Les enfants sont peu susceptibles de transmettre la COVID-19 à leurs parents ou à d’autres enfants, selon une nouvelle étude parue dans la revue Pediatrics, et ce, même s’ils ont une quantité semblable de virus dans leurs voies respiratoires que celle qu’on retrouve chez les adultes.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Pour une raison encore incertaine, les enfants semblent moins susceptibles de transmettre la COVID-19 », explique Arnaud L’Huillier, de l’Université de Genève, auteur principal de l’étude parue mardi. « Il se peut que ce soit parce qu’ils ont moins souvent de symptômes ou alors parce qu’ils ont de plus petits poumons et qu’ils parlent et toussent moins fort. »

L’épidémiologiste Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste à l’hôpital Sainte-Justine, estime que cette étude confirme que les enfants semblent moins susceptibles de transmettre le SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19. « Il semble que ce virus se transmette par contact et en parlant fort, en chantant ou en toussant. Les enfants ont peut-être de plus petits poumons ou moins de toux. Ils sont aussi peut-être moins souvent infectés, mais on ne le sait pas. Il y a eu un cas dans le Journal of Infectious Diseases, un Britannique de 9 ans qui a été en contact avec 170 personnes, notamment en ski en France, et qui a transmis l’influenza, mais pas la COVID-19. »

En marge d’une présentation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), jeudi, l’épidémiologiste Gaston De Serres a dit que la transmission par les enfants restait « l’une des questions les plus intrigantes ». « On sait que le risque de transmission symptomatique est plus grand d’un adulte à un enfant, mais tant qu’on n’a pas d’étude sérologique [sanguine, pour déterminer une infection passée], peut-être que ces enfants-là n’ont pas de symptômes, mais sont infectés. Actuellement, il y a beaucoup de choses qui suggèrent que les enfants transmettent moins que les adultes. » Les modélisations de l’INSPQ ne tiennent donc pas compte de ce risque moins élevé de transmission par les enfants dans leur estimation du risque de deuxième vague.

Avec ou sans symptômes

Le Dr L’Huillier a publié plus tôt ce printemps une étude sur les 23 premiers prélèvements d’enfants symptomatiques ayant la COVID-19, qui a montré que la quantité de virus infectieux dans leurs voies respiratoires est semblable à celle des adultes. Son étude de Pediatrics, dévoilée mardi, montre que parmi les 40 enfants symptomatiques étudiés, 79 % ont été contaminés par un adulte, et seulement 8 % ont contaminé leur famille.

Qu’en est-il des enfants infectés, mais asymptomatiques ?

Nous sommes en train de faire cette étude, mais nous avons très peu de cas d’enfants asymptomatiques qui ont eu un test, et encore moins qui ont eu un test positif.

Le Dr Arnaud L’Huillier, auteur principal de l’étude

L’étude de la capacité d’infection des enfants est teintée par moult études montrant qu’ils sont des vecteurs importants de la grippe. « Une hypothèse est qu’il y a moins de rhume avec la COVID-19, dit le Dr L’Huillier. Les enfants se touchent le nez plus souvent. Comme c’est moins fréquent avec la COVID-19, ça pourrait expliquer la différence. »

Fermer les écoles

L’étude suisse peut-elle aider à savoir si on devra fermer les écoles en cas de deuxième vague ? « Deux mètres pour des enfants, ce n’est pas possible, dit la Dre Quach. Peut-être pour trois mois, mais pas un an. Ils doivent jouer, apprendre, se toucher. Chaque classe devrait être un groupe isolé. Si un groupe est infecté, de cette manière, on met la classe en quarantaine, pas toute l’école. »

En Suisse, les écoles ont rouvert entre la mi et la fin mai. « On a eu le débat ici, dit le Dr L’Huillier. Nous ne sommes pas contre la fermeture des écoles, mais contre la fermeture des écoles comme mesure isolée, avant celle des bars et des restaurants. Particulièrement les écoles primaires. » William Raszka, pédiatre de l’Université du Vermont, qui a écrit un commentaire sur l’étude suisse dans Pediatrics, note que nombre de pays, comme Taiwan ou la Suède, n’ont pas fermé leurs écoles, et peu dans le cas de l’Australie.

Que pense le Dr L’Huillier de la proposition du Dr Jean-François Chicoine d’exempter les adolescents de 18 ans et moins de la nécessité de garder deux mètres de distanciation ? « Les jeunes adultes sont des vecteurs importants d’infection, alors je ne ferais pas la différence entre 17 et 18 ans, dit le chercheur suisse. En Suisse on permet aux enfants de moins de 10 ans de voir leurs grands-parents, mais pas à ceux de 10 ans et plus. Mais mettre une limite aussi arbitraire ne tient pas compte du fait que la probabilité d’infection varie graduellement, pas soudainement. »

2 fois moins

Proportion de risque d’avoir la COVID-19 chez les enfants de 10 ans et moins, par rapport à la population générale, en cas d’exposition à un cas confirmé de COVID-19.

Source : The New England Journal of Medicine