Avant de courir à toute vitesse vers la cour de la garderie pour la première fois depuis deux mois, la petite Lara Chrétien, 5 ans, s’est voulue rassurante. « Oui, oui, je sais, a-t-elle lancé à sa mère. Je garde toujours deux mètres de distance ! »

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Mais en vérité, Lara ne respectera pas les mesures de distanciation physique et se retrouva bien assez vite dans les bras de son amoureux, Henri. Tout comme les autres petits de la garderie Orchard House se rapprocheront au fil de la journée, les consignes de la santé publique étant bien difficiles à garder en tête, à cet âge. Surtout quand on retrouve ses amis après un long confinement à la maison.

C’était jour d’ouverture, lundi, pour les services de garde éducatifs à l’enfance du Grand Montréal et de la région de Joliette, qui ont pu ouvrir 21 jours après ceux du reste du Québec, déconfinés depuis le 11 mai dernier.

Depuis, seulement trois cas ont été recensés dans trois services de garde à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal, selon Bryan St-Louis, du ministère de la Famille.

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Lara Chrétien, 5 ans, passe devant le thermomètre de Yasmine Ghandour, à la garderie Orchard House.

C’est dans ce contexte que les services de garde de la métropole ont rouvert, après plus de 70 jours en confinement. À la garderie privée non subventionnée Orchard House, lundi, sept enseignants et membres du personnel de soutien étaient ainsi très impatients d’accueillir 14 enfants, ce qui représente à peine 10 % de leur clientèle habituelle.

« On pensait recevoir plus d’enfants, parce que bien des parents avaient démontré de l’intérêt il y a quelques semaines, explique la copropriétaire Yasmine Ghandour. Mais finalement, ils sont plusieurs à préférer attendre. Ils ne veulent pas être les premiers à envoyer leurs enfants. »

Sandra Szewczuk est sortie de sa voiture lundi matin pour déposer ses jumeaux de 3 ans et sa fille de 5 ans. Tout comme les autres parents, elle n’a pas eu le droit d’entrer dans la garderie, ce qu’elle a pris avec philosophie. « Le virus ne va pas disparaître dans deux ou trois mois. Il faut vivre avec. Et cette garderie est vraiment sécuritaire, je n’ai aucun souci. »

Toujours selon le ministère de la Famille, « depuis le début de la crise, 70 cas positifs ont été rapportés au Ministère, répartis dans 60 services de garde », a précisé par courriel M. St-Louis.

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Imad Khalil, copropriétaire de la garderie Orchard House, installe une lampe à UVC pour désinfecter les lieux. 

Locaux réaménagés

« Nous avons tous besoin de reprendre un peu la vie normale, dit Imad Khalil, copropriétaire. On sait bien qu’on fait partie de la relance économique. Alors des parents courageux se disent qu’il faut reprendre. »

Lorsqu’ils ont construit cette garderie « verte et environnementale », en 2015, les propriétaires ont installé des systèmes de ventilation par déplacement. « Ça aide énormément pour réduire la propagation des virus comme le rhume et la grippe, dit M. Khalil. Avec la COVID-19, j’avoue que nous sommes encore plus heureux d’avoir ce système. »

Comme dans toutes les garderies, au centre de la petite enfance (CPE) du Carrefour, rue Fullum, dans l’est de la métropole, les locaux ont été réaménagés et des procédures d’hygiène et de sécurité ont été mises en place. Tout le personnel porte un équipement de protection, dont une visière et un masque. Pour s’assurer que les enfants les reconnaissent, les éducateurs épinglent une photo d’eux à visage découvert sur leur uniforme.

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Julia Fraysse et sa fillette Raphaelle sont accueillies par une éducatrice à l’entrée du CPE du Carrefour, rue Fullum.

Le CPE n’a jamais fermé, puisqu’il était un service de garde d’urgence pour les parents qui n’avaient pas d’autre solution. Mais lundi, les enfants étaient plus nombreux que dans les dernières semaines. Vingt-deux petits ont passé par le comité d’accueil où ils devaient se laver les mains et prendre connaissance des nouvelles procédures.

« Tout se passe bien. Il y a juste une petite qui a pleuré en nous voyant avec notre équipement, mais ça n’a pas duré longtemps », assure le directeur général, André Rémillard.

Parmi les 13 éducateurs présents, quelques-uns n’avaient aucun enfant à leur charge et s’occupaient de désinfecter les jouets, les poignées de porte, etc. « Ça se passe bien en ce moment, parce que nous sommes entre 30 et 50 % de capacité d’accueil. Mais quand on va monter à 75 %, il va falloir engager d’autres personnes pour assurer le nettoyage, c’est sûr. »