Les toilettes publiques demeurent fermées dans la plupart des parcs de Montréal – décision qui va à l’encontre des recommandations de la Santé publique.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

De sa maison de Côte-Saint-Luc, Annie fait souvent des marches d’au moins deux heures jusqu’à Lachine, au majestueux parc René-Lévesque, près du fleuve.

Il y a une semaine, la femme de 72 ans s’est réjouie de constater que les toilettes publiques du parc étaient accessibles. Il y a trois jours, par contre, elles étaient de nouveau fermées, et l’arrondissement de Lachine confirme qu’elles le resteront « jusqu’à nouvel ordre ».

« Quand on part marcher deux heures, on doit aller à la salle de bains », dit Annie, qui préfère que l’on taise son nom de famille. « Je ne comprends pas que l’on puisse ouvrir les parcs, mais fermer les toilettes publiques. Pour l’instant, je marche moins. »

Alors que les restaurants sont fermés, et que la plupart des toilettes publiques des parcs sont fermées également, les options pour aller à la salle de bains ne sont pas nombreuses lorsqu’on fait de la marche, du vélo ou qu’on passe tout simplement du temps en famille dans un parc de Montréal.

Pourtant, les autorités sanitaires ne recommandent pas la fermeture des toilettes publiques.

Dans une directive transmise à la Ville de Montréal le 21 mai, la Direction régionale de santé publique (DRSP) souligne d’ailleurs l’importance de permettre l’accès aux installations sanitaires publiques, notamment pour le lavage des mains.

Le faible risque de transmission [de la COVID-19 au contact des bancs de parc et des buvettes] peut être réduit davantage en facilitant l’accès à des installations permettant aux citoyens de se laver et/ou se désinfecter les mains.

Extrait d’une directive de la Direction régionale de santé publique

« Ceci serait particulièrement important au niveau des installations sanitaires. Les installations sanitaires (blocs sanitaires, toilettes chimiques) présentent un risque plus élevé de transmission indirecte et doivent faire l’objet d’un nettoyage et [d’une] désinfection régulier[s], idéalement [toutes les] 2 à 4 heures. »

Linda Boutin, relationniste pour la Ville de Montréal, explique que la situation des toilettes publiques dans les parcs locaux relève des arrondissements.

« La Ville travaille avec eux pour ouvrir un nombre limité de toilettes publiques dans le respect des règles sanitaires de la Direction régionale de santé publique de Montréal », assure-t-elle

La Ville rappelle que « ces lieux sont exigus et posent des défis particuliers », et souligne que là où la configuration des lieux le permet, comme dans les parcs-nature ou au parc du Mont-Royal, les services sanitaires sont ouverts.

Prévoir le coup

Devant les blocs sanitaires fermés, certains n’attendent pas : des observations anecdotiques montrent que des buissons sont malheureusement mis à contribution pour satisfaire les besoins pressants. Une situation qui soulève des enjeux de santé publique, au moment où les parcs sont plus fréquentés que jamais.

André Durocher, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, dit ne pas avoir de statistiques sur les plaintes ou les remises de constats d’infraction aux gens qui tenteraient de se soulager ailleurs que dans les endroits prévus à cette fin.

« Il y a des citoyens qui nous ont mentionné avoir vu ça. Cela dit, au nombre de gens qui sont dans les parcs, on en déduit que la plupart vont ailleurs qu’au parc pour se soulager. »

Des arrondissements ont prévu le coup et ont fait installer des toilettes chimiques dans certains parcs. Dans le Plateau-Mont-Royal, on en retrouve au parc Jeanne-Mance, au parc Laurier et au parc La Fontaine.

Ces toilettes sont nettoyées par des employés protégés de la tête aux pieds, qui lavent et désinfectent périodiquement chaque unité au moyen d’un jet à haute pression.

« J’ai beaucoup de respect pour ces travailleurs », dit M. Durocher.

Dans l’arrondissement voisin, Outremont, toutefois, les toilettes publiques des principaux parcs sont fermées.

Dans Ahuntsic-Cartierville, les toilettes publiques sont aussi fermées. L’arrondissement a installé une toilette chimique au parc Saint-Simon-Apôtre et une autre au parc Ahuntsic, note la porte-parole Marlène Ouellet. « On les a installées pour les sans-abri. »

La Ville de Longueuil a ouvert les toilettes publiques de ses deux principaux parcs : le parc Michel-Chartrand et le parc de la Cité.

Réouverture progressive à la SEPAQ

Dans les parcs provinciaux, c’est l’accès au territoire qui a été mis en avant ces dernières semaines. Les bâtiments accessibles au public sont encore fermés, mais cela pourrait changer bientôt.

« Jusqu’à maintenant, la réouverture progressive des parcs s’est faite selon les exigences de la Santé publique », explique Simon Boivin, porte-parole de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). « Donc nous avons ouvert l’accès au territoire, mais pas aux services. »

Les bâtiments de service – où l’on retrouve des toilettes publiques – seront progressivement rouverts, dit-il.

« On assiste à un déconfinement. Dans les prochains jours, les prochaines semaines, des bâtiments pourraient redevenir accessibles. Il ne faut pas penser que les toilettes vont être fermées tout l’été. »

Entre-temps, les protocoles de la SEPAQ pour l’entretien des salles de bains ont été mis à jour pour tenir compte de la COVID-19, dit M. Boivin.

« Augmentation du nombre de rondes de nettoyage, lavage des réservoirs, des cabinets, de la tuyauterie, des cloisons, des comptoirs, des lavabos, des robinets, des miroirs, des sèche-mains, des distributeurs de savon, des poignées de porte, même des thermostats et des interrupteurs… De nouvelles normes vont être appliquées à cette situation. »