campé sur ses positions malgré l’insistance de son homologue du Québec François Legault. Il écarte catégoriquement l’idée de prolonger la présence des militaires qui sont déployés dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

M. Legault est revenu à la charge lundi durant sa conférence de presse visant à faire le point sur la situation de la pandémie de COVID-19 au Québec. Il a notamment soutenu qu’il avait besoin de temps pour former les nouveaux travailleurs de la santé qui seront appelés à travailler dans ces établissements.

Interrogé à ce sujet mardi à la Chambre des communes par le chef intérimaire du Parti conservateur Andrew Scheer, M. Trudeau a écarté sans hésiter cette option.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE 

Justin Trudeau a écarté mardi l’option de prolonger la mission des militaires déployés en CHSLD.

À moins d’un revirement de taille, donc, les 1130 soldats qui sont actuellement déployés dans les CHSLD du Québec plieront bagage comme prévu le 12 juin, date de la fin de l’opération Laser au Québec.

« Comme tous les Canadiens, je suis profondément reconnaissant du travail extraordinaire que font nos Forces armées dans les CHSLD au Québec et en Ontario. On a vu avec les rapports qu’ils ont partagés que la situation était encore pire qu’on ne le craignait et le travail qu’ils font est extraordinaire. Nous allons continuer de les appuyer, mais nous savons que des militaires dans les CHSLD, ce n’est pas une solution à long terme », a affirmé M. Trudeau. 

Nous allons travailler avec le Québec pour trouver de meilleures solutions à long terme.

Justin Trudeau, premier ministre du Canda

Voilà plusieurs jours que le gouvernement Legault presse Ottawa d’accepter de prolonger la mission des soldats dans les CHSLD. Le refus du gouvernement Trudeau risque de jeter un froid sur les relations entre les deux capitales, d’autant que le premier ministre du Québec multiplie les efforts pour recruter de nouveaux préposés aux bénéficiaires, qui doivent suivre une formation d’environ trois mois avant d’entreprendre leur nouveau travail.

D’autres obligations 

La Presse a rapporté samedi que le ministre de la Défense Harjit Sajjan s’opposait farouchement à cette demande de Québec. L’argument de François Legault selon lequel « le Québec paie sa part pour l’armée » n’a eu aucun effet dans les officines de la Défense nationale. « Il ne veut rien savoir », a laissé tomber une source gouvernementale. Les militaires des Forces armées canadiennes sont à pied d’œuvre dans les CHSLD du Québec depuis la mi-avril.

Le ministre Sajjan soutient que les militaires ont d’autres obligations qui ne peuvent être mises de côté pendant cette pandémie, notamment celles de se préparer à la saison des incendies de forêt ou encore de donner un coup de main aux régions d’autres provinces qui pourraient être touchées par des inondations.

Dans les rangs libéraux, on s’inquiète tout de même des conséquences politiques de voir les militaires des Forces armées canadiennes plier bagage alors que l’on recense encore des dizaines de morts chaque jour dans les CHSLD.

« Laissez-les soutenir le Québec », dit l’opposition 

Pour sa part, le Parti conservateur critique sévèrement le gouvernement Trudeau qui fait la sourde oreille à la demande de Québec. « Pourquoi les militaires ne peuvent-ils pas rester jusqu’à l’automne ? », a lancé mardi le chef conservateur Andrew Scheer aux Communes.

Candidat dans la course à la direction du Parti conservateur, le député Erin O’Toole a accusé le premier ministre de « tourner le dos au Québec en pleine crise ». « Les hommes et les femmes en uniforme ont toujours été là pour soutenir le Canada dans les défis auxquels nous faisions face chez nous et à l’étranger. […] Nous ne les avons jamais sortis du terrain d’une inondation quand l’eau montait. De la même manière, Trudeau ne devrait pas les retirer maintenant. Laissez-les soutenir le Québec et finir le travail », a affirmé M. O’Toole sur sa page Facebook.