(Québec) Depuis plus de 15 ans qu’il est à l’Office québécois de la langue française (OQLF), Xavier Darras n’a jamais rien vu de pareil.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Des termes considérés comme étant très spécialisés sont maintenant entrés dans le langage courant, et ce, presque du jour au lendemain.

« On a eu 10 000 consultations en trois mois pour la fiche COVID-19, c’est beaucoup », a relaté en entrevue le coordonnateur à la production linguistique, qui constate un intérêt « élevé » pour les questions linguistiques liées à la pandémie.

« Je n’en ai pas vu d’autres cas comme ça. »

Une équipe de six terminologues travaille désormais à enrichir toutes les semaines le Grand Dictionnaire terminologique avec les termes de la pandémie.

Il s’agit d’un changement pour l’OQLF, ce chien de garde de la langue française, puisqu’auparavant, on ne publiait un vocabulaire qu’une fois toutes les recherches terminées.

« On voyait bien qu’il y avait un besoin urgent d’avoir des réponses à certaines questions, et donc on a modifié notre manière de faire pour être plus souple », a expliqué M. Darras.

Le COVID-19 ou la COVID-19 ? Peut-on laisser tomber le « 19 » ? Est-ce que l’expression « distanciation sociale » est un anglicisme ?

Ces questions sont importantes parce qu’il faut être capable de bien communiquer en temps de crise, argue M. Darras.

(Réponses : C’est la COVID-19, le 19 est important et il s’avère que la distanciation sociale est une expression française parfaitement acceptable dans ce contexte.)

« Les autorités sanitaires et les gouvernements essaient de communiquer le plus possible avec la population pour que les consignes soient transparentes. C’est pour ça que la définition des termes est importante, pour s’assurer qu’il y ait une bonne communication. »

Le Grand Dictionnaire terminologique est un outil québécois qui est utilisé à travers le monde. Bon an mal an, 1,2 million de personnes, dont environ le tiers sont à l’étranger, le consultent pour leurs publications.

Depuis le début de la pandémie, trois termes sont sortis du lot parce qu’ils sont les plus recherchés :

– COVID-19

– gouttelettes de Flügge (« Cette fiche est très consultée alors qu’on aurait pu ne pas s’y attendre. »)

– distanciation sociale.

D’autres termes médicaux, tels que l’hydroxychloroquine et la colchicine sont également entrés dans le langage courant, ce qui n’est pas banal, selon le spécialiste de la langue.

« Ce qui m’a marqué, c’est le transfert des langues de spécialité vers le grand public et l’arrivée de termes peu connus dans l’espace public », a-t-il affirmé.

Télétravail, visioconférence, coronavirus et immunité collective font aussi l’objet d’une « forte fréquentation ». Par ailleurs, l’usage du verbe « rouvrir » (et non « ré-ouvrir ») est à surveiller.